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Full text of "Annales de la Société d'émulation du département des Vosges"

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li ni D’iiMfli 


DEPARTEMENT DES VOSGES. 



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AHHAMS 


DE 


LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION 


DÉPARTEMENT DES VOSGES. 


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âBttlUfô 


DE 


LU SOCIETE D’EMULATION 

DU 

MPAKTEHENT DES VOSGES. 


■ slOle» 

TOME VI. — 7* CAHIER. — 1846. 

*a|o i» 


ËPINAL , 

CHEZ GLEY. IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ. 

1847. .W". 


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DK 


LA SOCIÉTÉ D’ÉIULATIOR DES VOSGES. 


wlAatx Bvmiw$*a aitbvb&aii 

•d «4 nmnn 194 * . 

Dim LA GB 1 BDB SALLE DE l'hÔTEL-DE- VILLE. 


Membres présents : MM. Maud’heux, vice-prési- 
dent, occupant le fauteuil en l’absence de M. le 
Préfet, président, Ballon, Beaurain, Berher, Charton, 
Claudel , Déblayé, Drapier, Dutac aîné, Dntac jeune, 
Evon, Gley, Lemarqras, Leroy, Mathieu, Mougeot, 
Pierre , Rochatte , Sarazin , Bienaymé , M Haxo , 
secrétaire perpétuel. 

MM. Coüeune , maire d’Epinal , Naville père et 
fik, de Genève, associés de MM. Dutac frères pour la 
mise en valeur des bords de la Moselle , et MM. Boi- 
faan, architecte à Mirecourt , et Peureux , maire de la 
Chapelle -aux -Bois, membres associés libres, assis- 
taient à la séance , ainsi qu’un nombreux auditoire. 


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6 


ANNALES 


M. le vice-président a ouvert la séance en impro- 
visant le discours suivant , dans lequel il a retracé 
brièvement les progrès accomplis en tous genres par 
le département des Vosges, dans ces dernières années. 


« Messieurs, 

» Vous êtes habitués à entendre notre honorable 
président ouvrir nos séances publiques par de belles 
et nobles paroles. Aujourd’hui qu’une circonstance 
imprévue m’appelle tout à coup à le remplacer , je 
comprends vos trop justes regrets, et je ne saurais , 
je le crois , trouver un meilleur moyen de les di- 
minuer qu’en empruntant à notre président lui-même 
les principaux traits du tableau que je vais mettre 
sous vos yeux. 

» Il y a peu de jours , les représentants du dé- 
partement se réunissaient dans leur session annuelle, 
et , dans son discours d’ouverture , notre président 
exposait la situation actuelle du pays et les progrès 
qu’il a accomplis depuis quelques années dans toutes 
les branches de la prospérité locale. Cet exposé me 
faisait éprouver, Messieurs, la satisfaction la plus 
vive : j’y trouvais la preuve d’efforts nombreux, per- 
sévérants et féconds ; et , à mon tour, je veux vous 
faire partager la douce émotion qu’ils ne peuvent 
manquer d’inspirer à tous les hommes sincèrement 
amis de leur pays. 


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DE LA SOCIÉTÉ DÉMUHTIOH. 7 

» Nous comptons 546 communes dans le dépar- 
tement des Vosges, et toutes entendent si bien la 
nécessité de l’instruction primaire et savent si bien 
apprécier ses bienfaits , qu’aujourd’hui le départe- 
ment ne possède pas moins de 1,068 établissements, 
d’instruction , savoir 758 écoles communales , 292 
écoles privées et 37 salles d’asile. Encore quelques 
efforts , et la moyenne s’élèvera à deux établisse- 
ments par commune; et ces efforts, nous sommes 
en droit de les attendre. Chaque année , en effet , 
des sommes considérables sont consacrées à*la créa- 
tion et à la réparation des maisons d’école : en 1845, 
elles ont atteint le chiffre de 188,071 fr. 19 cent. 
En 1845, les écoles recevaient 68,560 élèves : en 
1846, ce nombre s’est élevé à 71,533. Les salles 
d’asile ont reçu 2,798 enfants. Le sort des insti- 
tuteurs a été amélioré ; leur traitement atteint en 
moyenne 443 fr. 21 cent. 

w Partout où l’instruction se développe et se pro- 
page , tous les genres de progrès s’accroissent dans, 
la même proportion. Aussi notre agriculture mar* 
che-t-elle avec rapidité vers des perfectionnements 
nouveaux, vers une prospérité {dus grande. Sans 
vous parler de ces grandes créations qui couvrent 
de prairies les grèves arides de la Moselle, qui 
descendent son cours , et qui envahissent par leurs 
travaux le département voisin , ne voyons-nous pas , 
chaque année, la culture faire de nouvelles conquêtes 
sur la jachère , s’emparer des friches , et mettre en 
valeur les terrains les plus incultes? En même temps, 
les instruments et les méthodes sc perfectionnent ; 


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AHHALES 


le bétail s’augmente et s'améliore. Ces progrès sont 
sensibles pour tous ceux qui les observent , et tout 
à l’heure , les rapporteurs de nos commissions con- 
tribueront à les démontrer par les faits qu’ils vont 
placer sous vos yeux et soumettre à votre examen. 

» En même temps , Messieurs , nos voies de com- 
munication se développent de jour en jour. Nous 
ne comptons que 286 kilomètres de routes royales , 
mais elles sont dans le meilleur état d’entretien ; et, 
grâces à des travaux habilement conçus et dirigés 
avec activité , les rampes rapides qui y entravaient 
la circulation se rectifient et se nivellent. Trois côtes 
autour d’Épinal ont été aplanies au grand avantage 
du roulage qui ne les franchissait qu’avec une trop 
juste inquiétude : une autre disparaîtra bientôt. Peu 
de départements comptent autant de routes dépar- 
tementales que le nôtre , et si leur amélioration 
n’est pas aussi rapide que celle des routes royales , 
il faut l’attribuer à leur nombre et à la nécessité de 
ne pas accroître les charges déjà si lourdes des po- 
pulations. Et pourta nt, avec des ressources restreintes, 
qui partout ailleurs seraient réputées insuffisantes 
pour l’entretien , nos ingénieurs parviennent à réa- 
liser encore des rectifications importantes. À l’écart 
des routes, les chemins de grande communication 
s’achèvent et offriront bientôt à l’agriculture 918 
kilomètres de voies neuves et parfaitement tracées. 
Un service nouvellement créé s’occupe des chemins 
vicinaux ordinaires et y réalise des améliorations 
déjà considérables. En même temps , un autre ser- 
vice, récent aussi, perfectionne nos rivières flottables, 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 9 

et prépare un écoulement plus facile à quatre millions 
et demi de produits, qui adoptent ces voies de trans- 
port dont le développement est de 128 kilomètres. 

» Avec la facilité des communications , s’accroît 
naturellement la fréquence et la multiplicité des re- 
lations, et, ici encore, des chiffres éminemment si- 
gnificatifs attestent la rapidité des progrès. En 1845, 
il a été établi huit nouveaux services de diligences, 
cinq nouveaux services de courriers, dix bureaux 
de poste, cinq bureaux de distribution. Rien ne peut 
mieux attester les développements et la prospérité de 
notre commerce. 

» L’industrie ne reste point en arrière : aussi 
voyons-nous nos cours d’eau se couvrir d’usines nou- 
velles. Je ne veux vous parler que de l’industrie la 
plus récemment importée dans les Vosges , de celle 
qui, en 1820, y comptait à peine deux établissements, 
l’industrie cotonnière. En 1840, elle possédait 16 
filatures qui comptaient 142,700 broches , et 27 tis- 
sages produisant 251, 158 pièces. En 1846, nous avons 
28 filatures qui comptent 240,725 broches , et 90 
tissages qui produisent 857,193 pièces. Ces chiffres 
ne justifientdls pas l’exactitude de cette pensée que 
j’ai souvent exprimée : qu’un jour les Vosges appel- 
leraient sur leurs cours d’eau, pour profiter de l’é- 
conomie des moteurs qu’ils procurent, les établis- 
sements que l’industrie cotonnière a d’abord fondés 
dans des contrées où la vapeur seule , ce moteur si 
coûteux , peut assurer leur exploitation ? 

» Il est encore d’autres signes, Messieurs, qui 
permettent de mesurer avec quelque certitude les 


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ANNALES 


progrès d’une contrée , et sa marche vers une pro- 
spérité plus grande; de ces signes qui attestent en 
même temps l’accroissement de l’aisance générale et 
le bon esprit qui anime les populations. Ainsi , les 
impôts se perçoivent avec une merveilleuse facilité : 
celui-là même qui a toujours rencontré une sorte 
d’antipathie , et quelquefois une véritable résistance , 
l’impôt indirect , qui s’est élevé à 2,243,432 francs 
en 1845 , n’a exigé que 425 francs 60 cent, de frais 
de poursuites, soit 0,0019 pour cent. Toutes les 
autres contributions ont été acquittées avec la même 
régularité. 

» Je parle des impôts financiers ; mais il en est 
un autre bien plus lourd encore pour les familles , 
qui ne vient point leur demander ou le superflu de 
leur aisance ou une portion de leur nécessaire , mais 
bien ce quelles ont de plus cher et de plus précieux; 
un impôt qui se lève sur la douleur des pères , sur 
le désespoir des mères , sur l’avenir trop souvent 
brisé des enfants : je veux parler de l’impôt militaire, 
du recrutement. Eh bien ! Messieurs , tel est , dans 
notre département, le noble sentiment du devoir, 
l’ardent et sincère amour de la patrie , que , quand, 
pour toute la France, de 1821 à 1844, le nombre 
des insoumis s’est élevé à 10,500 , notre département 
n’en a compté que 19; et encore, remarquez-le bien, 
tous étaient à l’étranger au moment du tirage , et pas 
un seul peut-être n’a su que l’arrêt du sort l'appelait 
sous les drapeaux de l’Ëtat. 

» Je m’arrête ; je ne veux pas ajouter plus de dé- 
veloppements; mais, je le demande avec orgueil, quel 


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tl 


de la soctÉri d'émulation. 
est en France le département où il serait possible 
de signaler des résultats aussi beaux, dés progrès 
aussi remarquables, un aussi grand amour de l’ordre, 
un plus noble dévouement, une conscience aussi 
intelligente des devoirs civiques, un plus ardent amour 
de la patrie? 

» Soyons fiers , Messieurs, d’appartenir à un dé 
parlement qui se distingue si bien par ses efforts 
persévérants dans toutes les branches du progrès et 
par les sentiments généreux et élevés de ses popu- 
lations. Soyons fiers surtout d’avoir acquis le droit 
incontestable et certainement incontesté de proclamer 
que, par notre constance, par nos conseils, quelquefois 
par nos exemples, nous avons participé à ces progrès, 
nous les avons excités, favorisés, secondés. Persé- 
vérons donc dans une tâche si belle, si honorable 
et si féconde. Continuons à rechercher le mérite qui 
s’ignore, à mettre en évidence toutes les entreprises 
généreuses , à recommander toutes les œuvres utiles, 
à signaler à l’estime publique ceux qui , par des tra- 
vaux patients et dignes d’être imités, concourent 
le plus au développement de la prospérité publique. 

» C’est ce que vous allez faire tout à l’heure en- 
core par les récompenses que vous allez décerner. 
Elles sont modestes, ces récompenses; et cependant 
un grand nombre les recherche , et tous les accep- 
tent avec émotion et reconnaissance. A des travaux 
plus considérables, vous décernerez les primes dont 
le Gouvernement vous a confié la distribution. Que 
ceux qui vont recevoir les unes et les autres com- 
prennent bien mes paroles : si ces récompenses sont 


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ANNALES 


«ne sorte 4e rémunérât»» , elles imposent cependant 
des devoirs nouveaux à ceux qui les reçoivent. Ces 
devoirs , ils les contractait envers le Gouvernement, 
envers nous , envers leurs concitoyens. Ces devoirs 
les obligent à répandre autour d’eux les lumières 
qu’ils ont acquises, à propager les progrès qu’ils ont 
d’abord réalisés pour eux-mêmes , à devenir enfin 
vos zélés et constants auxiliaires. » 


M. Ballon a eu ensuite la parole pour le compte 
rendu des travaux de la Société depuis la dernière 
séance publique. 

MM. Déblayé et Claudel ont successivement obtenu 
la parole , le premier pour le rapport sur les primes 
annuelles accordées par la Société , le second pour 
le rapport sur les primes accordées par le Ministre 
de l’agriculture et du commerce , et destinées exclu- 
sivement, en 1846, à l’arrondissement d’Epinal. 

Le secrétaire perpétuel a ensuite proclamé les noms 
des lauréats. 

La séance a été terminée par l’annonce du pro- 
gramme des primes que la Société distribuera en 
1847, tant sur son propre budget, que sur l’allo- 
cation accordée annuellement par M. le Ministre de 
l’agriculture; les primes de ce dernier concours sont 
destinées exclusivement , pour 1847, à l’arrondisse- 
ment de Remiremont. 


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DE LA sociéri b’^mllatioh. 


n 



DBS 

TRAVAUX DE LA SOCIETE D’ElDUTION 

DU DÉPARTEMENT DES V06GES , 

i i tbw n 30 imnu» 4845, étoqui dk sa duiiUi aéamci fvbliqbi, 
jobqb’au 84 siptmiki 4846 , 


Par M. BALLON , 

AVOCAT , MEMBRE TITULAIRE. 


Messieurs , 

Quand , chaque année , noos venons bobs réunir dan» 
eette enceinte et vous entretenir de nos travaux et de nos 
e sp é ra nces, ce n'est point à an vain «sage, à une tra- 
dition stérile que. noua entendons noos conformer ; noos 
ne faisons qu'obéir à un sentiment inhérent an cœtnr do 
l'homme , à ce besoin impérieux qu’il éprouve de se mettre 
en oontact et de sympathiser avec ce qui l'entoure. Au 
tempe oh nous vivons* Messieurs, pins qu’en aucun autre, 
««besoin dexpansion se manifosto; on comprend de mieux' 
en mieux, les hâenfoitside l'association et les tristes effets; 
de-, l’iselemeiit ; on sait per expérience qn’autant la pue* 


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ANNALES 


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mière est féconde, autant celui-ci est impuissant. Aussi 
ne croyons-nous pas devoir nous borner à nos réunion» 
mensuelles et à la publicité de nos Annales ; ce cercle nous 
parait trop étroit , cette publicité insuffisante ; il nous faut 
la présence de nos concitoyens ; il nous faut ce concours 
empressé de travailleurs de toutes sortes : fonctionnaires , 
laboureurs, commerçants, ouvriers, désireux de savoir 
comment nous avons employé notre temps et usé des 
moyens d'influence que les pouvoirs de l'État ont mis à 
notre disposition. Sans cet auditoire nombreux , sans la 
consécration que son assentiment vient donner à nos dé- 
cisions , aux couronnes dont nous sommes les dispensateurs, 
combien les unes et les autres ne perdraient-elles pas de 
leur prix et de leur autorité morale ? quelle autre appro- 
bation vaudrait à nos yeux cette sympathie publique sous 
la protection de laquelle nous venons nous placer, et qui 
est pour nous le plus vif des encouragement» comme la 
plus douce des récompenses ? 

J’ai dit, Messieurs , que la doctrine de l’individualisme, 
du chacun pour soi, avait fait son temps, et que, s’il 
est une vérité incontestée de nos jours , c'est qu’un mou- 
vement irrésistible emporte l’humanité vers une association 
plus large et plus complète que celle du passé. Portons 
un instant nos regards en arrière : quelle distance l’bomme 
n’a-t-il pas déjà parcourue dans cette voie ! Vivant d’abord 
en famille , sans relations avec le reste de son espèce , il 
regarde et traite en ennemi tout être humain qui ose 
s’aventurer auprès de sa demeure ; chacune des innom- 
brables familles dont la terre est semée se suffit à elle- 
même ; nul lien entr'elles , point de langage commun. 
L’homme alors n’est guère différent de la brute : c’est le 
premier âge du monde ; c’est l’Eden des peuples de l’O- 
rient, l’Age d’or de la tradition. Mais les familles s’accrois- 


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DE LA SOCIÉTÉ DEM IL AT ION. 15 

lent, bientôt elles se touchent; alors commence à se dé- 
velopper le principe d association ; le fort n’égorge plus le 
faible , car l'homme sait déjà le profit qu’il peut tirer de 
1 homme ; il préfère l’employer à son service , et en échange 
du travail auquel il le contraint , il lui donne la nourri- 
ture et l’abri. C’est la deuxième période, celle du patriarchat, 
et vous voyez que déjà un grand progrès s’est accompli : 
la vie pastorale a remplacé les habitudes guerroyantes du 
chasseur, les causes de discorde ont diminué, le cercle 
de l association s’est élargi. Plus tard , les agglomérations 
de familles, ou tribus, viennent à s’unir et donnent nais- 
sance a des nations. Arts, mœurs, cultes, langages, tout 
se confond; la guerre et la rapine, chassées du territoire 
qu elles désolaient naguères, se trouvent reportées au dehors, 
et les arts de la civilisation, grâce i\ la paix qui résulte 
de ce nouveau mode d’association , procurent à l’homme 
un bien-être jusqu alors ignoré. Longtemps encore les di- 
verses nations , étrangères l’une à l’autre et divisées de 
sentiments, pourront bien se livrer de sanglants combats; 
à mesure que la civilisation se développera chez chacune 
d’elles, à mesure que leurs rapports se multiplieront et 
que leurs intérêts iront se confondant , on verra les sources 
de haine se tarir, et la guerre, jadis l’état normal des 
sociétés, devenir un fait de plus en plus exceptionnel. Partout 
en effet les préjugés belliqueux commencent à s’effacer; 
le nom d’étranger n'est plus dans nos bouches un terme 
de mépris, et déjà nous voyons poindre le jour où l’Europe 
ne formera plus qu’une vaste famille de peuples frères. 

Voilà, Messieurs, ce que nous apprend Phistoire; telles 
sont les inductions qui ressortent des faits qu’elle nous 
révèle. Mais si, laissant de côté les généralités, nous 
abordoos un antre terrain , si nous fouillons Phistoire des 
découvertes qui ont honoré l’humanité, nous verrous cette 


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ANNALES 


te 

grande loi dont je parlais tont à l'heure, cette tendance 
universelle vers une association de plus eb plus parfaite, 
éclater dans tonte son évidence. Sans vouloir remonter au 
delà du XIV e siècle , n’eet-il pas mabifeste qüe tontes les 
inventions qni ont eu lieu depuis cette époque dans les 
arts et dans les sciences, ont eu pour résultat de mul- 
tiplier les rapports sociaux entre lés membres de l'huma- 
nité et de faire disparaître les différentes inégalités , soit 
de force physique, soit de lumières, qui pouvaient s’op- 
poser à leur union intime et fraternelle? Qui eût dit , il y 
g cinq siècles, qu’un petit morceau de fer aimanté, tournabt 
sur pivot, allait ouvrir à l'audace des navigateurs un 
océan inconnu et rattacher l’une à l’autre deux moitiés 
de monde qui s’ignoraient depuis la création? Qni eût wé 
prédire , au moment où la poudre fut trouvée , qu’un peu 
de cette poussière noire allait rendre le serf l’égal de son 
seigneur, en 6tant à celui-ci l’avantage de sa brillante 
armure, et que ce foudre meurtrier, qui semblait un 
nouvel agent de destruction aux mains des peuples ennemis, 
devait au contraire briser les obstacles qni les séparaient 
et tracer aux échanges une voie plus directe et plus facile? 
L’imprimerie est inventée : aussitôt s’établit, entre les in- 
telligences jusqu’alors isolées , un rapide courant d’idées 
communes ; la pensée ne meurt plus stérile dans le cerveau 
qui l’a enfantée; elle vole d’un bout du monde à l’autre, 
réveillant du battement de ses ailes les esprits et les coeurs 
endormis. De nos jours , le génie de l’homme parvient à 
dompter la vapeur, et bientôt les mers se couvrent de 
rapides vaisseaux , messagers infatigables de civilisation et 
de progrès ; la locomotive embràsée , entraînant à sa suite 
des populations entières , dévore les distances qui séparent 
les- capitales ; partout sur son passage on toit voler en 
éclata les barrières factices qui tenaient les peuplés divisés. 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 

Lorsque le télégraphe fat inventé vers le milien du XVlir 
siècle, il dnt sembler à nos pères que la science avait 
dit à ce sujet son dernier mot , mais voici qu’une faible 
étincelle , naguère encore simple objet de curiosité pour 
le savant, part avec la promptitude de l’édair pour trans- 
mettre au loin les nouvelles et les ordres ; la télégraphie 
électrique vient de supprimer l’espace , et d’une extrémité de 
la France à l’antre, de l’Europe bientôt, du monde peut- 
être, l'homme va sé parler et se répondre! 

Et ce n'est pas seulement. Messieurs, de continent à 
continent , de peuple à peuple , que s'établissent ces liens 
de mutuelle sympathie; à mesure que s’étend le réseau 
des sentiments communs , ses mailles au dedans se mul- 
tiplient , et enlacent de leurs nœuds de plus en plus étroits 
les membres dont se compose chacune de ces grandes fa- 
milles. Pour ne parler que de la France , combien , dans 
ces derniers tèmpe, n’avons-nous pas vu surgir d'associations 
de toutes sortes : bibliothèques publiques , sociétés de 
bienfaisance, compagnies d'assurances, caisses d’épargnes, 
salles d'asile , crèches ponr la première enfance , congrès 
de savants , d’agriculteurs , de médecins , de commerçants, 
d’industriels ? De tous les points du pays on voit tour à 
tour accourir, pour se voir et s’entendre de plus près, les 
hommes voués à une même étude on à une même profes- 
sion ; ils viennent mettre en commun leur expérience et 
leurs lumières , et en échange de son apport individuel , 
chacun d’eux s’en retourne riche des lumières et de l’ex- 
périence de tons. L’agriculture seule est représentée par 
près de sept cents sociétés ou comices , sans compter une 
vingtaine d’instituts agricoles, non plus qne les haras , les 
vacheries ou bergeries entretenues aux frais de l’État. Quelle 
faree pour un Gouvernement habile que la concentration 
de tontes ces forces ! quelles résistances ne seraient pas 

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ANNALES 


vaincues par un aussi puissant levier, manié par des mains 
fermes et vigoureuses ! 

Ce fut sous l'empire de ce besoin d unité dont on était 
loin alors de prévoir les développements futurs , que notre 
Société fut fondée il y a un peu plus de 20 ans. A peine 
constituée , elle commence à révéler son influence : l'ad- 
ministration lui demande des conseils et lui confie des en- 
quêtes; le fonctionnaire le plus haut placé, comme le simple 
citoyen que son mérite seul distingue , tient à honneur d'être 
admis dans son sein; les modestes prix qu'elle décerne 
sont ambitionnés à l'égal des plus riches récompenses , et 
la salle de ses séances publiques suffit à peine pour con- 
tenir la foule pressée qui veut applaudir ses lauréats. 
Pourquoi cette sympathie qui entoure notre Société nais- 
sante et qui ne l'a pas un seul instant abandonnée? Il m'est 
permis, à moi, nouveau veuu dans ses rangs, d'en dire 
les motifs : c'est que , depuis sa fondation , la Société d'É- 
mulation n'est restée étrangère à rien de ce qui s’est fait 
de grand et d'utile dans le pays ; c'est que , concourant tou- 
jours avec l'administration à féconder les germes de prospérité 
que notre beau département recèle , prenant même parfois 
l'initiative quand celle-ci était trop lente à agir , elle a 
propagé partout les meilleures méthodes de culture , en- 
couragé dans l'industrie l'emploi des machines les plus 
perfectionnées , stimulé le zèle des maires , des instituteurs 
et des agents forestiers , aidé de son patronage et souvent 
de sou argent toutes les bonnes volontés impuissantes , 
tous les talents précoces qui lui ont été signalés. Et elle 
ne s’est point bornée aux conseils , elle a voulu y joindre 
l’exemple; ses membres ont été les premiers à mettre en 
pratique les préceptes qu'ils recommandaient. C’est ainsi 
que deux de nos collègues , deux frères , presque sans 
entres moyens d'action qu'une énergique volonté et une 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 


I!) 


infatigable persévérance , ont conçu et mené à bien un 
projet traité avant eux d’utopie , qu’ils ont réussi à dompter 
notre fougueuse Moselle et forcé ses eaux dévastatrices , nou 
souhu ont à réparer leurs ravages , mais à porter l’abou- 
dauee et la vie dans des lieux où régnait de tout temps 
lu plus désolante stérilité. Pensez-vous, Messieurs, que 
de pareilles leçons ne frappent point les intelligences les 
pins rebelles? et lorsque de toutes parts nous voyons créer 
de nouvelles prairies , améliorer les anciennes , reboiser 
les sommets arides , supprimer les jachères , rendre à la 
culture des terrains improductifs , est-ce montrer trop de 
présomption que d’attribuer aux efforts de notre Société 
quelque part à cette heureuse métamorphose ? 

Mais, quels que soient les résultats déjà obtenus, quelle 
qu'en soit la cause , ce n’est qu'un pas de fait dans cette 
carrière du progrès que l’homme est destiné à parcourir, 
sans qu’il -lui soit donné d’en trouver jamais les limites. 
Le bien déjà opéré , loin d’étre un motif pour s'endormir 
dans l’inaetion, ne doit être envisagé que comme un moyen 
de réaliser des progrès nouveaux : telle est la pensée qui 
n’a cessé de nous guider dans nos travaux de cette année , 
travaux dont je suis chargé , Messieurs , de vous présenter 
la rapide esquisse. 


L’agriculture , comme les années précédentes , a occupé Agrieuitur*. 
la majeure partie de nos séances , et les raisons de cette 
préférence sont faciles à saisir. Ce n’est point que nous 
accordions à l’agriculture une supériorité quelconque sur 
les autres professions utiles , sur l’industrie par exemple; 
à nos yeux ces diverses professions sont également hono- 
rables, par cela seul qo 'elles répondent les unes et les autres 
aux besoins de la société, et celle-ci assurément ne peut 


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ÎO 


ANNALES 


pas plus 3e passer de l'ouvrier dout les bras forgent le 
fer de la charrue que du laboureur qui la met en œuvre. 
Notre préférence tient à d'autres causes , et les voici. C'est, 
en premier lieu , le grand nombre de travailleurs employés 
à la culture des terres, nombre qui, en France, est de 
plus des deux tiers de la population ; c'est , en second 
lieu , l’état encore arriéré dans lequel se trouve cette science, 
état qui me semble provenir surtout de l'émiettement de 
la propriété et du peu de contact qu'ont entr'eux les cul- 
tivateurs. Tandis que la production industrielle s'effectue 
par le concours de puissants capitaux et de grandes masses 
d'hommes concentrés dans le même lieu, vivant tous d'une 
seule et même existence ; tandis que l'emploi de nouvelles 
machines et une meilleure division du travail viennent 
chaque jour abréger ou perfectionner la fabrication , l'a- 
griculture , privée de capitaux , exercée isolément par des 
familles clair-semées sur une vaste étendue de territoire , 
et qui , pour éviter la perte de temps et les frais que né- 
cessite l'échange des denrées, veulent bon gré mal gré trouver 
dans le sol qui les environne la totalité des produits dont 
elles ont besoin, l'agriculture, disons -nous, ne peut se 
perfectionner que lentement et ne marchera de pair à pair 
avec sa rivale, l'industrie, que lorsqu'elle aura empruntés 
cette dernière les procédés qui en font aujourd'hui la force 
et l’éclat. Mais, Messieurs, c’est au Gouvernement, au 
pouvoir central qu'est réservée la grande mission d'aplanir 
ces obstacles ; nous ne pouvons , nous , dans notre sphère 
modeste , que faire des vœux pour qu'il ose s'en charger, 
et en attendant, nous efforcer d'accomplir autour de nous 
tout le bien que comporte la législation actuelle. 

Parmi les nombreux produits que l'agriculture livre à 
la consommation , il n'en est point , sans contredit , de plus 
important que la pomme de terre. C'est le pain du pauvre, 


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21 


DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION. 

k nourriture presque exclusive de l’habitant des campagnes 
et de l'ouvrier, et dans notre département , elle entre com^ 
munémrnt pour plus de moitié dans l'alimentation de la 
population générale. Aussi, quand , l’année dernière , on 
signala dans nos contrées l’arrivée du fléau qui venait de 
détruire une partie de cette précieuse récolte en Allemagne, 
en Angleterre et en Belgique , les alarmes furent-elles vives , 
et la classe nécessiteuse put un moment se croire menacée 
dans sa subsistance. C’était donc pour nous un devoir sacré 
«1 étudié r attentivement les causes de cette maladie et de 
« h< relier les moyens d en paralyser les effets, ou du moins 
d’en prévenir le retour. Plusieurs de nos séances ont été 
employées a examiner les opinions diverses émises par les 
savants qui ont pu observer ce singulier phénomène, et 
ceux de nos collègues qui s’adonnent aux travaux des 
champs ont apporté à ces discussions le tribut de leurs 
observations personnelles. L’un d’eux , M. Claudel , a été 
chargé de recueillir les renseignements que M. le Préfet 
nous avait demandés à ce sujet , et il s’est acquitté de cette 
tAche délicate avec l’exactitude que nous lui connaissons 
tous. Plus tard, lorsqu’une circulaire émanée du ministère 
de l’agriculture est venue nous poser de nouvelles questions, 
nous avons fait appel au zèle des comices, et ils se sont 
tnpvossés d'y répondre en nous envoyant, sur l’étendue 
relative de la culture des pommes de terre, sur leur des- 
tination, leur rôle dans l’assolement, leur rendement or- 
dinaire et les pertes éprouvées en 1845, une série de notes 
du plus haut intérêt, lesquelles ont servi de base à un 
rapport rédigé par M. Mathieu et adressé au Ministre par 
les soins de M. le Préfet. C est ainsi, Messieurs, que les 
eoniœs vosgiens comprennent leur mission et le rôle qu’ils 
sont appelés à remplir auprès de la Société centrale; puissent 
ees relations fraternelles se resserrer de plus eu plus pour 


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22 


AHNALBS 


le succès de notre œuvre commune et la prospérité du pays 
que nous habitons ! 

Il appartenait à un de nos collègues, dont nous avons 
été plus d’une fois à même d’apprécier les connaissances 
théoriques et pratiques en agriculture , j'ai nommé M. Evon , 
de chercher à résoudre les graves questions de physiologie 
végétale que soulevait l’apparition d’un phénomène aussi 
nouveau pour nous. C’est ce qu ! il a fait dans un mémoire 
fort remarquable qui a été livré à la publicité. Dans ce 
mémoire , H. Evon s’est d’abord attaché à décrire les symp- 
tômes et les effets de la maladie des pommes de terre, 
puis il essaie d’en préciser la cause ; il ne pense pas, comme 
M. Payen et d’autres chimistes , qu'on puisse l’attribuer 
à une végétation parasite , à une sorte de champignon 
qui viendrait se fixer au sein des tissus du tubereule et 
en déterminer la décomposition. Dans l'opinion de notre 
collègue , ce champignon n’ayant jamais été observé sur 
le tissu vif, mais sur des parties déjà attaquées, il est 
probable qu’il est l’effet et non la cause de l'altération. 
Mais quelle peut être cette eause ? M. Évon croit la trouver 
dans le caractère météorologique de l'année dernière , dans 
les brusques changements de température qui s’y sont 
produits. Pourtant, dans une communication récemment 
faite à l’académie des sciences par M. Payen, ce savant 
apporte de nouveaux faits à l’appui de son opinion ; il si- 
gnale la réapparition du fléau dans cette malheureuse Ir- 
lande , si cruellement éprouvée déjà par la famine , ainsi 
que dans plusieurs parties de la France , et cette fois il 
est bien difficile de s’en prendre à la température de l'année, 
si différente de celle de 1845 , qu’il semblerait que le ciel, 
par une sorte de contre-épreuve , ait voulu hâter la so- 
lution du problème. Quoi qu’il en soit, il sera sage de 
suivre , pour la conservation de la récolte prochaine , les. 


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DE LA SOCIÉTÉ DÉMULATION. 


23 


précautions recommandées précédemment. Peut-être la 
science parviendra-t-elle à découvrir la véritable cause du 
mal et le moyen de s’en préserver; mais peut-être aussi 
en MT.i-t-iI de cette épidémie comme de celles qui viennent 
de loin eu loin sévir sur l'homme, et dont la cause échappe 
à Mi in\( stigations. Ce n est point assurément un motif 
[MHir désespérer. Déjà , grftce au progrès des sciences et 
surtout .1 l'assainissement du sol par le travail incessant 
des populations successives , bien des pestes , bien des 
fléau* ont disparu sans laisser d antres traces que leurs 
noms dans l'histoire ; essayons donc, an cas où il ne 
serait pas possible de faire à la pomme de terre un sol 
(jui la préserve entièrement des influences délétères, es- 
sayons , dis-je , si nous ne pourrions pas , par exemple , 
régénérer la pomme de terre elle -même au moyen des 
M*inis ou d’un nouvel emprunt fait à son type originel, 
a la patate de l’Amérique. Qui sait si l'épidémie que nous 
déplorons n’aura pas en définitive été plus utile que nui- 
Mhlc, en forçant l’homme à rechercher, parmi les nombreuses 
variétés de la patate , des espèces plus productives et plus 
délicates que celles aujourd'hui cultivées? 

Bien que les céréales, et notamment le blé, par suite du 
prix exagéré qu’est parvenue à leur donner la spéculation, 
ne soient plus accessibles qu’à une certaine classe de la 
société , ce qui concerne leur culture n'en est pas moins 
d’un intérêt général, car, il faut l’espérer, les circon- 
stances auxquelles est du ce renchérissement auront un 
larme. tn agronome distingué d'Épiual, M. Bienaymé, 
qui s’est beaucoup occupé de cette culture, nous a adressé 
une notice fort bien faite sur un nouveau blé printanier , 
dit blé de Tangnt , dont une expérience de cinq années lui a 
permis de reconnaître les avantages. Ces avantages sont , 
d’après M. Bienaymé, une économie de semence et de frais 


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24 


ANNALES 


de culture , une grande précocité, et enfin un produit bien 
supérieur, tant par la quantité que par la qualité, à celui 
des cultures printanières en usage. De pareils résultats, 
constatés par un observateur aussi conscieucieux que 
M. Bienaymé , doivent appeler l'attention des comices 
agricoles et des cultivateurs zélés pour le progrès de leur 
art. C'est dans ce but qu'en recevant M. Bienaymé parmi 
nous , nous avons en même temps voté l'impression de sq 
notice. 

La plus funeste conséquence de la cupidité des spécula-; 
teurs n'est peut-être pas l'élévation factice du prix des den- 
rées de première nécessité , mais bien l'altération de ces 
mêmes denrées par le mélange de substances étrangères. Le 
marchand qui veut faire rapidement fortune trouve tout 
naturel de vendre de la fécule pour de la farine, de l'alcool 
étendu d'eau pour du vin , du sel de warecb pour du sel 
ordinaire , et les quelques saisies qui ont lieu de temps à autre 
sont impuissantes pour réprimer une fraude non moins ha- 
bile qu'obstinée. Informé que, dans les. Vosges, il se vendait 
du faux sulfate de cuivre pour servir au chaulage des blés, 
M. le Préfet s’est empressé de prévenir M. le Ministre de 
l'agriculture.et du commerce, et de lui adresser des échan- 
tillons de cette substance. Le comité consultatif des arts 
et manufactures , à qui M. le Ministre a soumis les échan- 
tillons , ayant indiqué un moyen simple et facile de re- 
connaître le sulfate frelaté , M. le Préfet nous a aussitôt 
fait part de ce procédé , et nous nous sommes hâtés de 
le porter à la connaissance des cultivateurs de notre dé- 
partement. Espérons que ces précautions , si elles ne pré- 
viennent point le retour de la fraude, permettront au moins 
de s'en garantir. 

Une des branches les plus importantes de la science 
agricole est sans contredit l’économie forestière. À me* 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 


25 


mire que le bois renchérit , on sent mieux la nécessité 
de créer de nouvelles forêts et d’améliorer le régime des 
anciennes ; administrateurs et particuliers rivalisent main- 
tenant de cèle |tenr le reboisemeut des terrains impropres 
à la enltnre, et dont, il y a quelques années à peine, on 
ne songeait eneore à tirer aucon parti. C'est donc avec un 
vif intérêt que nous avons pris connaissance de deux bro- 
obnves qui nous ont été adressées , l’une par M. Gravier, 
président du comice agricole de Remiremont , l’autre par 
M. de Bazelaire , membre du comice de Saint-Dié. La bro- 
chure de N. Gravier, qui a pour titre De la nécessité 
dé rebaiser les sommets et les pentes rapides des Vosges, 
et celle de M. de Bazelaire intitulée , Manuel du planteur, 
ont tootes deux été l’objet d’un rapport de H. Évon. Il 
résulte de ce rapport que M. Gravier s’est principalement 
attaché à prouver par des documents historiques que le 
déboisement progressif des montagnes des Vosges a été suivi 
d’nne perturbation dans le climat et d’une diminution con- 
sidérable dans le volume des cours d'eau qui y prennent 
leurs sources. On connaissait déjà depuis longtemps les effets 
pernicieux de la destruction des forêts , au moins de celles 
sitoées en pays de montagnes , mais on n’avait point en- 
core vérifié oes effets dans les Vosges d'une manière aussi 
complète que l’a fait M. Gravier, avec le secours de ses 
profondes connaissances en histoire locale. Quant au Ma- 
nuel de M. de Bazelaire , fruit d’une vaste lecture éclairée 
par quiuse années de pratique , il présente sous une forme 
élémentaire les instructions les plus éprouvées sur la ma- 
tière du reboisement. Ce travail se distingue d'ailleurs par 
la méthode qui a présidé à la distribution et à l’enchaî- 
nement de ses parties , et par une extrême clarté unie 
partout à uns grande concision. Ce sont là des mérites qui 


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26 


ANNALES 


doivent puissamment contribuer à populariser l’ouvrage de 
M. de Bazelaire. 

Il ne suffit pas , Messieurs , de comprendre l’utilité du 
reboisement et de connaître les meilleurs procédés pour 
les semis ou la plantation , il faut encore savoir quelles 
essences il convient de choisir afin d’obtenir les résultats 
les plus avantageux. C’est l’objet d’un excellent mémoire que 
nous devons encore à la plume de M. Évon , et qui a 
pour titre : De l’alternance des végétaux considérée surtout 
à l’égard des arbres forestiers. 

Depuis quelques années , on remet en question la loi de 
succession naturelle des végétaux , loi qui forme la pre- 
mière base de la théorie des assolements. Le débat a pris 
naissance au congrès de Baden , à l'occasion des arbres 
forestiers. M. Évon s’est attaché à démontrer, non seule- 
ment par des faits d’analogie tirés de l’agriculture et de 
l’horticulture , mais aussi par des faits directs , rapprochés 
d'une manière fort ingénieuse, qu'un sol trop longtemps oc- 
cupé par une même espèce d’arbres devenait impropre à 
la production de cette espèce, et que, pour pouvoir es- 
pérer de beaux produits , il fallait suivre les indications 
de la nature, qui, soit dans les prairies naturelles , soit 
dans les forêts , nous montre les diverses espèces mélangées 
et se succédant alternativement. Je regrette que les bornes 
de ce compte rendu m’interdisent une plus longue analyse 
du mémoire de M. Évon , mais sans doute il trouvera , 
dans le prochain numéro de nos Annales , la publicité qu’il 
mérite à tous égards. 

M. Évon ne s’est pas borné aux travaux que je viens 
d’énumérer ; il nous a donné lecture d’une notice où se 
trouvent décrites les diverses expériences auxquelles il s’est 
livré dans le but de vérifier l'efficacité d’un nouveau pro- 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 27 

cédé grandement préconisé dans ces derniers temps : je 
veux parler des tabes à traire les vaches , inventés par le 
docteur Gierster, de Vienne. Les conclusions du travail de 
notre collègue ne sont nullement favorables à l'adoption 
de ce procédé ; les animaux ont en général montré de la 
répugnance à recevoir les trayons , et la quantité de leur 
lait a diminué. Les mêmes observations ont été faites par 
deux cultivateurs éclairés de notre ville , MM. Prosper 
PetotetGerardgeorges, qui, après avoir essayé des trayons, 
sont revenus à l’ancienne méthode. En présence de pareils 
résultats , nos cultivateurs feront sagement d’attendre avant 
de rien innover sur ce point. 

Tels sont. Messieurs , en ce qui concerne l'agriculture, 
les principaux objets qui ont appelé nos méditations. Un 
•sac* grand nombre d’écrits et de brochures ayant trait 
à cette importante matière nons ont été adressés ; je 
signalerai particulièrement , parmi les ouvrages imprimés : 
l 'Histoire des animaux domestiques , par notre correspon- 
dant M. Boyer, inspecteur de l’agriculture ; une Notice 
sur êa culture de la pomme de terre et une Note sur la 
production des laines ; un opuscule ayant pour titre Ma- 
nière de prendre le miel , par M. de Mirbeck , qui fait éga- 
lement partie de notre Société en qualité de membre cor- 
respondant ; nne brochure de M. Gravier sur les engrais ; 
nne description d’un nouveau système d’irrigation inventé 
par Mademoiselle Garnier Savatier , de Marseille ; enfin un 
travail de M. Braconnot , chimiste à Nancy, travail qui a 
pour titre De l’influence du sel sur la végétation. Les 
recherches auxquelles s’est livré M. Braconnot ont un puis- 
sant intérêt d’actualité ; car on sait que M. Gay-Lussac , 
au nom de la commission de la Chambre des pairs chargée 
d’examiner le projet de loi ayant pour but le dégrèvement 
de l'impôt sur le sel , conclut au rejet , par le motif que 


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AKKALBS 


cette substance n’aurait peint l’efficacité qu’on lui attribue 
généralement. 

Parmi les manuscrits , je me bornerai à citer un mémoire 
de U. Simonin Sur la vaine pâture et le crédit foncier , 
graves questions qui touchent non-seulement à l’agricul- 
ture , mais à l’économie sociale tout entière. Aussi le tra- 
vail de M. Simonin sera-t-il de notre part l’objet d’un examen 
approfondi. 

Je ne dois pas oublier non plus de mentionner un envoi 
d’une autre nature qui nous a été fait par notre collègue 
M. Buffet, de Mirecourt. M. Buffet nous a adressé une 
collection de semences des plus belles espèces de fleurs et 
d’arbustes cultivées dans le midi de la France : c’est un 
surcroit de douces jouissances pour nos amateurs d’bor- 
ticulture, à qui nous les avons distribuées, en même temps 
qu’une nouvelle source de profits pour nos jardiniers. 

Vous le voyez , Messieurs , le zèle de nos correspondants 
ne s’est point ralenti en ce qui concerne l'entretien de 
nos mutuelles relations. Nous avons trouvé chez eux le 
même empressement lorsqu'il s’est agi de nous faire re- 
présenter aux réuuions d’agriculteurs qui ont eu lieu cette 
année sur divers points de la France : ainsi , MM. Boulay 
de la Meurtbe et Didelot ont bien voulu accepter la mis- 
sion d'assister aux séances du congrès central d'agri- 
culture , qui s’est tenu ce printemps à Paris. Nous 
devons également des remerciements à un autre de nos 
compatriotes , M. Maurice , d’Épinal , conseiller à la cour 
royale de Bourges , pour les renseignements qu’il a eu 
l’obligeance de nous communiquer sur le congrès tenu dans 
cette dernière ville. 

En terminant cette première partie de mon compte rendu , 
permettez-moi , Messieurs , de vous apprendre deux bonnes 
pou voiles. 11 s’agit en premier lieu de la prochaine arrivée 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 

dans les Vosges de M. l'abbé Paramelle , le célèbre dé- 
couvreur de sources : ose lettre qu'il a écrite récemment 
à notre secrétaire perpétuel nous fait espérer cette arrivée 
pour le printemps prochain , si l’état de la souscription 
ouverte sous nos auspices le permet. Vous apprendrez avec 
une égale satisfaction que la grande médaille d’or de la 
société centrale d'agriculture a été décernée à MM. Dutac 
frères , pour leurs magnifiques travaux d’irrigation dans 
la vallée de la Moselle : c’est la récompense méritée d’une 
couvre qui marquera dans l’ histoire du pays. 

L’bouune, Messieurs , n’éprouve pas seulement le besoin 
d'entrer en communion avec ses semblables ; soo orga- 
nisation l'entraîne à vouloir aussi connaître les êtres si' 
nombreux et si variés au milieu desquels il est destiné à 
vivre : telle est la fin qu’il se propose en étudiant les sciences' 
naturelles. Quelle jouissance pins élevée et plus pure à la 
fois que celle «pii s’attache à la contemplation de l’univers, 
à la découverte des lois qui le régissent, et qui toute» 
viennent attester l’existence d’une intelligence infinie! Com- 
bien eut admirable ce spectacle de l’universelle attraction 
qui relie les mondes les uns aux autres à travers l’im- 
mensité des espaces , et qui en même temps rattache la 
molécule à la molécule , ne permettant pas que rien dan» 
la création puisse se soustraire à la vie commune ! Est-ce 
qu’à cet aspect le cœur ne s'agrandit pas autant que l’in- 
telligooee s’élève? et peut-on ne pas se sentir épris de 
oompassion pour ceux- qui, méconnaissant ce grand prin- 
cipe de solidarité et se parquant dans un étouffant égoïsme, 
prétendent faire de leur individu une sorte de petit centre 
auquel il faudrait tout rapporter? 

Un autre avantage des sciences naturelles , c'est d’aug- 
raeotcr le bieo-étre matériel de l’homme, en lui enseignant 


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30 


ANNALES 


l’utilité qu’il peut tirer, soit des corps inorganiques que 
recèlent les profondeurs de la terre , soit des êtres orga- 
nisés qui en peuplent la surface. Aussi la Société d’Ému- 
lation n’a-t-elle rien négligé pour favoriser cette étude. 
Après avoir contribué à former les collections d'histoire 
naturelle du musée des Vosges, elle a cherché incessamment 
à les accrottre , tant par les dons de ses membres qu’en 
stimulant à cet effet la générosité de nos concitoyens. Ces 
efforts n’ont pas été stériles ; chaque année de nouveaux 
dons viennent combler les lacunes qu’offraient les collec- 
tions à leur origine. Un de nos collègues , dont le zèle est égal 
à la science , M. le docteur Mougeot , de Bruyères, membre 
de la commission de surveillance du musée, a signalé, 
dans son rapport annuel publié dans nos Annales, les im- 
portants accroissements qu’ont reçus dernièrement encore 
ces précieuses collections. 

La géologie , cette branche si vaste et pourtant si nou- 
velle des sciences qui ont pour objet la connaissance de 
la nature, a eu dans nos travaux de cette année une part 
proportionnée à son importance. M. Hogard a terminé sa 
belle carte géologique du département des Vosges , et nous 
a présenté le complément de son Esquisse géologique du 
Val-d’Ajol; nous y avons retrouvé les qualités qui dis- 
tinguent les ouvragée de notre collègue, et qui lui ont 
valu une place si honorable parmi les géologues français. 
M. le docteur Lesaing, de Blàmont, membre correspon- 
dant , nous a envoyé la description d’un os fossile de 
saurien trouvé dans le département de la Meurthe. près 
du village de Domèvre. Plusieurs personnes étrangères à 
notre Société nous ont également fait d’importantes com- 
munications, parmi lesquelles je dois citer en première 
ligne un Mémoire de M. le docteur Carrière, de Saint-Dié, 
sur les giles métallifères de Framont. Ce travail , qui dé- 


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DE la société d'émulation. 


31 


note 4e profondes connaissances en minéralogie et en 
chimie, a excité an plus haut point notre intérêt. On 
avait bien , à la vérité , des catalogues des nombreuses 
espèces minérales qu'offre le dépôt de minerai de fer de 
Framont, mais sur la plupart de ces espèces on manquait 
d'analyses régulières. M. Carrière les a toutes soumises à 
on examen rigoureux ; il a vérifié et constaté les caractères 
physiques et chimiques d'après lesquels chaque espèce doit 
être déterminée. 11 faut aussi mentionner avec éloges une 
Note sur let eaux jaillissantes du département de la Meuse , 
et nn Mémoire sur les fossiles de la Meuse et des Ardennes ; 
cette dernière brochure , dont l'auteur est M. Buvignier, pré- 
sident de la société philomatique de Verdun, a été l’objet d'un 
rapport de la part de M. le docteur Mougeot fils. 

Nous avons enfin reçu : — en ce qui concerne la botanique, 
deux brochures de M. Godron , médecin à Nancy, membre 
correspondant ; la plus importante , ayant pour titre Descrip- 
tion d’une monstruosité observée sur la fleur de plusieurs cru- 
cifères, a été examinée par H. Évon ; — en ce qui concerne la 
chimie, une Analyse des eaux de Bulgnéville, par M. Bra- 
connot ; — et quant aux sciences mathématiques , deux mé- 
moires , l’un de M. d’Estocquois , professeur au collège de 
Besançon, sur l’Attraction des polyèdres, l’autre de H. Guibal, 
de Nancy, intitulé Conseils propres à faciliter la solution 
des problèmes de géométrie. Ces deux ouvrages ont donné 
lieu à un rapport de netre collègue M. Sarazin. 

Un double lien nuit la médecine aux science snaturelles. Médecine. 
En effet , l’art de guérir exige une connaissance approfohdic 
de l’organisation du corps humain , et sans le secours des 
substances minérales* et végétales , le médecin resterait le 
plus souvent impuissant. Plusieurs mémoires remarquables , 
relatifs à cette matière , nous sont parveuus cette année. 


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32 


ANNALES 


M. le docteur Saucerotte (de Lunéville) , membre correspon- 
dant, nous a envoyé un Aperçu sur la réorganisation de 
la médecine en Fiance , vaste question qui a été longuement 
débattue au sein du congrès médical de Paris. Nous avons 
aussi reçu de H. le docteur Lesaing des Observations sur 
la pustule maligne , affection que M. Lesaing a traitée et 
guérie, dans la plupart des cas, au moyen de la cautérisation; 
notre collègue M. le docteur Pierre, à qui ce travail a 
été renvoyé , nous en a rendu un compte très-favorable. 
M. le docteur Turck nous a adressé un Mémoire sur la 
folie , et une brochure , faisant suite aux deux qu’il a déjà 
publiées , sur la nature et le traitement de la fièvre ty- 
phoïde , cette cruelle épidémie qui , depuis quelques années , 
exerce périodiquement ses ravages sur nos populations. À 
cette occasion , nous rappellerons qu’en 1842 la Société d’É- 
mulation a voté une médaille d’or et une prime de 300 francs 
à décerner à l’auteur du meilleur mémoire sur la fièvre ty- 
phoïde , et que le concours est toujours ouvert. Enfin , M. le 
Préfet nous a saisis d’une communication de M. le Ministre 
de l’intérieur concernant le commerce et la reproduction 
des sangsues dans notre département. Une commission com- 
posée de MM. Mathieu , Toillier et Bienaymé , a été chargée 
de transmettre à M. le Préfet les reuseignements demandés. 

industrie. Je signalais en commençant les développements gigan- 
tesques de l’industrie dans ces derniers temps. Chaque 
jour, en effet, de nouvelles découvertes viennent témoi- 
gner du génie de l’homme , et les forces de la nature , 
autrefois indomptées , sont l’une après l’autre contraintes 
de se soumettre à ses ordres. A mesure que s’allège le 
fardeau qui courbait son corps vers la terre , son front se 
. relève et sa vue découvre des horizons nouveaux. D’abord 
esclave , puis serf , aujourd’hui prolétaire , le travailleur 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 

commence à entrevoir le jour où , suppléé par les agents 
mécaniques dans ce que les travaux ont encore de pénible 
ou de repoussant, son émancipation deviendra définitive et 
complète. 

C’est donc avec raison que nos efforts tendent sans cesse 
à encourager les inventions ou les perfectionnements dans 
l’industrie. L’honorable rapporteur qui doit me succéder 
vous fera connaître , avec les noms de ceux de nos in- 
dustriels qui ont obtenu des primes , une partie des amé- 
liorations réalisées dans le cours de cette année ; mais il 
en est d’autres dont les auteurs n’ont point pris part au 
concours ; il y a eu également des tentatives qui nous pa- 
raissent dignes d’étre mentionnées : ainsi H. d’Estocquois, 
dont j’ai déjà parlé , nous a envoyé le dessin d’un appareil 
h vapeur de son invention , lequel diffère des appareils 
connus jusqu’à ce jour en ce que l’expansion seule de la 
vapeur suffirait pour le mettre en jeu , tandis que, dans 
les machines actuellement en usage , il faut de plus la con- 
densation de ce fluide. Conformément aux conclusions du 
rapport de notre collègue M. Sarazin , nous nous sommes 
empressés d’offrir à M. d’Estocquois le titre de membre 
correspondant , et nous avons renvoyé sa notice à la com- 
mission de publication , qui sans doute lui donnera plate 
dans le prochain numéro de nos Annales. 

H. Hareine , conducteur des ponts et chaussées à Re- 
miremont , nous a présenté les modèles en petit d’un abri 
mobile de cantonnier et d’une machine à déblayer les neiges. 
La commission chargée d’examiner ces appareils n’a pu 
encore se prononcer définitivement, faute d’un temps con- 
venable pour faire les expériences ; mais dès à présent on 
peut féliciter M. Mareine d’avoir ainsi cherché , non-seu- 
lement à réduire les dépenses que nécessite l’entretien de 
nos routes, mais, ce qui vaut mieux encore, à protéger 

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ANNALES 


34 

1 a vie du pauvre cantonnier qni passe ses jours exposé à toutes 
les intempéries des saisons. 

Je ne dois pas non plus passer sous silence la nouvelle 
charrue à planter les pommes de terre que H. Ferry, 
maréchal-ferrant à Epinal , a fait fonctionner sous les yeux 
de quelques-uns de nos collègues , ni un mémoire sur des 
améliorations apportées dans l’emploi du bois pour la 
menuiserie , par M. Boileau, associé libre à Mirecourt. 

Hais ce qui a dû fixer principalement notre attention , 
c’est le double projet de chemin de fer dont notre zélé 
collègue , M. Maud’heux , nous a entretenus dans une de 
nos dernières séances. Il ne s’agit rien moins que de relier 
à la fois Thann et Yesoul à la grande ligne de Paris à 
Strasbourg, au moyen d’un embranchement qui traverserait 
le département des Vosges et qui viendrait aboutir à 
Nancy. Notre collègue nous a informés que la société in- 
dustrielle de Mulhouse venait de prendre sous son pa- 
tronage les études d’un tracé, par le bassin de la Moselle, 
de la ligne projetée entre Nancy et Thann, et que, d’un 
autre côté, le Gouvernement avait chargé les ingénieurs en 
chef de la Meurtbe et de la Haute-Saône d’étudier le tracé 
par les Vosges de la ligne entre Nancy et Vesoul. La né- 
cessité des communications rapides est trop bien et trop 
généralement comprise aujourd’hui , pour qu'il soit besoin 
de faire ressortir les avantages qui doivent résulter pour 
notre département , et pour son chef-lieu en particulier , 
de l’exécution de ces deux projets ; ces avantages ont été 
parfaitement appréciés par les populations, et déjà plu- 
sieurs conseils municipaux ont voté des fonds pour sub- 
venir aux dépenses qu’entraîneront les études. Nous avons 
fait , pour notre part , tout ce que nous permettaient nos 
attributions , en nommant une commission spéciale de 
cinq membres , qui devra recueillir les documents propres 


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35 


DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATIOft. 

à éclairer la question des tracés , et lorsque nous avons 
désigné M. Maud'heux pour présider cette commission, noos 
avons voulu prouver combien nous .prenions au sérient 
le projet annoncé par le Gouvernement. 

C'est surtout lorsqu'il s’agit d’innover dans l’industrie, statütiqa*. 
d’accrottre la production, de multiplier les moyens de 
transport, que la connaissance parfaite dn pays où l’on 
vent réaliser ces améliorations est indispensable. Situation 
commerciale et agricole, chiffre de la population, posi- 
tion financière, état intellectuel et moral, tout doit être 
pris en considération , sinon l’on risque d’éprouver à 
chaque pas les plus cruels mécomptes. La connaissance de 
tontes ces choses constitue la science de la statistique , 
science nouvelle , et qui , bien entendue , peut être pour 
le législateur dn plus grand secours , en lui indiquant les 
maux à guérir, les réformes à opérer dans toutes les branches 
de l'économie publique. Aussi , depuis longues années , la 
Société d’Émulation avait-elle conçu le projet .de donner 
nne statistique complète de notre département, et déjà 
des travaux considérables avaient été faits dans ce but , 
lorsque denx de ses membres , MM. Charton et Lepage , 
résolurent de se charger à eux seuls de cette lourde tâché, 
et de la mener à bonne fin. Après deux années de labeurs, 
leur Statistique du département des Vosges touche en effet 
à son terme, et bien que conçue snr une moins large 
échelle que celle qu’avait eu en vue la Société d’Émn- 
lation , cette publication ne laissera pas de rendre à nos 
concitoyens, ainsi qu’à nos administrateurs, d'importants 
services. M. Charton, vous le savez, publie en outre, depuis 
près de vingt ans , un Annuaire justement estimé ; le numéro 
de 1846 , qui , de même que les précédents , nous a été 
offert par l’auteur, ne le cède en rien à ses devanciers. 


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36 


ANNALES 


littérature. 


Un autre ouvrage de statistique , intitulé Rapport tut 
la bibliothèque de Nancy, nous a été adressé par notre 
correspondant M. Gillet , juge au tribunal de cette ville. 
M. Poirel , avocat général à la cour royale , nous a aussi 
fait part d’un travail sur la réforme des prisons : ce tra- 
vail, qui touche à la fois à la statistique et à la législation, 
a été renvoyé à l’examen de M. Lemarquis. 

Avant de clore le chapitre de la statistique , je dois vous 
faire connaître la résolution que, sur la proposition de 
notre collègue M. Mansion , nous avons prise , de récom- 
penser par une médaille d’or et une prime de 300 francs 
l’auteur du meilleur livre dé lecture à l'usage spécial des 
écoles primaires du département des Vosges. La plupart 
des hommes vivent et meurent aux lieux de leur naissance; 
il faut' donc qu’outre l’instruction générale que chacun est 
tenu de posséder, ils aient encore une connaissance exacte 
de tout ce qui concerne le pays où leur existence doit 
s’écouler : histoire , biographie , langage et coutumes , sta- 
tistique naturelle et civile , rien de tout cela ne leur est 
indifférent ; rien de tout cela par conséquent ne doit leur 
rester étranger. 

Nul doute qu’un ouvrage qui , dans un cadre restreint 
et sous une forme à la portée de l’enfance , renfermerait 
ces diverses connaissances , ne fût appelé à rendre d’é- 
minents services aux populations de notre département. 
Une pareille considération est bien, de nature à stimuler 
le zèle de nos concitoyens , et à nous faire espérer que 
l’année prochaine ne se passera point sans que l’occasion 
se présente de décerner la récompense promise. 

Il ne suffit pas de savoir ; il faut pouvoir encore com- 
muniquer ses idées , et leur donner cette forme heureuse 
qui fait qu’on nous écoute ou qu’on nous lit avec intérêt. 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 


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C’est un des objets que l'on se propose en étudiant la lit- 
térature, mais ee ne doit pas être le seul. La littérature 
est plus que l’art de bien dire , c’est un vaste miroir où 
vient se refléter l'humanité tout entière , avec ses croyances , 
ses mœurs et ses passions; c’est la grande voix des âges 
écoulés qui vibre à nos oreilles ; la chaine mystérieuse qui, 
à travers le temps et l’espace, relie les générations éteintes 
aux générations vivantes , et communique à nos cœurs les 
mêmes battements qui ont agité tant de cœurs aujourd’hui 
réduits an poussière. Envisagée de la sorte , la mission de 
la litt ér atu re est grande et sainte , et cette mission ne doit 
pas manquer d’apôtres fervents. 

MU en a trouvé un dans M. Génin , professeur à la 
faculté des lettres de Strasbourg, que nous tenons à hon- 
neur de compter parmi nos membres correspondants. M. Gé- 
nin n’est pas seulement un écrivain plein d’esprit et de 
verve , c’est un érudit qui a passé une bonne partie de 
ses 'veilles à fouiller les monuments de notre ancienne lit- 
térature, afin de retrouver les débris de la langue que 
parlaient nos pères et que leurs fils connaissent si mal. 
Les résultatsde8 longues recherches de M. Génin se trouvent 
consignés dans un ouvrage qu’il nous a. adressé et qui 
a pour titre : Variations du langage français depuis le 
XIP siècle. 

« Ce n’est qn’en possédant notre vieille langue, dit 
M. Génin, qu’on possédera la véritable langue moderne, 
qo’ou en pénétrera le génie et les ressources. Plût à 
Dieu que cette étude s’organisât dans les collèges, à côté 

du grec et du latin ! Mais l’histoire de la langue 

française ne pourrait -elle du moins trouver asile dans 

les facultés? L’histoire d’une langue , c’est l’histoire 

de la nation qui la parle. Or nous avons des chaires 
d'hébreu , de syriaque , de chinois , de malais , de pec-. 


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38 


ANNALES 


san, d’hindous tani , d’arabe, de tat&re - mandchou , une 
foule d'autres chaires dont quelques-unes en double, et 
il n’existe pas à Paris ni dans toute la Franee une seule 
chaire où l’on explique le vieux français. La philologie 
officielle de l'état embrasse le nord et le midi , le levant 
et le couchant, excepté la France. Ne ressemblons-nous 
pas un peu à ces curieux , avides de tout ce qui se passe 
chez leurs voisins, mais très-ignorants et insouciants des af- 
faires de leur propre famille? Continuons à jouir des 
livres des brames , mais tâchons aussi de déchiffrer les 

ouvrages composés par nos pères Je le déclare sans 

rougir : Olivier, Charlemagne et Roland me touchent pins 
que ne font Lao-Tseu , Meng-Tsen, ni Confutzée, plus qne 
le Ramayana , ni le Mahabarata , et s'il faut l’avouer, au- 
tant pour le moins qu’Hector, Achille et Agamemnon. » 

Ces vœux si sensés de M. Génin seront-ils exaucés? il 
y a lieu de l’espérer, car M. le Ministre de l’instruction 
publique , par une décision prise il y a quelques mois , a 
chargé notre collègue de préparer les éléments d’uneGram- 
maire historique de la langue française, laquelle sans doute 
servira plus tard de base à un enseignement officiel. 

Les autres ouvrages littéraires qui nous ont été adressés 
sont , à l’exception d’on seul , relatifs à la biographie lo- 
cale. Ainsi M. Charton nous a fait hommage d’une Notice 
sur M. Parisot , dans laquelle nous avons avec bonheur 
retrouvé l’histoire fidèle d’une vie consacrée tout entière 
au bien public. M. Digot , avocat à Nancy, membre cor- 
respondant, nous a fait don de deux éloges historiques 
pleins de consciencieuses recherches , l’un de François 
Riguet, grand prévôt de l’église collégiale de Saint -Dié, 
auteur de plusieurs ouvrages importants sur l’histoire de 
Lorraine , l’autre du père Benoit Picard , historien estimé 
de la ville et du diocèse de Toul. M. de Bazelaire fils , 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 

membre correspondant à Paris, noos a envoyé nne vie 
de Pierre Fourier, curé de Maltaineourt, dont la mémoire 

est encore en vénération dans nos contrées. Il faut louer 
M. de Bazelairc d'avoir fait une biographie plutôt qu’une 
légende : l’austère figure de Fourier gagne plus qu’elle ne 
perd à être vue dégagée de cet appareil superstitieux dont 
s’était plue à l’entourer une pieuse spéculation. 

Nous avons également reçu de notre zélé correspondant 
M. Albert Montémont, homme de lettres à Paris, une 
notice sur la princesse de Salm-Dick et une pièce de vers 
intitulée la Jeune Malade. Enfin notre collègue M. Haxo 
nous a donné sur Claude Gelée une note biographique qui 
a été insérée dans le dernier cahier de nos Annales. C’est 
ainsi , Messieurs , que deviendra plus facile à réaliser ce 
projet d'une biographie vosgienne qu’a conçu M. Mau- 
d’heux , et qui ne peut manquer de trouver auprès de 
nos concitoyens l’accueil auquel a droit toute pensée pa- 
triotique. 

Mous comptions sur ces dispositions de notre population, 
lorsque nous avons décidé qu’une souscription serait ou- 
verte pour ériger une statue à notre grand peintre pay- 
sagiste, Claude le Lorrain. Mous savions que les monuments 
s’adressent à la fois aux yeux et à l'esprit , et que , pour 
de nobles Ames , il n'est point de plus puissant stimulant 
que la vue de ces récompenses toutes morales , décernées 
par l’admiration d’un peuple aux plus dignes de ses enfants. 
Elle le savait aussi , cette antiquité si fertile en grands 
hommes; l’amour de l’or ne lui semblait pas l’unique mobile 
des actions humaines : une simple couronne, une statue 
sur la place publique, tels étaient les seuls prix qu’elle 
offrait à tous les genres de mérite , et ces prix , qui n’a- 
vaient de valeur que parce qu’ils étaient le signe de l’es- 


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ANNALES 


time universelle, ont enfanté pins de beaux traits, plus 
de généreux efforts que n’en excitera jamais dp nos jours le 
sordide appât d’un gain matériel. Bientôt, sans doute, nous 
verrons s’élever dans nos murs la statue dont M. Desbœufs 
nous a envoyé le modèle, et que tout le monde a été 
admis à contempler dans une des salles de cet édifice. 
Claude est représenté debout , le pied appuyé sur un frag- 
ment de colonne; son œil est fixé sur la campagne de 
Tibur, et sa main saisit le crayon qui doit traduire sur le 
papier la scène dont il est témoin. L’œuvre de M. Desbœufs 
n’est pas moins imposante dans son aspect général qu’harmo- 
nieuse dans ses parties , et , après l’avoir vue , le conseil mu- 
nicipal d’Epinal n’a point hésité à ratifier son vote de l’année 
dernière, qui accordait à la souscription une somme de 
3,000 francs. Les principales villes de notre département 
ont également voté des fonds pour cet objet , et l’étranger 
lui-même a voulu apporter son offrande : l’un des pre- 
miers lords d’Angleterre , M. le duc de Devonshire , qui 
possède une grande partie des tableaux de notre illustre 
compatriote , a mis à la disposition de la commission une 
somme de 300 francs. Ces débuts sont d’un heureux au- 
gure pour la souscription , et nous font espérer qu’avant 
la fin de l’année prochaine nous pourrons réaliser notre 
projet ; ce sera un beau jour pour ce pays que celui qui 
verra l'image de l’humble enfant de Chamagne se dresser 
sur son piédestal an bruit des acclamations de tout un 
peuple ! 

Il est un lieu dout le nom ne réveille pas moins de sou- 
venirs glorieux dans les cœurs vosgieus que les noms de 
Chamagne ou de Domrémy : c’est la ville que Jeanne d’Arc 
sauva du joug de l’Anglais , c’est Orléans. Un de nos cor- 
respondants, M. Charles Pensée (d’Epinal) a consacré son 
beau talent de dessinateur à retracer les anciens monuments 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉKDLATIOR. 

eiriis et religietix de cette ville qu’il habite depuis longues 
années , et il a gratifié notre Société d’un exemplaire de son 
ouvrage. Ce n'est pas d’aujourd'hui seulement que nous 
sommes redevables à M. Charles Pensée ; nos cartons rem- 
plis de ses dessins sur les Vosges témoignent à la fois de 
son désintéressement et de l’amour qu’il a conservé pour 
le pays natal. 

Notre collègue , M. Laurent , directeur du musée dé- 
partemental , a signalé , dans une note que nous avons 
publiée , les nouveaux accroissements qu'ont reçus les col- 
lections archéologiques de cet établissement. Deux trou- 
vailles récentes vont augmenter encore l’intérét qu’offraient 
déjà ces collections. Dans une de nos dernières séances , 

M. Laurent nous a présenté une lampe antique trouvée 
à Grand et plusieurs ornements en bronze découverts à 
Vaubexy, dans des sépultures qui ont été mises au jour 
en construisant une nouvelle route. Ces derniers objets , 
qui paraissent avoir appartenu à des guerriers franks, 
donnent lieu de supposer qu’un combat meurtrier aurait 
été livré près de cet endroit. Quoi qu’il en soit , nous nous 
sommes empressés de mettre à la disposition de H. Lau- 
rent des fonds qui permettront de continuer les fduilles. 

Tels ont été , Messieurs , les principaux travaux de notre publicité. 
Société depuis la dernière séance publique. Parmi ces tra- 
vaux , il en est quelques-uns qui n’ont point encore donné 
de résultats , mais si nos concitoyens nous secondent , les 
germes que nous avons semés ne tarderont pas à se dé- 
velopper et à porter leurs fruits. L’union seule en effet 
donne la force d’exécuter , comme elle inspire le courage 
d’entreprendre , et M. le Ministre de l’instruction pu- 
blique l’a bien compris lorsque , l'an dernier , il a conçu 
le projet de prendre en main la direction des corps scien- 


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AIWALE8 


tifiques et d’imprimer une impulsion commune à leurs 
efforts jusqu'alors divergents. C’est là , Messieurs , une 
pensée grande et féconde et nous nous y sommes associés 
autant qu’il était en nous , en adressant à M. le Ministre 
une notice historique sur notre Société , en même temps 
que la collection complète de nos publications. Nul doute 
que cette pensée , comme toutes celles qui ont de l’avenir, 
ne se développe encore par la suite; à l’annuaire des 
socitUs scientifiques qui doit se publier tous les ans , au 
rapport annuel qui .fera connaître à la France et à l’é- 
tranger les travaux les plus remarquables de ces sociétés, 
M. le Ministre sentira sans doute la nécessité d’ajouter une 
revue paraissant à des époques moins éloignées , et for- 
mant de la sorte , entre toutes les académies de province, 
une espèce de congrès permanent dont le foyer serait à 
Paris. Notre Société , pour sa part , ne peut manquer d’ap- 
plaudir à une telle conception; nous profitons , il est vrai, 
de l’offre généreuse de M. Cabasse, qui a mis gratuitement 
à notre disposition les colonnes de son journal; il est 
vrai aussi que notre collègue M. Gley nous a fait en- 
trevoir la possibilité de reprendre la publication de notre 
Bulletin mensuel , interrompu il y a deux ans ; mais il 
faut de nos jours anx oeuvres de l'intelligence une publicité 
plus étendue que celle qui s’arrête aux limites d’un dé- 
partement. Quelle influence n’aurait pas un organe commun 
de toutes les sociétés scientifiques françaises, recueillant 
jour par jour, dans leur actualité, tous les documents 
émanés de leur sein, et les portant aussitôt à la connais- 
sance, non seulement de la France, mais du monde savant ! 

Organisation II me reste , Messieurs , à vous faire connaître les mo- 
de l * difications survenues dans la composition de notre Société 
durant le cours de l’année qui vient de finir. Nous avons 


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DK LA SOCIÉTÉ d’ÉMULATICW. 

conféré le titre de membre titulaire à M. Bienaymé , dont 
j’ai en occasion de tous citer arec éloges la Notice sur le 
Ut de Tangvt. M. d’Estocqnois , auteur de deux mémoires 
que j’ai également mentionnés, a été aussi admis parmi 
nous eu qualité de membre correspondant Plût an del 
que ma tâche se bornât à tous dire les nouveaux noms 
dont notre liste s’est accrue , mais au moment même où 
noos ne songions qu'à nous félieiter de ces acquisitions , 
la mort est venue nous porter le coup le plus sensible, en 
nous enlevant notre secrétaire perpétuel : M. Briguel s’est 
éteint le 26 avril dernier, emportant avec lui dans la tombe 
l’estime et l’affection de tous ceux qui avaient pu apprécier 
les rares qualités de son esprit et de son cœur. 

M. Louis Briguel était né à Epinal le 9 juin 1793, c’est- 
à-dire au plus fort de cette lutte héroïque par laquelle 
nos pères se sont immortalisés. Le collège qui existait 
avant la Révolution , et où la jeunesse , pour toute in- 
struction , recevait seulement quelques notions incomplètes 
des langues mortes , avait fait place à une institution plus 
eu harmonie avec les besoins de la société nouvelle. Le 
jeune Louis suivit les cours de l’éeole centrale, et son 
aptitude précoce ne tarda pas à le faire remarquer de ses 
maîtres. B venait à peine de terminer ses études et d’at- 
teindre sa dix-septième année , qu'il fut jugé capable de 
remplir les fonctions de professeur au collège de Dieuze; 
il ne les quitta qu’en 1817, pour celles de professeur de 
seconde et de rhétorique au collège d’Epinal. Le titre d'of- 
ficier d'académie, qui lai fut conféré le 5 juillet 1825, 
fut la récompense du zèle et du talent qu’il déploya dans 
ces deux chaires. 

La Révélation de juillet , qui trouva M. Briguel en 
possession des mêmes fonctions, s’empressa de lui décerner 
un nouveau témoignage d'estime , en l’appelant à diriger 


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ANNALES 


le eollége d’Epinal; mais, à la fin de 1832, M. Briguel, 
qni n’avait point cessé de professer, dut résigner un far- 
deau trop au-dessus de ses forces : il le fit en renonçant 
au titre de principal. Jusqu’en 1844 , époque où le 
déclin de sa santé le contraignit à prendre sa retraite, 
M. Briguel continua de remplir avec le même zèle les 
pénibles devoirs du professorat, et soit qu’il enseignât 
les vérités abstraites de la philosophie ou les beautés de 
la rhétorique , soit qu’il exposât aux jeunes gens de l’école 
primaire supérieure les éléments de notre littérature , il savait 
toujours accommoder sa méthode à la diversité des intel- 
ligences ou la varier selon les exigences de la matière qu’il 
traitait. Connaissant aussi bien que tout autre l’art de se 
faire respecter de ses élèves, il possédait encore mieux 
le secret de s’en faire aimer , et parmi ceux qui ont 
reçu ses leçons , il n'cn est point , je puis le dire , qui 
n’ait conservé de son ancien maître un souvenir affec- 
tueux. Mais je n’ai dépeint que le professeur, je n’ai point 
encore parlé du collègue laborieux et dévoué , de l’ami 
sûr et fidèle , car M. Briguel était l’un ét l’autre. Avec 
le vénérable Parisot, il avait contribué à fonder notre 
Société , et pendant vingt ans il n’a cessé de prendre la part 
la plus active à ses travaux. Toujours prêt lorsqu’il s'a- 
gissait d’accepter quelque lourde tâche , il trouvait , malgré 
ses occupations journalières, le moyen de s’en acquitter avec 
une promptitude et presque toujours une perfection qui 
ne laissaient rien à désirer. Appelé aux fonctions de se- 
crétaire perpétuel, devenues vacantes par la mort de M. 
Parisot , son activité et sa sollicitude parurent s’accroître 
encore avec ses devoirs ; seul il suffisait à tout , mais 
tant d’efforts si longtemps prolongés avaient épuisé ses 
forces : dans le courant de 1844 , il éprouva les premières 
atteintes du mal qui , deux années plus tard , devait noua 


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DE LA SOCtÉT*- D’ÉMULATION. 


45 

te ravir. 11 ne parut point , pourtant , que sa belle intelli- 
gence en eût été affaiblie ; ses souvenirs seuls semblaient 
avoir perdu de leur netteté; mais si la mémoire de l’esprit 
avait souffert, la mémoire du cœur était restée entière : 
son amour du travail et son dévouement étaient toujours 
les mêmes , et l’on peut vraiment dire de lui qu'il est mort 
à la peine. Voilà , Messieurs , quel était l'homme que nous 
, regrettons ; j’aurais pu vous parler encore des qualités qui 
distinguaient l’écrivain , de l'indépendance du citoyen , des 
vertus du père de famille , mais ce serait supposer que vous 
les avec oubliées. Non , il ne peut être mis en oubli celui 
qui s'est lui -même oublié pour les autres, et la recon- 
naissance de ses concitoyens le suivra par-delà la tombe 
qui garde ses restes mortels. 

La mort de M. Briguel , en laissant de nouveau va- 
cantes les fonctions de secrétaire perpétuel , noos imposait 
une mission difficile , celle de lui chercher un successeur 
rempli du même zèle et capable au même degré de sa- 
tisfaire aux exigences si diverses de ces importantes fonc- 
tions. Nous l’avons trouvé dans M. Haxo , et ce choix , 
j’en suis sùr, sera ratifié par l’assemblée qui m’écoute. 
Elle a pu comme nous apprécier l’étendue des connais- 
sances de M. Haxo , et comme nous aussi , elle a pu juger 
de l’ardeur qui l’anime pour le bien. 


Je m’arrête , Messieurs , car je craindrais de dépasser 
les limites d’un simple compte rendu. Je n’ai point cru 
cependant pouvoir me dispenser de rattacher les travaux 
de notre compagnie au travail général qui se manifeste 
de toutes parts : c’est qu’en effet , pour bien juger du rôle 
que chacun de nous est appelé à remplir, il faut voir les 
choses d’ensemble et s’élever à la conception do but vers 


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46 


AHKAI.ES 


lequel gravitent les sociétés modernes. Ce but , je l’ai dit 
en commençant , c’est l’unité , la centralisation de toute» 
les forces intellectuelles et matérielles , et cette centralisation 
n’est elle-même qu’un moyen pour arriver au but final , qui 
est le bonheur commun de l’humanité. Associons-nous donc, 
puisque telle est la loi providentielle qui préside aux destinées 
humaines; mettons en commun nos facaltés individuelles , 
faisons-les servir au bien-être de tous , et loin de nous 
appauvrir, nous recevrons le centuple de ce que nous aurons 
donné. P’où vient la supériorité du christianisme sur le» 
autres religions qui ont régné sur le monde? C’est qu’il 
a surtout prêché l’union entre les hommes ; c’est qu’en 
les proclamant tous enfants du même père , il leur faisait 
clairement entendre qu’ils devaient vivre en frères et ne 
plus former qu’une seule et même famille. 11 est temps 
enfin que ces principes cessent d’être une lettre morte et 
qu’ils se traduisent par des faits ; il est temps que nous 
sortions de cet isolement funeste où nous nous sommes 
trop longtemps renfermés, et qu’appuyés les uns sur le» 
autres, les mains entrelacées dans une fraternelle étreinte, 
nous marchions hardiment et de concert dans les voies que 
la Providence nous a tracées ! 


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DE LA socrfri d’émijlatiok. 


47 


UllOftî 

SCR LA 

aftsrcraævæti&a bis muas 

DÉCERNÉES 

à l'a|HcaMnre« l'iaimMc et 1'kertlealture , 
Par N. DEBLAYE, 

MEMBIE TITULAIRE. 


Messieurs , 

Votre Société a , depuis sa création , porté une ooustante 
sollicitude sur l’agriculture , cette braucbe si importante 
de réeooomie sociale , vraie et solide base du commerce et 
de l’industrie. Source réelle du bien-être public, l’agri- 
culture est appelée par son développement successif, à 
placer notre belle patrie à la tête du mouvement commer- 
cial et industriel, comme déjà les arts et les sciences lui 
ont assigné le premier rang dans la civilisation. 

L’agriculture vosgienne , dont la prospérité vous préoc- 
cupe si vivement, était, jusqu’au grand élan national de 
1789, restée stationnaire, arrêtée dans l’ornière de l’igno- 
rance et de la routine. C’est de cette mémorable époque 


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48 


ANNALES 


que date pour elle une ère nouvelle ; grâce aux efforts 
généreux et persévérants des hommes éclairés , elle est 
entrée dans la voie du progrès , dirigé lui-mème par l’ap- 
plication raisonnée des sciences mathématiques à l’art agri- 
cole , sous le triple rapport de la physique , de la chimie 
et de la mécanique. 

Le département des Vosges , par sa constitution géogra- ‘ 
pbique, doit se livrer simultanément à l’agriculture et à 
l’industrie manufacturière. Dans le but de hâter le dé- 
veloppement de la première» vous vous êtes associé les 
comices agricoles , spécialement établis pour propager dans 
les campagnes l’instruction pratique relative à la bonne 
culture des terres, à l'emploi des instruments aratoires 
nouveaux et anciens perfectionnés, surtout à l’éducation 
et à l’amélioration rationnelles des races animales destinées 
au labour, à la nourriture de l’homme ou aux exigences 
commerciales et industrielles. 

Je le dis à regret, il est déplorable que le Gouverne- 
ment ne fasse pas au budget une plus large part à l’agri- 
culture et vous permette, par ce moyen efficace, d’augmenter 
d’une manière digne de son objet les récompenses annuelles 
que vous décernez aux agronomes et aüx industriels qui 
se distinguent par leur zèle , leur intelligence et leur ac- 
tivité. Malgré l’exiguité de vos ressources, vous êtes parvenus 
à entretenir une louable émulation dans cette classe émi- 
nemment recommandable de citoyens , dont le travail 
et les efforts constants ont pour but l’établissement 
durable et permanent de la prospérité nationale. A l’a- 
griculture est réservée la noble mission de retremper et 
de fortifier les mœurs publiques, auxquelles , dans ces 
derniers temps , ont été portées de si funestes atteintes. 

L'horticulture est aussi l’objet de votre bienveillante 
sollicitude ; eUe a dans ses développements les rapports 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. > 49 

les plus immédiats avec l'agriculture dont elle est la 
soeur. 

Votre commission des primes , Messieurs , m’a chargé 
de vous présenter le résultat de son travail. En acceptant 
cette tâche au-dessus de mes forces , je me sois rendu à 
l’accomplissement d’un devoir, votre indulgence sera ma 

sauvegarde. 


AGRICULTURE. 

MISE EU VALEUR DE TERRAINS IMPRODUCTIFS 
DE LA CONTENANCE D’UN HECTARE 
EN UNE OU PLUSIEURS PIÈCES. 

Parmi les candidats qui se sont présentés au concours , 
trois seulement se trouvent placés dans les conditions dè 
votre programme. Le premier est M. Pinot, d’Epinal, pro- 
priétaire, sur la commune de Golbeÿ, d’une pièce de terre 
de cinq hectares 1/2 environ. Ce terrain, presque généra- 
lement improductif à l’époque dè son acquisition , a été 
transformé, sur une étendue de trois hectares, en une 
prairie naturelle de bonne qualité , tant sous le rapport 
de la nature du fourrage que sous celui de la quantité. 
Avant sa transformation , cette propriété ne donnait que 
quelques herbes de mauvaise qualité , pour ainsi dire nulles 
pour la récolte et ne servant qu’au pacage dù bétail. Le 
résultat obtenu par M. Pinot est dû à un travail long et 
opiniâtre , soutenu par une persévérante intelligence. Cette 
création de prairie est vraiment remarquable par son ni- 
vellement et le bon emploi des eaux naturelles et pluviales. 

Le second eit M. Joseph Vautré, garde forestier com- 
munal à là résidence de Vaubexy. Cet agent se distingue 
particulièrement par une infatigable activité; les forêts 
soomises à sa surveillance lui doivent de notables amé j 

4 


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50 


ANNALES 


liorations , pour le repeuplement des vides en bonnes 
essences , judicieusement appropriées au sol. Depuis cinq 
ans , il a exécuté dans les forêts communales de Vaubexy, 
au canton de Grand-Bois, un reboisement complet de 3 
hectares ; d’Ahéville , canton de la Pétroie , de 60 ares ; 
de Jorxey, de 40 ares sur trois points différents , enfin 
d’Avillers, de 20 ares, au quart en réserve, canton des Boules. 

Le troisième , M. Joseph Vernier, aussi garde forestier 
communal demeurant à Provenchères , a de justes droits 
à votre bienveillance, pour le dévouement dont il fait preuve 
dans l’exercice de ses devoirs, lia, pendant les années 1844 
et 1 845, exécuté lui-même ou fait exécuter sous sa direction , 
dans les forêts communales confiées à sa garde , deux 
repiquements , l’un de 50,000 brins et l'antre de 40,000 
sur une superficie de 2 hectares. 11 a en outre établi 300 
mètres de rigoles d’assainissement. 

Les conseils municipaux des communes dont les forêts 
sont placées sous la surveillance de ces deux agents, se 
sont empressés de donner les attestations les plus honorables 
et de vous les recommander, par l’intermédiaire du bureau 
d’administration du comice de Mirecourt. 

Deux concurrents , quoique ne se trouvant pas dans les 
strictes prescriptions du programme , par suite de cir- 
constances indépendantes de leur volonté , attendu qu’elles 
résultent de leur position de fortune, ont néanmoins frappé 
notre attention et nous ne pouvons que les proposer au 
partage de vos encouragements. 

L’un , M. Counot, instituteur de la commune de Golbey, 
a pour titres un travail analogue à celui de M. Pinot, 
exécuté sur un terrain communal de la contenance de 50 
ares, absolument inculte et improductif, qu’il a changé en 
un bon pré naturel. Ce jeune homme laborieux s’occupe 
aussi à donner à ses jeunes élèves des leçons d’agriculture 
pratique. 


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DK LA société DÉMULATIOR. 51 

L’antre , H. Moogeot, de Gerbépal , «e recommande par 
lue création analogue à la précédente et par laquelle il est 
parvenu , à force de peines et de travail , à convertir en 
On beau pré naturel nn terrain de 70 ares , entièrement 
improductif et hérissé de roches. 

C’est sur l’exposé de ms titres divers que votre com- 
mission vous propose de décerner : 

F Une médaille d'argent à M. Pinot ; 

V Une médaille de bronze et une prime de 50 francs à 
MM. Vautré et Vernier ; 

3* Une mention honorable et une somme de 50 francs , 
à titre d’encouragement , à MM. Connut et Mougeot. 

PL AS TES FOURRAGÈRES. — PRAIRIES ARTIFICIELLES. 

Deux concurrents , tous deux membres du comice de 
Mireconrt, de cet arrondissement si éminemment agricole, 
se présentent dans la lice sous les plus favorables aus- 
pices , patronnés par le bureau d’administration de cette 
utile institution. 

Vient en première ligne M. Mathis , propriétaire et cul- 
tivateur & Racécourt , le propagateur dans sa commune 
de la culture des prairies artificielles , si avantageuses & 
l’agriculture et si difficiles à établir, par suite de la trop 
grande division de la propriété et de l’assolement triennal , 
entraînant à sa suite le fléau de la vaine pâture. M. Matbis, 
à force de soins, de sacrifices et de persévérance, est arrivé 
à réunir en plusieurs pièces 1 1 hectares qu’il a convertis 
en lusernières et sainfoin, selon la nature et l’exposition du 
sol. Il ne s’en est pas tenu là, il a aussi converti I hectare 
de terres arables médiocres en une bonne prairie natu- 
relle, contiguë à une autre semblable de 2 hectares. Le 
travail exécuté dans ce but se distingue par un nivel- 


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52 


ANNALES 


lement d’accord avec l’assainissement du terrain , et basé 
sur un système de rigoles d’écoulement bien ordonnées et 
destinées à conduire les eaux éparses dans des réservoirs 
disposés pour l'irrigation régulière de cette récente prairie. 

Se présente ensuite M. Prosper Maudru , propriétaire à 
Ville-su r-Illon , faisant valoir un domaine de 9 hectares , 
sur lesquels il en a affecté 6 à la culture des prairies ar- 
tificielles , ainsi répartis : 3 hectares en liizernières , 2 en 
trèfles et I en sainfoin. Le produit de cette culture a été 
très-satisfaisant et lui a mérité le second prix , au concoun 
de 1 845 , au comice dont il fait partie. 

Nous vous proposons en conséquence d'accorder, 

1° Une médaille de bronze à M. Mathis ; 

2° Une mentiou honorable à M. Prosper Maudru. 

AMÉLIORATION DU BÉTAIL. 

Deux candidats , également membres dn comice de Mi- 
recourt , se présentent sous le même patronage. L’un , 
M. Louis-Lambert George , cultivateur à Ravenel , établit 
ses titres sur une exploitation rurale de 78 hectares, à 
laquelle se trouvent attachées 38 têtes de bétail se subdi- 
visant ainsi : 1 2 vaches laitières , 3 genisses , 8 bœufs de 
travail élevés sur le domaine, 1 taureau pour la repro- 
duction , 8 chevaux et 2 poulains. A l’alimentation de ce 
nombreux bétail sont affectés 5 hectares de prairies na- 
turelles en plein rapport , 5 autres hectares de pareille 
nature en création , 20 hectares de prairies artificielles et 
8 hectares de plantes légumineuses sarclées. Le reste, se 
réduisant à 32 hectares, est consacré à la production des 
céréales , moins 8 hectares en jachères. 

Toutes les constructions rurales de cette belle exploi- 
tation sont récentes ; elles ont été faites sous la direction 


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53 


DB LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 

immédiate de M. George , dont l’intelligence et la capacité 
reconnues ne peuvent être révoquées en doote. Tontes les 
exigences hygiéniques ont été scrupuleusement observées 
et répondent à tous égards à la bonne tenue du bétail. 
Ce propriétaire est engagé dans la voie do progrès , et dans 
peu d'années il sera cité comme le modèle des agriculteurs 
vosgiens. 

Après loi vient M. Théophile Gaspard , cultivateur à 
Pont-sur- Had ou , son digne émule , exploitant un domaine 
de 71 hectares , dont 12 hectares de prairies naturelles, 
13 de prairies artificielles et 2 de plantes légumineuses 
sarclées. Le surplus est livré à la culture des céréales et 
à la jachère. Cette exploitation fournit à l’entretien de 9 
vaches laitières , 2 taureaux, 1 genisse , 3 veaux, 15 
chevaux et 10 poulains. Il se livre avec succès à l’éducation 
des espèoes bovine et chevaline. Sous le rapport des con- 
structions rurales, M. Gaspard ne jouit pas des mêmes 
avantages que M. George; il tient sob manoir de ses ancêtres, 
ses écuries sont anciennes ; cependant il a su en tirer tout 
le parti possible en. les appropriant à leur destination , 
conformément aux règles hygiéniques relatives à la bonne 
tenue et à l’amélioration de son nombreux bétail. Il est, 
comme son collègue, un homme essentiellement recomman- 
dable par son intelligence et son dévouement an progrès. 
Noos vous demandons en faveur de ces deux agronomes 
distingués, 

I* Une médaille d’argent pour H. George ; 

2* Une médaille de bronse pour M. Gaspard. 

INDUSTRIE. 

A la tête des aspirants qui se sont mis sur les rangs, 
pour recueillir vos suffrages et mériter les récompenses 


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54 


ANNALES 


que tous réservez aux citoyens qui consacrent leur temps 
et leurs veilles au développement et au perfectionnement 
de l'industrie , marche M. Tbirion, mécanicien à Mirecourt. 
Il présente un nouveau système de boitage des voitures , 
dont le perfectionnement a pour résultat la diminution de 
traction. Une pareille amélioration est de la plus haute 
importance pour l’économie agricole , dans laquelle l’em- 
ploi des voitures et des instruments aratoires joue un si 
grand rôle. 

Le système de M. Tbirion , pour me renfermer dans les 
termes d’une partie du rapport de la commission nommée 
par le bureau d'administration du comice de Mirecourt dans 
le but d’en constater les avantages , consiste : 

« Dans l’introduction d’une virole ou double boite en 
bronze, tournée à l’extérieur et alesée à l’intérieur, entre 
l’essieu en fer tourné et la boite en fonte alesée ; deux 
rondelles en acier trempé , placées l'une entre l'embase 
de la fusée et le moyeu , l’autre à l’extrémité de la fusée 
contre l’écrou qui lé termine , complètent ce système ap- 
pelé boîte à double rotation, et dans lequel les frottements 
des surfaces coniques en contact sont facilités par l’inter- 
position d’un corps gras. ■ 

La commission s’est attachée à reconnaître la réalité 
des avantages attribués par l’auteur à son système et dont 
les principaux sont : 

1° La diminution du frottement par sa décomposition , 
et le séjour constant de l’huile ou de la graisse sur toute 
la circonférence de l’essieu et de la double boite, devant 
avoir pour résultat de conserver la boite ainsi que l’essieu, 
d’empècher le grippement entre la botte et l’essieu , et par 
conséquent la production d’un calorique capable d’incendier 
les roues; 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 55 

2* Diminution de la résistance de traction , comme con- 
séquence de ce qui précède , etc. 

Cette commission a également reconnu que ce nouveau 
système de bottage pouvait s'adapter indistinctement à 
tons les genres de boite en usage , soit à l’huile , soit à 
la grasse, et a l’avantage de prolonger la durée de l'essieu 
et de la botte en fonte , d’éviter le déboîtage des roues et 
le brûlement qui en serait la conséquence. 

Ce système a la consécration de l’expérience -, attestée 
par bon nombre de personnes honorables qui, par état 
ou par position , sont à même d’en constater et d’en appré- 
cier les avantages, entr’autres, MM. Villemin, maltrede poste 
à Mireeourt, Dubois, de Veselise, Tourtel, deTantonvitle, et 
Favre jeune, constructeur de carrosserie à Epinal. 

Votre eoaomis8ion a été très- satisfaite de la précision 
et de la lucidité avec laquelle M. Thirion, appelé dans 
son sain , lui a fait l’exposé de son système et de ses 
avantages. 

Après lui vient M. Ducret , mécanicien à Epinal , in- 
venteur d’une machine à fabriquer les rouages d’horlogerie; 
nous regrettons bien sincèrement de ne pouvoir vous faire 
un rapport satisfaisant sur la manière de fonctionner de 
la mécanique de M. Ducret , qui , par une déplorable 
fatalité , est devenue la proie des flammes dans le dernier 
ineendie qui a eu lieu à Épinal , et a ravi à son auteur le 
Irait de trente années de travail. 

Un troisième, M. Thouvenin, habitant la commune de 
Sainte-Hélène , se présente comme auteur d’une mécanique 
propre à trilkr le gravier pour le chargement des routes; 
cette machine a déjà été soumise à votre appréciation les 
années précédentes , appuyée d’nn rapport favorable de 
M. l'ingénieur Sapin , qui lui a valu une mention hono- 
rable , avec invitation d apporter à son invention le per- 


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56 ANRAIfBS 

fectionnement dont elle était susceptible. M. Thouvenin 
n’a pas , à cet égard , entièrement répondu à votre at- 
tente. 

Le dernier enfin, M. Gunat, de la commune de Hadol, 
est inventeur d’un piège assez ingénieux pour prendre les 
taupes et très-propre à la destruction de ces animaux nui- 
sibles. Tout ce qui intéresse l’agriculture est accueilli par 
vous avec empressement : sous ce peint de vue M. Gunat 
rédame votre attention. 

Nous vous engageons donc , Messieurs , à décerner, 

1° Une médaille d’argent et une prime de 200 francs à 
M. Thirion; 

2° D’accorder une somme de 100 fr. à titre d’encourage- 
ment à M. Ducret; 

3° Une somme de 50 francs au même titre à M. Thou- 
venin ; 

4° Une somme de 30 francs , aussi pour encouragement , & 
M. Cunat. 


HORTICULTURE. 

LÉGUMES. 

Cinq exposants, MM. Bastien, Romary, Adelphe (Jean- 
Jacquot) , Girardin et Lainel, dit Pécheur, se sont présentés 
au concours. La commission spéciale appelée à vous faire 
connaître le résultat de son examen , vous propose de dé- 
cerner le premier prix à M. Bastien, jardinier de MM. Dutac 
frères, pour le nombre, l’ensemble et la beauté de ses 
légumes , parmi lesquels se faisaient particulièrement re- 
marquer diverses espèces de choux , de carottes et d’é- 
normes betteraves. Elle vous demande le second prix en 
faveur de M. Romary, dont les produits ont, sous tons 


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DB LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 57 

les rapports , le plus approché de ceux exposés par M, 
Bastieo. 

Les commissaires, liés par les prescriptions du programme, 
regrettant de ne pouvoir vous proposer la récompense 
due au sèle et à la capacité de M. Girardin , jardinier chez 
M. Pierrat. Ils se bornent au rappel de la médaille de 
bronze aocordée à ce dernier, dans l'nne de vos séances 
publiques , pour sa remarquable culture des melons. Ils 
croient aussi devoir signaler à votre bienveillance MM. 
Lainel dit Pécheur et Adelphe (Jean-Jacquot). Ils vous pro- 
posent , en conséquence , d’accorder, 

1* A M. Bastion, une médaille d’argent et une prime de 
40 francs; 

2* A M. Romary, une médaille de bronze et une prime de 
20 francs ; 

3* Rappel de la médaille de bronze à M. Girardin, comme 
jardinier de M. Pierrat ; 

4* Une mention honorable à MM. Adelphe (Jean-Jacquot) 
et Lainel dit Pécheur. 


FRUITS. 

Les candidats n’ayant pas répondu aux exigences du 
programme , relativement à la production de fruits d’es- 
pèces nouvelles , votre commission a jugé convenable d’a- 
journer au concours de 1847 les prix proposés. Elle se 
plaît néanmoins è rendre hommage à la beauté des fruits 
présentés par les exposants , et vous propose d’accorder une 
mention honorable à MM. Bastien et Adelphe (Jean-Jac- 
quot). 

FLEURS. 

M. Crousae a soutenu sa belle réputation , si bien établie 
dans les précédentes expositions , où se distinguaient ses 


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58 


ANNALES 


produits, tant indigènes qu’exotiques. Cette année, il s’est 
surtout fait remarquer par une rare collection de camélias, 
d’azolées , de bruyères variées , ainsi que par de beaux 
échantillons de jasmins d'Espagne et de lys majestueux à 
feuilles lancéolées , plantes encore peu communes. La com- 
mission vous demande le premier prix pour cet habile flo- 
riculteur, consistant en une médaille d’argent et une prime 
de 40 francs. 

Elle réclame le second prix pour M. Pécheur fils : une 
médaille de bronze et une prime de 20 francs , pour 
ses nombreuses collections de verveines., de phlox , dans 
lesquelles on distingue les espèces les meilleures et les plus 
nouvelles de pensées dites anglaises et de roses trémières , 
aussi remarquables par leur beauté et leur variété , que 
par la vivacité de leurs couleurs , enfin pour ses beaux 
fuschia obtenus de semis. 

M. Lambinet , de Remiremont, s’est présenté avec un bel 
assortiment de fleurs et de plantes bien tenues , attestant 
les efforts et les progrès soutenus de ce bon horticulteur, 
auquel nous vous engageons à accorder une mention ho- 
norable et une prime de 30 francs à titre d’encouragement. 

M. Laveine a présenté un très-beau fuschia corymbi- 
flora de 2 mètres de hauteur, dont les rameaux couverts 
de fleurs retombaient en de nombreux corymbes de couleur 
purpurine. Nous lui avons aussi reconnu des droits à une 
mention honorable et à une prime de 30 francs au même titre 
que H. Lambinet. 

Nous vous recommandons spécialement le jeune Joseph 
Brun , débutant qui donne de l’espérance , s’il continue à 
marcher dans la voie où il vient de se faire remarquer par 
sa petite collection de fleurs. Nous vous demandons pour 
lui une somme de 20 francs , également à titre d’encoura- 
gement. 


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DB LA SOCIÉTÉ O KMULATtOH. 

Votre commission, frappée des brillants résultats obtenus 
dans les dernières expositions , termine sa tâche en tous 
proposant d’acoorder, au concours de 1847, une médaille 
d‘or au floriculteur qui l’emportera par le nombre , l’en- 
semble, la beauté et surtout la nouveauté des plantes les 
plus rares et les pins recherchées. 


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60 


ANNALES 


llmCfwW m 

SUR LES 

immss xM&p&raxiitisntiiiuBS 

Meonlëes par M. le Ministre de l'agriculture 

ET AFFECTÉES A L* ARRONDISSEMENT d’ÉPINAL EN 1846 , 


PAR M. CLAUDEL, 

MEMBRE TITULAIRE. 


Messieurs , 

A la fin d’une séance déjà longue et remplie par les 
discours remarquables que vous venez d’entendre, ma tâche 
ne peut qu’être fort difficile , et d’autant plus difficile qu’à 
peine ai-je eu le temps de préparer mon rapport ; aussi 
je réclame l’appui de toute votre bienveillance. Je serai 
court : l’aridité de mon sujet et votre fatigue m’obligent à 
citer brièvement les faits qui ont été soumis à l’examen 
de votre commission de visite des fermes ; je terminerai 
par le nom des personnes sur la tète desquelles nous pen- 
sons que vous devez poser vos couronnes. 

Elle est grande , Messieurs , et elle sera féconde en grands 
et heureux résultats , la pensée qui tend à accorder des 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 


61 


primes à l'agriculture et aux branches qui s’y rattachent. 
C’est à mes yenx nn des pins puissants leviers que M. le 
Ministre de l'agriculture doive employer ; il faut donc le 
remercier vivement d’étre entré dans cette voie et d’avoir 
bien voaln noos charger de distribuer ces primes dépar- 
tementales , qui eussent été sans doote plus importantes 
si les Chambres eussent voté un crédit plus large. 

A ce propos , qu’il me soit permis de dire , malgré la 
déférence due à notre législature, que, pour une nation 
comme la France , ce crédit n’est réellement pas sérieux. 
Quoi ! Messieurs, on million seulement à ce qui peut fonder 
et développer la prospérité nationale, à côté de tant de 
millions que dévorent les chemins de fer, les canaux et 
le curage de nos fleuves et rivières ! N’y a-tûl pas là un 
non-sens déplorable ? Car que transporterez-vous sur vos 
chemins de fer et vos fleuves, si la prospérité dont je 
viens de parler ne vous offre pas ses produits? Chaque 
année je vous ai signalé cette anomalie en exprimant le 
vœu de la voir cesser; chaque année je vous renouvelle 
encore d’aotres vœux tendant à la création de cours d’a- 
gricolture, sans lesquels nous n’aurons jamais de vrais 
agronomes; enfin je vous ai souvent dit, sans craindre 
de blesser notre orgueil national, que, sous ces divers rap- 
ports, nous étions bien en arrière des états allemands. Hé ! 
Messieurs , les faits viennent appuyer mes paroles ; car , 
jusqu'à présent , vous avez été , particulièrement pour les 
chevaux et les animaox de l’espèce bovine , les humbles 
tributaires de ces pays. Tant qu’à cet égard nous n’aurons 
pas vaincu ces états, jè renouvellerai les mêmes plaintes, 
j’adresserai les mêmes reproches, comme cet ancien qui 
terminait toutes ses harangues par ces mots : delenda e»t 
Carlhago. Toutefois je devrais avoir sur lui un avantage , 
car au lieu de détruire , je veui édifier. 


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62 AU WALES 

Je m’arrête , Messieurs , sur ces considérations qui pou- 
vaient me conduire loin et je reviens au programme. Votre 
commission a fait, vous n’en doutez pas, tous ses efforts 
pour que vos récompenses fussent appliquées suivant les 
règles de la plus sévère justice. C’est donc avec confiance 
que ses membres , dont j’ai l’honneur d’être l’organe , vous 
prient de sanctionner les propositions que je vais vous faire 
connaître. 

Votre programme ou plutôt le programme de M. le Mi- 
nistre porte que vous devez accorder, 

1° Une .prime de 500 francs avec médaille en argent à 
l’exploitation la mieux dirigée , entretenant le mieux la plus 
forte proportion du meilleur bétail. 

Nous avons , Messieurs , discuté les titres de deux con- 
currents bien recommandables , le premier est M. Séraphin 
Cholez , cultivateur à Vomécourt ; sa culture compte 64 
hectares , dont 5 hectares en bonnes prairies artificielles 
et 2 hectares 1/2 environ de plantes sarclées et pommes 
de terre ; son exploitation est conduite avec une intelli- 
gence , un esprit d’ordre et une activité remarquables ; 
ses écuries sont bien aérées et tenues proprement ; son 
bétail (espèce bovine), composé de 23 têtes et de 12 chevaux,' 
est vraiment remarquable, et je ne crains pas d’avancer qu’il 
me semble impossible de trouver mieux. Là, nous a’vons 
vu de belles et bonnes laitières , produisant chaque année 
des élèves de premier choix ; nous en avons surtout re- 
marqué 8 de ceux-ci qui sont de toute beauté; néanmoins 
il est juste de dire que ce bétail provient originairement 
d’un taureau suisse et de nos vaches indigènes : ce croi- 
sage , adopté par la plupart des habitants de Vomécourt y 
a rendu le troupeau de cette commune bien supérieur aux 
troupeaux voisins. 


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DK LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 


63 


Par ces considérations , nous tous demandons pour M. 
Choies la prime de 500 francs et la médaille en argent 
qui y est jointe. 

Nous exprimons le regret , Messieurs, de n’avoir à offrir 
qu’une mention honorable au deuxième concurrent, M. Pros- 
per Petot , cultivateur à Beausite , dépendant de notre 
commune; car M. Petot emploie tous les instruments ara- 
toires nouveaux et perfectionnés. Son exploitation asses 
considérable est dirigée avec une haute intelligence ; la 
distribution de ses terres en céréales , prairies artificielles 
et plantes sarclées est parfaitement entendue ; nous avons 
vu a'vec admiration son semis de betteraves. Seulement , 
son nombreux bétail manquait de force et d’embonpoint 
et nous avons vu peu d’élèves ; du reste il faut reconnaître 
qüe M. Petot est dans son début; mais il est doué d’une 
telle aptitude qu’il s’empressera , nous n'en doutons pas , 
d’obtenir, sous ces derniers rapports, toutes les améliorations 
désirables. Félicitons enfin M. Petot de s’étre fait cultivateur, . 
car ce n’est qu’aux jeunes gens de Sa trempe que nous de- 
vrons la régénération de notre agriculture. 

2* Prime de 200 francs et une médaille en argent aux 
irrigations. 

Les grands, les immenses travaux de nos infatigable* 
collègues MM. Dutac frères , portent partout leurs fruits , 
car partout nos cultivateurs comprennent qu’augmenter 
les prairies naturelles et surtout leurs produits par des 
irrigations bien dirigées , c’est tendre à augmenter le bien- 
être et la prospérité générale. 

11 était naturel que le village de Thaon , premier 
centre des travaux de MM. Dutac , nous offrit la preuve 
de ce que peuvent de bons, de grands exemples : M. Chris- 
tophe , ancien maire de cette commune de Thaon et gendre 
de ce respectable M. Guyon qui , le premier, s’est occupé 


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ANNALES 


64 

là de création et d'irrigation , a dignement imité nos intré- 
pides praticultenrs. Présenté par le président dn comice , 
qui nous a signalé l’importauce de ses travaux (6 hectares) 
que du reste nous connaissions , nous vous proposons de 
lui accorder la prime de 200 francs et la médaille en 
argent. 

3° Prime de 100 francs à la meilleure disposition deà 
fumiers , et notamment à l’emploi des engrais liquides. 

La puissance des engrais liquides sur la végétation est 
déjà depuis longtemps démontrée ; tous ceux qui les ont 
employés, particulièrement sur les plantes sarclées, ont été 
émerveillés de leurs effets : encourager nos cultivateurs 
à s’en servir et à foire tous leurs efforts pour ne point 
les perdre , c’est accomplir, Messieurs , une partie de la 
mission que vous vous êtes imposée; 

Nous retrouvous ici avec plaisir M. Petot déjà cité, nous 
offrant sous ce rapport le modèle le plus parfait; ses fosses 
, à purin sont bien placées et bien construites ; il utilisé 
les précieux engrais qu’elles renferment en arrosage sut 
ses plantes sarclées et antres produits ; il réunit encore 
dans une fosse particulière les balayures et les herbes pro- 
venant du sarclage, auxquelles il ajoute, par couches légères, 
une portion de fumier qui provoque la fermentation. Nous 
vous demandons pour lui cette prime si bien méritée. 

4° Prime de 100 francs à l’emploi des amendements cal- 
caires , marne , chaux , cendre , etc. 

M. Thiriet (Fulcran) , de Bousillon , nous a été désigné 
par M. le président du comice d’Épinal comme digne de 
recevoir cette prime; plein de confiance dans les inves- 
tigations qne le comice a fait faire , nous vous proposons 
de l’accorder à ce digne cultivateur. 

5° Prime de 100 francs à la meilleure disposition des 
étables , bergeries , écuries , etc. 


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65 


de la société d’émulation. 

Nul n'ignore que, sons le rapport hygiénique , la bonne 
disposition des étables et écuries est de la pins haute im- 
portance. M. Petot, déjà couronné, a parfaitement compris 
cette vérité , car ses étables et écuries peuvent servir de 
modèle. Elles sont vastes, bien aérées avec ventilateur 
et pavées en asphalte ; aucune partie du purin qui en 
provient n’est perdu. Cette prime est donc dne à cet ho* 
norable cultivateur. 

6* Prime de 200 francs pour reboisement. 

Tout a été dit depuis longtemps sur la nécessité et Fu- 
tilité de maintenir nos forêts dans un bon état d’entretien 
et de reboiser nos côtes et montagnes ; c’est pour atteindre 
ce résultat si désirable que le Gouvernement offre , en 
attendant une loi coercitive , des primes à tous ceux dont 
la haute intelligence exécute de grands travaux dans ce 
sens. 

La commune de Dounoux , si dignement représentée par 
X. Mangin, son maire, nous a paru mériter la prime, 
car, par les soins de ce zélé fonctionnaire , des vides con- 
sidérables (25 à 30 hectares), au sommet de montagnes 
élevées, ont été remplis en essences diverses d’une venue et 
d’nn développement saperbes. En conséquence, nous vous 
demandons pour M. Mangin la médaille en argent, et la 
prime de 200 francs pour la caisse municipale de Dou- 
noux. 

7* Enfin , Messieurs , une autre prime de 200 francs 
est attribuée à la suppression du parcours et de la vaine- 
pàture, cette importante mesure que nos bons agricul- 
teurs réclament depuis longtemps. 

Trois communes , Darnieulles , Igney et Jeuxey ont ré- 
pondu à votre appel. Dans votre dernière séance, vous 
avez placé Darnieulles en première ligne , tout en votant 
des mentions honorables à Igney et Jeuxey. C'est donc 

5 


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aAnales 


66 

à Darnieulles qu'appartient la prime de 200 francs , et à 
H. Joseph Mangin , ancien maire de ce -village , sous l’ad- 
ministration duquel la mesure a été suscitée et accomplie, 
que doit être remise la médaille en argent. 

J’ai terminé, Messieurs; veuillez me pardonner si j’ai 
manqué à mon engagement d’être bref ; mais je vous dirai 
comme quelqu'un l’a déjà dit avant moi , je n’ai pas en 
le temps d'être plus court. 


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DK LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION. 


67 


<B©sr®©waa idb 4846. 


PRIMES ET MÉDAILLES 

ACCOUDÉES PAH LA SOCIÉTÉ, 

D’aPBÈS LE PB0GBAH1IE 

|«M1É àtoiatteie IsSémm publique le 1ML 


î. AGRICULTURE (I). 

Médaille d’argent à M. Pinot (Joseph), d’Épinal , 
pour mise en valeur de terrains improductifs. 

Médaille de bronze et une prime de 50 francs à 
M. Vaudré (Joseph), garde forestier à Vaubexy, pour 
repeuplement de forêts. 

Médaille de bronze et une prime de 50 francs à 
M. Vernier (Joseph) , garde forestier à Provenchères, 
pour repeuplement. 

Mention honorable et une prime de 50 francs à 
M. Counot, instituteur à Golbey, pour repeuplement. 


(i) On a rangé dans ce chapitre les repeuplements des vides dans 
les forêts, attendit que la Société , par une décision récente, a cessé 
de comprendre dans son programme le repeuplement des forêts. 


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68 


ANNALES 


Mention honorable et une prime de 50 francs à 
M. Mougeot (Joseph) , cultivateur à Gerbépal. 

CRÉATION DE PRAIRIES ARTIFICIELLES. 

Médaille de bronze à M. Mathis , de Racécourt. 

Mention honorable à M. Maudru, deVille-sur-Illon. 

AMÉLIORATION DU BÉTAIL, 

PRINCIPALEMENT DES ESPÈCES BOVINE ET CHEVALINE. 

Médaille d’argent à M. Georges (Louis) , de Ravenel. 

Médaille de bronze à M. Gaspard (Théophile), de 
Pont-sur-Madon . 

INVENTIONS ET PERFECTIONNEMENTS 
DANS LES ARTS MÉCANIQUES ET INDUSTRIELS. 

Médaille d’argent et une prime de 200 francs à 
M. Thirion , mécanicien à Mirecourt , inventeur d’un 
nouveau système d’emboîtement des roues de voi- 
tures, etc. 

Prime de 100 francs à M. Ducret , horloger-méca- 
nicien à Épinal , pour sa machine à fabriquer des 
mouvements d’horloge. 

Prime de 50 francs à M. Thouvenin , de S**-Hélène, 
pour améliorations apportées dans sa machine à trier 
le gravier. 

Prime de 30 francs à M. Cunat , de Hadol , pour 
son piège à prendre les taupes. 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMU LATIOM. 


69 


II. HORTICULTURE. 

1° LÉGUMES. 

1 er prix : M. Baslien , jardinier de MM. Du tac frères; 
médaille d’argent et une prime de 40 francs. 

2® prix : M. Romary (Alexis), jardinier à Êpinal; 
médaille de bronze et une prime de 20 francs. 

Mention honorable à M. Adelphe (Jean-Jacquot) , 
jardinier à Épinal. 

Mention honorable à M. Laisnel , dit Pécheur, jar- 
dinier à Épinal. 

Rappel de médaille à M. Girardin, aide jardinier 
chez M. Pierrat à Épinal , pour sa belle culture de 
melons. 

Il® FRUITS. 

La Société a décidé que les prix ne seraient pas 
décernés cette année, les concurrents ne remplis- 
sant pas les conditions du programme. Elle accorde 
cependant des mentions honorables à MM. Rastien , 
jardinier de MM. Dutac frères, et Adelphe (Jean-Jac- 
quot). 

III* FLEURS. 

1" prix : M. Crousse, jardinier fleuriste à Épinal; 
médaille d’argent et une prime de 40 francs. 

2* prix : M. Pécheur fils , d’Épinal ; médaille de 
bronze et une prime de 20 francs. 


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ANNALES 


70 

Mention honorable et une prime de 30 francs à 
M. Lambinet, jardinier à Remiremont. 

Mention honorable et une prime de 30 francs à 
M. La veine, jardinier à Épinal. 

Comme encouragement , une prime de 20 francs 
au jeune Brun (Joseph) , d’Épinal. 


PRIMES DÉPARTEMENTALES 

ACCORDÉES A LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DES VOSGES 

PAR LE MIMSTRR DI l’aGRICULTCRB BT DU GO MM BR CB , 

POUR ÊTRE DÉCERNÉES DANS SA SÉANCE PUBLIQUE DU 24 SEPTEMBRE i 840, 
ET AFFECTÉES SPÉCIALEMENT A L’ARRONDISSEMENT D’ÉPINAL. 


Médaille d’argent et prime de 500 fr. à M. Choie? 
(Séraphin) , cultivateur à Vomécourt , pour l’exploi- 
tation la mieux dirigée , entretenant la plus forte 
proportion du meilleur bétail. 

Médailled’argent et prime de 200 fr. à M. Christophe, 
cultivateur et ancien maire de Thaon , pour irrigations. 

Médaille d’argent et prime de 100 fr. à M. Petot 
(Prosper) , propriétaire de la ferme de Beausite , près 
Ëpinal. 

Médaille d’argent et prime de 100 fr. à M. Thiriet 
(Fulcrand) , propriétaire à Bousillon , près Ramber- 
villers, pour emploi d’amendements calcaires, etc. 

Médaille d’argent et prime de 100 fr. à M. Petot 
(Prosper) , propriétaire de la ferme de Beausite, près 


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DE LA SOCIÉTÉ d’ÉMULATIOH. 71 

Épinal , pour la meilleure disposition des étables , et 
principalement leur ventilation au moyen de chemi- 
nées d’appel , etc. 

Médaille d’argent et prime de 200 h*, à M. Mangin 
(Jacques) , maire de Dounoux , pour reboisement. 

Médaille d’argent et prime de 200 fr. à M. Mangin 
(Joseph) , ancien maire de Darnieulles , pour la sup- 
pression du parcours et de la vaine pâture. 


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72 


ANNALES 


PROGRAMME 
3)3® 1PMSH33 lît I&ilDMlL&lS 

A DÉCERNER EN 1847. 


1° PRAIRIES NATURELLES. 

Prix de 300 francs au plus pour l’auteur de la 
meilleure instruction pratique sur la création et l’a- 
mélioration des prairies naturelles. 

2° CRÉATION ET IRRIGATION DES PRAIRIES. 

Une médaille en argent ; deux primes en numéraire ; 
mentions honorables. 

3° CRÉATION DE PRAIRIES ARTIFICIELLES 
d’une ÉTENDUE DE CINQ HECTARES AU MOINS. 

Médaille d’argent; médaille de bronze; deux primes 
en numéraire ; mentions honorables.' 

4° DÉFRICHEMENT 

ET MISE EN VALEUR DE TERRAINS IMPRODUCTIFS 
DE LA CONTENANCE d’un HECTARE AU MOINS. 

Médaille d’argent ; médaille de bronze; deux primes 
en numéraire ; mentions honorables. 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 


73 


5 • REPEUPLEMENT OU CRÉATION DE FORÊTS 
DE LA CONTENANCE DE DEUX HECTARES AU MOINS, 

SOIT PAR LES PARTICULIERS, SOIT PAR LES COMMUNES. 

Médaille en argent. 

6* INVENTIONS OU PERFECTIONNEMENTS DANS LES ARTS MÉCA- 
NIQUES ET INDUSTRIELS , AYANT SURTOUT POUR BUT LA 
CONSTRUCTION d’un MOULIN PROPRE A LA DÉCORTICATION 
DES 6 RAINES ALIMENTAIRES, ET SPÉCIALEMENT DE l’ AVOINE. 

Médaille d’argent et une prime de ISO à 300 francs; 
médaille de bronze et une prime de 100 francs; men- 
tions honorables. 

Une médaille d’or de la valeur de 300 francs sera 
accordée à l’auteur du meilleur ouvrage sur l’instruc- 
tion primaire, d’après un programme qui sera rédigé. 

Une médaille d’argent et une prime de 200 francs 
est également accordée pour la construction et l’en- 
tretien des chemins d’exploitation. 


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74 


ANNALES 



ADRESSÉ A MM. LES MEMBRES DR LA 80CIÉTÉ D'ÉMULATION , 

SUR 

LES OBJETS CONCERNANT L’HISTOIRE NATURELLE 


déposés ou Musée vosfien 

depuis le mois de septembre 1845 jusqu'au même mois 1846 „ 


PAR M. LE DOCTEUR MOUGEOT , 

MEMBRE ASSOCIÉ LIBRE. 


Messieurs , 

Voici la douzième fois que nous venons vous rendre compte des 
accroissements annuels, à l’égard des collections conservées dans la 
galerie d'histoire naturelle du musée vosgien. Nous avons dû, dans 
nos rapports antérieurs , faire ressortir l'importance et l’utilité de 
ces collections , et nous en voyons aujourd’hui de plus en plus les 
heureux résultats dans une publication attendue depuis bien des 
années , la Statistique du département des Vosges. À mesure que 
les articles consacrés à l’histoire naturelle dans cet ouvrage voient 
le jour , on peut se convaincre qu’ils y sont exposés avec des dé- 
tails dont manquent la plupart des livres analogues. Ces détails 
ici s’appuient sur des faits parfaitement constatés , et on peut en 
vérifier la rigoureuse exactitude par l'examen des nombreux ma- 


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DE LA SOCIÉTÉ DÉMULÀTIOÏt . 


75 


tériaux déjà réunis dans celte galerie. La commission de surveillance 
près le musée vosgien , dont noos sommes encore aujourd’hui l’or- 
gane, est heureuse de voir ses efforts amener les conséquences qu’elle 
en espérait, et certes, en plaçant sous les yeux de nos concitoyens 
les produits de la création dont notre pays est si richement doté , 
elle a établi sur la base la plus solide ce que pouvaient nous ap- 
prendre les naturalistes dans une statistique départementale. Cette 
publication va enfin faire mieux connaître les ressources de toute 
sorte, les progrès scientifiques et industriels d’une population déjà 
réputée par son dévouement à la patrie , son obéissance aux lois et 
sa valeur sur les champs de bataille. Concourir de plus en plus au 
développement de l’intelligence d’une si noble population, lui faciliter 
les moyens d’acquérir la connaissance de tout ce que produit le 
sol qu’elle exploite , seront constamment des motifs qui soutien- 
dront le aèle de nos collaborateurs , pour réunir au musée vosgien 
ee qui conduira vers un bot si propre à augmenter son bien-être. 

GÉOLOGIE , MINÉRALOGIE. 

Nous avons , l’année dernière , attiré plus particulièrement l'at- 
tention sur les terrains de transition des Vosges , surtout qu’ils 
avaient été par trop négligés depuis quelque temps , malgré les 
nombreux lambeaux de ces terrains répandus sur les flancs et les 
sommets de ces montagnes , et nous avons continué en 1 846 à réu- 
nir les roches si variées qui s’y trouvent. M. Lamy, curé de Rothau , 
M. Fels, fabricant h Schirmeck, ont envoyé des eurites micacés à pâte 
plus ou moins feldspathiques , des grès plus ou moins fins de la grau- 
wacke, extraits de l'ancien percement de Mineguette à Rothau ; des 
brèches du château de Schirmeck (1) , morceaux très-instructifs de cette 
formation intermédiaire si abondante autour de ces deux localités, 
oà viennent aussi s'entremêler des roches primitives. Nous avons 
également rassemblé les eurites , granités, gneiss altérés, les phyl- 
lades, les quartzites et roches quartzo-talqueuses , les grauwaekes, 

(I) Ces brèches sont indiquées par M. Hogtrd dans la Statistique des 
Vosges , p. 73. 


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76 


AN1VALBS 


les grès anthraxifères du versant oriental de la montagne du 
Bonhomme , qui accompagnent un gisement d'anthracite arrivant à 
fleur du sol au lieu dit la Goutte-du- Rupt , entre les bornes n°» 
3 et 4 de la route départementale n° 5 , qui du faite des Vosges 
descend dans la vallée de la Weiss. Ce gisement d’anthracite pa- 
raît se prolonger vers le nord dans tout le chaînon de la mon- 
tagne du Bonhomme aboutissant h la commune du même nom. . En 
effet, il existe des affleurements de ce combustible au revers nord 
de ce chaînon , dans le voisinage de la vieille route , à deux ki- 
lomètres environ au dessous du fort Galasse. Déjà au mois de 
juin 1812 , nous examinions avec le D* Gaillardot les fouilles en- 
treprises dans cette localité , avec espoir d'y rencontrer un amas 
de houille ; mais le combustible étant de l'anthracite en trop pe- 
tite quantité , incapable par conséquent de couvrir les frais d’ex- 
ploitation, ces fouilles furent abandonnées. De nouvelles recherches, 
dirigées par les ingénieurs des mines sur tout le trajet du filon , 
pourraient amener maintenant des résultats plus satisfaisants que 
ceux obtenus autrefois , et nous croyons pouvoir engager les hommes 
industriels de la vallée de la Weiss à tenter de nouveaux essais. 

A l’époque déjà reculée où nous nous trouvions avec le docteur 
Gaillardot sur le flanc oriental du Bonhomme, notre savant col- 
lègue cherchait à démêler des terrains primitifs des Vosges, les 
groupes qui pouvaient appartenir à la formation intermédiaire , et 
des méditations profondes sur ce sujet l’ont occupé pendant 
toute sa vie (1). 11 reste une riche moisson à faire, pour les géo- 


(i) Le docteur Gaillardot transmit à la Société d’Emulation des Vosges, 
en 1830, un Mémoire sur les terrains primitifs et de transition que 
Von rencontre dans la chaîne des Vosges , mémoire mentionné dans le 
compte rendu des travaux de cette Société en date du 2 mai 1831 , et 
resté enseveli dans ses archives. Qu’on nous permette de reproduire les 
principales remarques d'un des géologues qui ont le plus contribué à nous 
faire connaître le sol de l’ancienne Lorraine, et dont la perte prématurée 
laissera toujours un regret sensible dans la mémoire de ceux qui l'ont 
connu. « Les théories , comme le disait le vénérable secrétaire perpétuel 
de la Société d’Ëmulation dans le compte rendu dont il vient d’être parlé-. 


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77 


DE LA SOCIÉTÉ D’ ÉMULATION. 

logues tosgicns, sur le versant oriental du Bonhomme, où le tracé de 
b nouvelle roule n° 5 a mis h nu une très-grande étendue de cette 
formation. 


sont le flambeau des arts et des inventions, » et certes , dans «ne ma- 
tière ami controversée que celle qoi a trait anx formations primitives et 
Intermédiaires de la chaîne des Vosges, tout ce qui peut nous conduire h 
les mieux connaître , doit nous intéresser vivement , et le mémoire du 
docteur Gaillardot offre ces qualités à un très-haut degré : voici les parole» 
de notre ancien collègue : 

« Doit-on considérer les Vosges comme montagnes formées de roche» 
primitives ou de roche» de transition; ou bien ces deux formations existent- 
elles dans ce groupe de montagnes ? 

» Ainsi que beaucoup d'autres chaînes * les Vosges avaient été considérée» 
comme appartenant aux terrains primitifs , mais des débris de corps organisé» 
fossiles ayant été trouvés par M. Voltz en quelques localités, dan» des 
roches calcaires et euritiques , on a cru pouvoir rapporter toute la chaîne 
aux terrains de transition. On peut voir dans son Aperçu de là topographie 
minéralogique de t Alsace , page 56, la nature des roches et des fossiles 
qui ont bit considérer les Vosges comme appartenant aux terrains de transi- 
tion. L'auteur y reconnaît cependant des roches primitives. 

> M. Elie de Beaumont parait considérer toutes les roches cristallines de» 
Vosges , le» ballons même comme terrains de transition (4). Dans son résumé 
cependant , il doute si ces roches sont de transition ou si elles sont primitive». 

» On peut voir dans l'ouvrage cité plus haut, de M. Voltz , que les roche» 
qui offrent des débris de corps organisés fossiles n'ont encore été observées 
que dans un petit nombre de localités. Cela suffit cependant pour prouver 
l'existence des terrains intermédiaires de transition dans les Vosges; mais 
cela ne prouve point que tout le massif de cette chaîne appartienne au même 
terrain , qu'il soit de la même formation , et je ne doute pas que les mon- 
tagnes que ce géologue indique et décrit comme primitives , ne le soient 
effectivement. 

» On reconnaît comme terrains primitifs ceux qui sont formés de roches 
cristallines , de formation antérieure è celle de» corps organisés et qui ne re- 
posent point sur les débris d'autres roches. « Mais , comme le dit M. de 
» Humboldt , en traçant le tableau des connaissances que nous avons acquises 

» (4) Observation* géologiques sur quelques terrains secondaires du système 
des Vosges, par H. Mie de Beaomoat , pages 7, 8 et 9. 


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AHHÀLB8 


?8 

M. Kœcblin-Schlumberger, secrétaire du comité d’histoire oa<* 
tnreile de la société industrielle de Mulhouse , qui s’occupe sérieu- 


> sur la superposition des roches , noos devons nous abstenir de prononcer 
» avec assurance star la première assise de l’édifice géognostique. » 

» Ayant observé des roches cristallines, des granités, des syénites, repo- 
sant sur des roches schisteuses avec débris de corps organisés fossiles , ces. 
caractères ont déterminé Werner à en faire nne classe particulière, à laquelle 
il a donné le nom de Ubergangsgebirge , terrain de transition* 

» M. d’Aubnisson observe que cette classification présente de grandes dif- 
ficultés , et que l’on parcourt quelquefois dix lieues dans un terrain intermé- 
diaire avant d’y trouver une empreinte de plante ou un reste de trilobite qui 
en indique la classe (1). 

» La géognosie est une science encore neuve* La surface du globe n’est 
pas encore suffisamment connue pour pouvoir en classer les matériaux 
avec autant de précision et de facilité que cela a pu se faire pour les 
êtres organisés ches lesquels les groupes, les cadres étaient faits, et où 
il n’y avait plus qu’à les placer à mesure qu’on les trouvait. 

» Je ne crois point que cette division des terrains en primitifs , inter- 
médiaires et secondaires, soit naturelle et susceptible d’être conservée; 
elle offre, comme je l’ai déjà fait observer, de trop grandes difficultés. 
Nous attendons avec grande impatience et depuis longtemps un travail 
de M. Brongniart sur ce sujet, où se trouvera probablement la classification 
des terrains indiqués dans le Traité de géognosie de M. d’Aubuisson (2). 
Dans celle de M. Conybéare, les terrains intermédiaires comprennent le 
terrain houiller , le calcaire charbonneux et le vieux grès rouge. Cette 
classification semble en effet asses naturelle. 

» M. d’Omalius d’Halloy, en faisant sentir toutes les difficultés qu’offre la 
classification des roches des terrains intermédiaires, croit pouvoir s’en 
affranchir dans la description des roches qu’il décrit dans ses mémoires , 
et réunit dans une grande classe les terrains primitifs et les terrains 
intermédiaires, sous la dénomination de terrains primordiaux. 

» M. Beudant a de même éprouvé des difficultés , en classant les roches 
qu’il rapporte aux terrains de transition de la Hongrie , et laisse des doutes 
sur quelques-unes qu’il n’a classées que sur des probabilités. 


(4) Traité de géognosie ; S* édilioa , tome 1 er , page 365. 

(5) Traité de géognosie ; !* édition, tome i er , page 374* 


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79 


DB LA SOCIÉTÉ © ÉMULATION. 

•eneot de la géologie du Haut-Rhin , nous a adressé un conglomérai 
bien remarquable sous le nom de Roche amy§daloide du Reuhfels , 


> A mesure que Pou observe , on découvre toujours plus de ces terrains 
intermédiaires ou de transition , et beaucoup de terrains , que l'on avait 
jusqu'alors considérés comme primitifs, sont répartis dans les terrains de 
transition; eu sorte que Ton ne voit pas d'impossibilité pour qu'un jour 
il ne reste plus de terrains primitifs. 

» M. Volt* ayant reconnu et signalé , un des premiers , les terrains de 
transi tion dans quelques parties des Vosges , ce groupe de montagnes a 
été considéré depuis par quelques naturalistes comme appartenant en totalité 
au terrains de transition. Aussi M. Beudant , en parlant du terrain de 
syénite et grünslein— porpbyrique de la formation de transition de la 
B-grie, dit : il a les plus grands rapports de composition avec la for- 
mation des Vosges, qui, somme nous l'avons (ait remarquer à la page 
152 du tome 4* r , appartient aussi aux terrains de transition : ce sont de part 
et d'aatre, les mêmes roches , et il est souvent impossible de distinguer cer- 
taines variétés de porphyres des Vosges de celles qu'on observe dans le terrain 
de syénite et griinstein-porphyrique de Hongrie (4). M. Beudant, d'après 
ces analogies de composition et de situation , semble même s'en appuyer 
pour considérer le terrain de syénite de la Hongrie comme appartenant 
b h formation intermédiaire. 

» Mais maintenant ne pouvons-nous pas à notre tour , d'après les dif- 
férences que ces terrains paraissent noos offrir, en conclure que les 
terrains des Vosges ne peuvent être considérés comme analogues à ceux 
de la Hongrie? En discotant la question de leur origine , M. Beudant 
(p. 428, terne 3*) dit : le terrain de syénite et grunstein-porpbyrique et le 
terrain de traehyte, se trouvent partout associés , et il semble qu'ils ne 
peuvent , en quelque sorte , exister l'un sans l'autre. H cite à ce sujet la 
Hongrie, l'Amérique, les Iles de la Grèce, les lies Aleudennes, le Mexique, 
où le tracbyte recouvre la syénite; mais il ne cite pas les Vosges. En 
effet, on ne trouve pas de trachyte dans cette chaîne de montagnes. La 
seule roche qui pourrait être considérée comme tracbyte , qui aurait quelque 
ressemblance avec elle , c'est l'argilophyre , eurite terreux , qui dans 
beaucoup d'endroits est représenté ou remplacé par le spilite, sujet sur 
lequel je compte revenir un autre moment. Nous connaissons bien dans 
les Vosges des roches porphyroïdes à fond noir , mais jusqu'à présent je 

(I » V*y*g* minéralogique et géologique en Hongrie ; loue 3 , page IS7. 


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80 


ANNALES 


près de Wuenheim , sur la lisière du terrain de transition qui pari 
du ballon de Sultz en se dirigeant vers cette ville et aboutit au 


n’ai rien observé qui appartint bien décidément an pyroxène. La base 
noire de ces roches m'a para être un pétrosilex , feldspath compacte plut 
on moins coloré et mélangé d’amphibole. M. Volts reconnaît cependant 
quelques-unes de ces roches comme pyroxéniques , surtout à F ram ont , 
mais on n’y a jamais trouvé le pyroxène cristallisé analogue à celui des 
roches volcaniques. 

» Il n’y a donc point de caractères certains , fixes , positifs , pour décider 
si une roohe ancienne doit être considérée comme primitive ou de transition. 
Ces caractères ne consistent que dans l’alternance des roches anciennes , 
cristallines, avec des roches formées de débris d’autres roches, ou de 
roches qui offrent des débris de corps organisés. Il n’y a donc point de 
raison pour croire que le terrain que nous considérons comme primitif 
ne recouvre pas de roches d’agrégation ou avec débris de corps organisés, 
lime semble cependant que si cette disposition des terrains était vraie, 
constante, naturelle, les roches anciennes , cristallines , qui appartiennent 
b ces deux grandes divisions, offriraient des caractères certains qui ser- 
viraient à les faire reconnaître ; on les découvrira peut-être dans la suite. 

> Les géognostes admettent des roches primitives d’âges différents; il 
en est de même des roches de transition. 

> M. de Humboldt reconnaît six groupes de roches dans le terrain de transi- 
tion. Leur association lui a paru constante ; il est inutile de les rapporter 
ici , on peut les voir dans son Essai géognostique , à la page 108. Ce savant 
admet cependant encore des lignes oryctognostiques , servant à caractériser 
les terrains de transition. Par exemple : la présence fréquente de l’amphibole 
et le manque de quartz cristallisé , distinguent beaucoup de porphyres de 
transition de ceux des terrains primitifs. L’amphibole , suivant M. de Hum- 
boldt , serait plus abondant dans les terrains de transition que dans les ter- 
rains primitifs. 

» Dans les Considérations générales sur les terrains de transition, le 
même auteur fait- observer que la magnésie , le fer oxidulé , le fer litané , le 
carbone et la chaux carbonatée , pénètrent à travers la plupart des formations 
de transition. Le feldspath vitreux s’observe aussi fréquemment dans ces 
terrains. 

» Ainsi donc , si l’on voit l’amphibole dominer dans une roche, on aurait 
déjà une forte présomption pour croire qu’elle appartient au terrain de transi- 
tion. Les roches porphyroïdes des Vosges seraient dans ce cas , ainsi que 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉHULATIOIf. 


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grès rtegien. Celle roche , qui se présente à pâle diverse , est très- 
carieuse par an mélange de fragments arrondis et anguleux, empâtés 

les déc rit e s , les amphiboHtes , les trappites , roches que l’on observe dans 
lotie letr ét tendue , el qui constituent les parties les plus élevées de la chaîne , 
au sud principalement* M. de Humboldt considère comme appartenant aux 
roches de transition les porphyres et les syénites des Vosges (1). 

» Nous avons déjà observé que M. Beudant avait trouvé beaucoup d’ana- 
logie entre les terrains de transition de la Hongrie et les montagnes des 
Yoages* Les grandes masses de syénites , avec leurs grands cristaux de clea- 
velandites et d'ortbose , seraient dans le même cas. Beaucoup de granités 
des Yoages, des eurites de toute espèce , renferment le fer oxidé en grande 
quantité* Le carbone s’y trouve également , soit à l’état d’anthracite , soit à 
l’état de graphite* Le calcaire s'y observe également. 

» Les roches de transition ont été remarquées et indiquées par X. de 
Bonnard dans le Hunsdrûck , qui n’est qu’une dépendance et une prolonga- 
tion des Yoages au nord (3). M. Volts est , de tous les géognostes , celui 
qui a le plus visité les Vosges et qui connaît le mieux cette chafae de mon- 
tagnes* Dans sa €réognosie à* t Alsace , il nous fait connaître les terrains 
de transition qu’il a vus dans les Vosges. Ce sont des alternances de schistes, 
do gruuwacke, de porphyres, dont le massif et les montagnes environnantes 
du Dooon sont formées et recouvertes par le grès vosgien. Cette formation 
intermédiaire se retrquve dans le sad , vers les ballons , jusqu’à Saulriot dans 
h Haute-Sa due. 

> X. Beudant donne pour caractère général des roches du terrain de syénite 
et grûnstein des terrains de transition dé la Hongrie , de fidre effervescence 
avec les acides , en raison de la plus ou moins grande quantité de carbonate 
de chaux qui s’y trouve mélangé. Hoas retrouvons aussi ce caractère dans 
le grâustein— porphyre et d’autres roches des environs de Giromagny et de 
S^-Xarie-aux-Xines. 

» Les pyrites, dit encore X* Beudant, sont aussi très*abondamment dissé- 
minées dans les roches de ce terrain , ce qu’il ne donne cependant point 
comme caractère général, ainsi qu’il le fait pour la chaux carbonatée ; le fer 
sulfuré se voit fréquemment dans les diverses espèces de diorites et d’autres 

roches des Vosges* 


■ (4) Ettmi géognostique , pige 419. 

» (f) Aperçu géognostique des terrains. 

G 


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ANNALES 


dans un ciment pétro-siliceux, et se rapproche des conglomérats nommés 
Poudingues du terrain de transition de Schirmeck. Nous lui avons 


» L'absence presque totale du quartz dans les roches porphyriques des ter- 
rains intermédiaires, est considérée par tous les géognostes cousine un 
caractère essentiel de celte formation. Les rocbes porphyriques des Vosges 
présentent pour la plus grande partie ce caractère. 

» Mais malgré tous ces rapports , toutes ces ressemblances de roches inter- 
médiaires de la Hongrie, du Mexique, et celles des Vosges, on ne peut 
encore affirmer que ces dernières appartiennent en totalité à la xuénse for- 
mation, à la même époque, et il reste encore, pour considérer ces terrains 
comme intermédiaires, à constater la présence des corps organisés fossiles , 
et surtout l'alternance des roches d'agrégations élastiques , avec les roches 
cristallines, telles que granités, porphyres, ampbiholites » syénites, etc. , 
dans la plus grande partie des Vosges. 

» M. de Humholdt observe que les débris de corps organisés manquent 
généralement dans la série calcaire des terrai us de transition , et oe qui 
sert à les faire reconnaître , c est leur alternance arec des schistes remplis 
d'empreintes de plantes monocotylédones (l)qCeUe formation n'a pas encore 
été observée dans les Vosges. 

» Suivant beaucoup de géognostes, la présence de la grauwacjte étant eonsh 
dérée comme un des principanx caractères des terrains de transition et oette 
roche étant rare dans les Vosges, on serait porté à croire que ces montagnes 
n'appartiennent pas à ces terrains*, mais ce petit groupe serait analogne à 
celui des Andes de Popayan et du Pérou, où la grauwache manque et où les 
porphyres de transition sont caractéristiques de cette formation (2). 

» Des trois grauds dépôts métallifères, le plus riche, celui de S te ~Maric- 
aux-Mines, en y comprenant la Croix-aux— Mines, me parait appartenir au 
terrain primitif \ les deux autres, ceux de Giroraagny et de Framont ap- 
partiendraient au terrain de transition. Celui de Giromagny aurait beaucoup 
d’analogie avec les dépôts métallifères de la Hongrie ; on y trouve abondam- 
ment les porphyres des terrains de transition. Les porphyres de Raon-oup- 
Plaine au pied du Donon, appartiennent h la formation secondaire, à la grande 
formation des grès rouges anciens; on observe du porphyre à Sainte-Mario* 
aux-Mines, mais il est plus ancien que les précédents et renferme des cristaux 


(1) Essai gèognostique , page <46. 

(2) Essai gèognostique , page 118. 


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DR LA SOOIRTR d’ÉMULATIOR. 8? 

impliqué, en attendtai mieux » le nom 4e brèche porpfeyrique pi- 
siforme, en ce qu’elle s’éloigne par son origine et se composition 
minéralogique de la roche connue et appelée en France amygéoUMt, 
sorte de lare qui appartient au terrain volcanique. A ces brèches pi- 
siformes , M. Kœchlin avait ajouté deux grands morceaux de fer limo~ 
nite ( Hématite) mamelonné , provenant des formations intermédiaires 
de la vallée de Saint-Amarin. 

Nous u’ avons pas négligé de réunir de plus en plus les roches et 
fossiles des terrains secondaires , soit du département des Vosges , 
soit des départements voisins ; c’est ainsi que les grès bigarrés ont 
été augmentés par ceux du souterrain d’AbreschwiUer (Meurtbe) 
avec empreintes végétales , envoyés par H* Victor Boulay , et par 
M. Kœchlin, de ceux de Westhalden (Haut-Rhin) avec dnoptop- 
êeris Mougeotii de différents aspects, tant les empreintes de cette 
fougère varient dans les diverses assises de cette formation qui 
entoure le massif des Vosges. 

Les séries du muschelkalk ont aussi reçu de nouveaux accroisse- 
ments , bien que nous ayons b regretter que M. Lebrun , qui vient de 

c emplois de quarts. M. d'Aubniasou , à l'article de gneiss primitif, cite celai 
de Sointe-Marie pour l'abondance et le richesse des métaux que l'on eu a reti- 
rée. Dans les six groupes de la série des roches de transition de M. de Huxn- 
boldt, nous ne voyons point figurer le gneiss, roche si abondante dans les 
Voagee, mais le pins communément les porpbÿres et les syénites. 

> M. Boné , dans son Essai géologique sur t Ecosse , dit qne les Vosges 
paraissent en grande partie offrir , comme les terrains de l'ouest de l’An- 
gleterre, des granités, des syénites , entourés de roches schisteuses et 
feldapethignee de transition. 

» D'après toutes ces considérations , les Vosges paraissent donc offrir des 
terrains primitifs et des terrains de transition * le premier occuperait la partie 
centrale , le milieu de la chaîne , et le terrain de transition s'appuyerait 
sur le terrain primitif, aux extrémités de la chaîne surtout, en pénétrant 
plus on moins dans les vallées, ainsi que l'a observé M. Voltz dans celles 
de Saint-Amarin et de la Bruche. Ce terrain de transition ne serait pas 
abondant dans les Vosges; mais g est à croire qu'il n'a pas encore été 
reconnu partout oè il pent exister ; il n’y présenterait pas de formations 
prononcées , semblables à colles dos six groupes que décrit M. de Humknld 1 
dons «un Essai géafrujJtique. > 


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84 


ANNALES 


découvrir autour de Lunéville une nouvelle espèce de polypier du 
genre Turbinolia, n’ait pu encore en placer sous nos yeux qu’un seul 
individu. En revanche , M. Kœchlin nous a donné de beaux échan- 
tillons des carrières de marbre de Wintzfélden ( Haut-Rhin ) , avec 
dendrites , articles d’encrinites , plagiostome , etc. 11 y a joint , pour 
les autres formations secondaires et tertiaires , i° de grands mor- 
ceaux de gypse fibreux et en rognon du keuper également de 
Wintzfelden ; 2° des fragments du calcaire jurassique , entre autres 
diverses variétés (Poolite, de molasse marine , déposées entre Rouffach 
et Westhalden ; 3° un grand individu parfaitement conservé de VOstrea 
Collinii de la molasse analogue , provenant de Stetten près Loerach , 
grand-duché de Bade ; 4° un groupe de cristaux de spath calcaire 
de Badenweiler , puis des jaspes tantôt rubanés , tantôt à cassure 
conique avec fbraminifères fossiles microscopiques , accompagnant le 
minerai en grains d’Augger, également sur la rive droite dn Rhin; 
5° une série des calcaires d’eau douce, soit avec silex , de Rie- 
desheim , soit avec plantes fossiles , de Mulhouse , ou bien avec 
Pseudomorphe de fer sulfuré changé en limonite, de Didesheim, 
comme aussi des gypses fibreux et en rognon de cette même for- 
mation , provenant de Lumschwiller et Zimersheim ; 6° de grandes 
concrétions du Lehm de Brunstadt , dont la pâte de l’un d*eux est 
remplie de débris de coquilles ; enfin une tranche d’un tronc d'ar- 
bre (chêne?) , passée à l’état de lignite et recueillie dans les en- 
virons du lac de Zurich en Suisse. 

La carte publiée l’année dernière par notre collègue M. Hogard 
sur les terrains superficiels , a dû ramener les recherches de dos 
géologues vers les formations modernes, tant elles sont importantes 
k être bien connues , et c’est à les étudier de plus en plus qu’il 
faut s’appliquer ; aussi M. de Billy leur accorde une attention toute 
particulière dans son travail minéralogico-géologique sur le départe- 
ment des Vosges. 11 vient de déposer au musée des échantillons 
d’un calcaire tertiaire à lymnées, calcaire caverneux tertiaire ob- 
servé au sud de Charmes. Deux petits dépôts de ce terrain, qui 
avaient jusqu’alors échappé aux recherches de nos géologues, sont 
placés sur la rive gauche du ruisseau qui coule du village de Vin- 
cey vers la Moselle, à 4 ou 500 mètres de ce village, au bas 


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DE LA SOCltT t D ÉMÜLATIOH. 


85 


de l’escmpemeot des marnes irisées do muschdkalk , par con- 
séquent en plaine dans la vallée de la Moselle. Ce calcaire re- 
pose sur une assise de musehelkalk boursouflé , comme on en voit 
dans plusieurs localités du département. Les têts de coquilles y sont 
aases mal conservés , toutefois M. de Billy les rapporte plutôt aux 
lymnées qu’aux paludines. Afin de diriger plus sûrement nos re- 
cherches sur les dépôts modernes, nous dirons que M. de Billy 
reconnaît 3 sortes de diluvium dans les Vosges : le 1 er appartient 
au granité, se trouve abondamment autour de Gerardmer, et res- 
semble parfois, aux moraines, ayant pu être pris pour ces dernières ; 
le 3» est Armé exclusivement par le grès vosgien , offrant des sa- 
bles qui renferment de grands fragments de ce grès ; on l’exploite 
pour eu extraire ces fragments ; il abonde autour de S<-Dié où il 
occupe un grand plateau sur la rive droite de la Faye près de 
FrapeUe; le 3® est un dépôt argileux qui devient plus important 
encore h connaître que le précédent , d’abord en ce qu’il fournit 
h F industrie des matériaux pour poterie et briquetage , ensuite en 
ce que la végétation et la culture doivent offrir ici des différences 
que l'on sait , ou que l’on saura utiliser. Ce diluvium argileux est 
répandu abondamment sur les grès bigarrés et les marnes irisées. 
Ces dépôts modernes n’avaient pas échappé à nos géologues (1) ; 
mais il fout les rechercher , en tracer de plus en plus rigoureu- 
sement les limites , comme s’applique à le frire l’habile ingénieur 
qui a bien voulu se charger de la carte du département. 

Et poûr ne pas oublier ce que nous avons à enregistrer parmi 
les formations détritiques ou du groupe moderne, nous ajou- 
terons que le D 1 * Lamoureux a envoyé un conglomérat silico-fer- 
rugineux , encrôutant des chênes convertis en lignite, épars dans 


(1) IL Hogard, Statistique des Vosges , p. 78, dit judicieusement : 
c Les lits d’argils indiquent les moments de calme et de repos , dont il y 
a lien d’estimer que la darde a été d’autant plus grande que la paissance 
de ces lits est plus considérable , et quant aux dépôts formés principalement 
de sable et de gravier , on y reconnaît des ondulations et des interruptions 
absolument semblables à celles que présentent les couches du grès rouge 
et du grès vosgien. » 


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AA RALES 


le sable et le gravier d’allavioa de la piston de Natocy, rive gaeche 
de la Meurtlie. Ce morceaii , aussi curieux qu’instinctif , a été 
placé dans nos collections h côté de celai du minerai de fier de la 
forêt de Bienwald , que bous avons obtenu , l’année dernière , de 
l’obligeance de M. Daubrée, ingénieur des mines, h raison que le 
phénomène qui a dû donner lieu au conglomérat de Nancy s’o* 
père , selon M. Daubrée , d’une manière analogue k celui qui pro- 
duit l’oxide de fer dans les marais ( 4 ). 

Nous avons aussi placé parmi les rûebes basaltiques de la côté 
d'Essey et des champs de Bédon près Hadigtiy, canton de Cbktel, 
un basalte observé par notre Collègue M. Hogard , dans la Com- 
mune de Zfncotirt, même canton (2). Cette découverte d’uûe localité 
nouvelle est importante , en ce que le basalte rencontré autour de Ha* 
diguy , répandu et roulé k la surface du sol , pouvait être considéré 
comme provenant de la côte d’Essey , tandis qn’k Zincourt il forme Un 
massif qui traverse le muschelkalk et affleure le sol. M. Levadlois, 
ingénieur en chef des mines des départements de la Meurthe et de 
la Moselle , vient dé publier ses Observations sur la roche ignèè 
d’Essey^la-Côte (3), dont le résumé est : 4° qué la roche nôirc 


(4) M. Daubrée , dans un mémoire intitulé : Recherches sur la forma* 
tion journalière du minerài de fer des marais et des lacs , inséré dans 
les Annales des mines pour 1846 , mémoire auquel la société hollan- 
daise des sciences de Harlem a décerné une médaille d’or, a traité son 
sujet de main de maître. Il y démontre que la précipitation de l’oxide 
de fer continue k se faire journellement k la surface des continents 
avec une abondance telle , qu’il en résulte des gîtes exploitables. Les grès 
vosgien et bigarré offrent , tout autour de la chaîne , des eaux ferru- 
gineuses qui ont eette origine , et qui , venant k former des ruisseaux et 
des marais , y dépqpent le minerai de fer. En outre, M. Daubrée rap- 
pelle < que , dans beaucoup de régions de l’Europe , les sables et gra- 
viers des allùvioné anciennes sont Cimentés çk et lk par des veines , où 
deè rognons d’ôxidé de fer , dont le dépôt , quoiqu’anjoard’hui arrêté , est 
k rapprocher du minerai des marais. > 

(2) Statistiqüe des t^dsges, p. 428. 

(3) Mémoires de la société royale des sciences , lettres et arts 
de Nancy , 1846. 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 


87 


d*Emey a été produite par la voie ignée ; 2° qu'elle fait partie d'un 
drke de trapp ou de basalte , injecté à travers le terrain stratifié 

jusqu'au grès infra-liasique inclusivement ; 3° enfin , que la côte 
d'Essey n’est point un ancien volcan. Ce troisième chef du résumé 
de M. Eevallois pourrait faire croire que notre vieil ami, le 
l> r f.aillardot , se serait trompé en attribuant à un ancien volcan 
le basalte de la cèle d’Essey , et pourrait jeter quelque défaveur 
sur son mérite. Toutefois nous ne pensons pas que telle a pu être 
l'intention du savant ingénieur , qui a été souvent à même d'ap- 
precier les connaissances très-étendues en histoire uaturelle du 
1K Gaillardol. D’ailleurs on aurait aujourd'hui fort mauvaise grâce 
de chercher querelle aux hommes qui attribuaient , il y a 30 à 
40 ans , l'origine des basaltes h d’anciens volcans. A l’époque 
(181 K) (I) où le I) r Gaillardol publia sa notice sur la côte d’Essey, 
on n'avait point encore établi de distinction entre les groupes pv- 
roides des terrains plutoniques ; on se contentait assez générale- 
ment de confondre les dépôts basaltiques et trachytiqucs avec le 
dépôt volcanique tel qn'on l’entend aujourd’hui , et cela d’autant 
plus aisément que ces dépôts se trouvaient le plus ordinairement 
dans le voisinage les uns des autres , et qu'ils sont , comme le 
remarque M. d’Omalius d’Halloy , très-souveut difficiles à distinguer; 
« aussi , ajoute ce célèbre géologiste , cette distinction doit-elle se 
faire par un ensemble de circonstances , plutôt que par des carac- 
tères positifs (2). » D’un autre côté, ayant eu occasion de nous 
entretenir de la côte d’Essey avec M. de Billy, il nous a assuré 
avoir reconnu dans les basaltes de la côte d’Essey , une ressem- 
blance parfaite avec ceux de la montagne de Gergovia en Auver- 
gne : l’action du basalte sur le grès du lias et les marnes irisées 
passant à l’état de roches fritées , ou même en complète fusion , 
comme cela se voit encore à Gergovia , où l’ou rencontre des quartz 
rMnMes qui ont éprouvé les diverses altérations dont il vient d'être 


(4) Précis des travaux de la société royale des sciences , lettres , 
arts et agriculture de Nancy , fendant les années 4846 — 4818 , p. 
53 et ralv. 

( 2 ) Eléments de géologie ; 3* édit. p. 523. 


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88 


ANNALES 


question. Cette identité de la roche d’Essey avec celle de Ger- 
govia , nous fait regretter que M. Levallois n’ait pas cru devoir 
se prononcer affirmativement sur sa nature basaltique ou trappéenne. 
Le D r Gaillardot y a reconnu du péridot : des fouilles faites autour 
du mamelon, dans le voisinage de la roche noire , ont fourni des 
prismes basaltiques bien dessinés, dont les plus parfaits sont con- 
servés dans le cabinet du D r Gaillardot à Lunéville , que sa digne 
et respectable veuve s’empresserait de faire voir aux personnes qui 
pourraient le désirer, et nous-même, nous avons déposé de ces 
prismes au musée vosgien. D’après cela , la question du basalte ou 
du trapp semblait pouvoir se résoudre en faveur du premier , et 
la notice de 1818, publiée par le D* Gaillardot, n’aurait encore 
rien perdu du vif intérêt qu’elle excita alors dans le monde savant , 
et resterait même ce que nous aurions de plus positif sur l’origine et 
la nature de la roche noire d’Essey , dont M. Hogard vient de dé- 
couvrir l’analogue , sous forme de dyke ou d’amas , dans l’étendue 
du département des Vosges , à Zincourt. 

Nous aurions , Messieurs , à vous entretenir d’un grand nombre 
de roches et de fossiles , obtenus pour être déposés dans la ga- 
lerie d’histoire naturelle de notre musée ; d’abord de M. Requien 
d’Avignon , pour les départements méridionaux de la France , en- 
suite de M. Dey, d’Auxerre , pour le département de l’Yonne, en- 
fin de M. le D r Thiberge, pour la H te -Marne. Mais il uous serait 
impossible maintenant d’en fournir l’inventaire méthodique , n’ayant 
pu encore nous livrer convenablement à leur étude . Nous espérons 
pouvoir l’entreprendre incessamment , afin de vous en rendre un 
compte fidèle dans notre premier rapport. Nous ne pouvons qu’a- 
dresser ici nos remercîments aux généreux donateurs. Aujourd’hui 
nous avons , Messieurs , à vous faire connaître les importantes 
richesses minéralogiques que nous devons aux soins empressés 
de M. de Billy, qui a bien voulu solliciter, près M. le sous-secré- 
taire d’Etat au ministère des travaux publics , comme nous l’an- 
noncions l’année dernière , qu’il fût accofdé au département des 
Vosges une collection de minéraux choisis parmi les doubles de 
l’école royale des mines. Ce sont MM. les administrateurs et 
professeurs de cette école qui ont fait ce choix, en appliquant 


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DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION. 


à chaque feore, à chaque espèce ou variété , la nomenclature 
rigoureuse sous laquelle ces objets sont désignés en minéralogie. 
Cette dernière particularité , à elle seule , donne k celle collec- 
tioo on prix infini. Disons d’abord qu’elle se compose de 320 
morceaux différents , dans un état parfait de conservation et d’un 
choix extrêmement instructif , avec désignation des diverses sub- 
stances qui entrent dans chaque échantillon. Nous allons les énu- 
mérer en suivant, k peu de chose près , les n<* d’ordre du catalogue 
annexé à ces minéraux , et en nous contentant toutefois de transcrire 
les noms avec l'indication des localités d’où ils proviennent. 

On y trouve huit Agates rubanées et herborisées d’Oberstein 
(Vosges intérieures) ; dix Grenats grossulaires et alamandins des Py- 
rénées , du Piémont , des Grisons , de la Bohême , des monts Ou- 
rals et de l’état de Maryland ; sept Idocrases , dont quatre du Vé- 
suve , deux de la vallée d'Ala en Piémont , et une d’Egerau en 
Tyrol ; cktq Axinites , tant de l’Isère et des Pyrénées , que de la 
Saxe el d’Areudal en Norwège ; six Epidotes du Dauphiné , du 
Piémont et de la Carinthie ; quatre Wernerites de Fassa en Tyrol ■ 
de Norwège, de l’Amérique du nord; deux morceaux très-riches 
de Lasulite des environs du lac Baikal en Sibérie ; trois Haüynes 
bleues des bords du Rhin ; des Amphigènes du Vésuve; des Anal- 
cymesdu Tyrol; cinq Mésotypes du Puy-de-Dême, des Iles Féroé, 
et du Hohentwid dans le Wurtemberg ; des Chabasies cristal- 
lisées de Bohème , d’Irlande , et des îles Féroé ; la Stilbite du 
Hartz ; vingt-deux Feldspath , Orthose , Albite , Labrador , origi- 
naires des Alpes helvétiques et françaises , de Bohême , des monts 
Ourals et de l’tle St-Paul (Labrador); l’Obsidienne noire vitreuse 
des Cordillères ; l’Harmotéme en cristaux prismatiques d’Oberstein , 
et celle cruciforme du Hartz ; la Cordiérite blanc-aven turinée de 
Norwège , et la bleue foncée avec Grenat alamandin d’Espagne ; 
deux Staurotides du Morbihan ; le Disthène en cristaux prismati- 
ques du St-Gothard ; douze Tourmalines de Bretagne, des Pyré- 
nées , de la Corse , de l’Ue d'Elbe , des États - Unis et de la Si- 
bérie ; douze Micas du Vésuve , de Moravie , de Suède , des 
États-Unis et de la côte de Coromandel ; l’Andalousite grise mi- 
cacée d’Ascou ( Landes ) et des Pyrénées; les Macles de Bretagne 


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ÀIWAtES 


et des Pyrénées ; des Zircons , des Corindons harmophanes , 
rouges , blancs de l’Inde ; le Péridol du Cantal ; la Chlorite hexa- 
gonale du Simplon ; les Talcs du S^Gothard , de Bayreuht , de 
Suède ; la Magnésie carbonalée et sulfatée d’Angleterre ; le Dial- 
lage métalloïde de Ganès ( Italie ) , de l’tle de Cuba , le Diallage 
vert (Smaragdite) de Montmartre; l’Hyperstène des Alpes et des 
Etats-Unis ; douze échantillons de Pyroxène ( Augite et Diopside ) 
du Cantal , de Suède , de la vallée d’Ala en Piémont , et de Sabla 
en Suède; neuf échantillons d’ Amphibole, Actinote, Trémolite, Horn- 
blende, du Tyrol, de Bohême , de Norwège et Sibérie; des Gra- 
phites de Sibérie ; le Soufre jaune cristallisé dans une lave du Mont- 
Dore (Auvergne) , le Soufre jaune en masse et cristallisé de Vulcano ; 
l’Arsenic sulfuré jaune d’Espagne et d’Amériqne , et sulfuré rouge 
du St-Gothard ; le Molybdène sulfuré lamelleux de Brunswiek (Etats- 
Unis ) ; trois morceaux de Titane oxidé de S l -Yrieix ( HMTienne) , 
du Tyrol , du Piémont , et trois autres de Titane silico-cal- 
caire de Norwège ; l’Urane phosphaté vert cuivreux ( Chalkolite ) 
de Cornouailles , l’Urane phosphaté jaune calcaire ( Uranite ) des 
environs d’Autun ; plusieurs espèces de Manganèse : 1° carbonaté 
rose d’Angleterre et d’Allemagne , 2° silicaté do Piémont , 3° sul- 
furé rouge du S*-Gothard , 4° sulfuré gris du Hartz , oxigéné 
hydraté (Aoerdèse) métalloïde de Sens (comté de Foîx) et de Fran- 
conie , 6° oxidé noir terreux ( Psilomélane ) de Ramanèche ( Saône- 
et-Loire ) , 7° enfin , oxidé noir en masse compacte métalloïde , 
du golfe Spezzia (Gênes) ; le Cobalt arsenical des Pyrénées 
espagnoles , l’Antimoine natif lamellaire de Ghalanches ( Alpes ) , 
sulfuré de Bohême , oxi -sulfuré (Kermès) de Sienne (Toscane); 
le Bismuth sulfuré métalloïde de Talca (Chili); quatre Calamines 
(Zinc carbonaté) de Limbourg, de Daourie et du Derbyshire; le 
Zinc silicaté de Liège (Belgique), le Zinc sulfuré (Blende) sans 
indication de localité. 

Les métaux ductiles tels que : fer , plomb , cuivre et platine , 
sont aussi abondants dans cet envoi ; on y voit le 1er catbo- 
naté spath ique , brun jaunâtre, cristallisé en masse, de l’Isère, en 
cristaux d’Amérique , glanduleux de Siegen en Westpbaiie ; le fer 
carbonaté lithoïde phosphaté de Bodenmaïs en Bavière et de 


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DE LA SOCIÉTÉ D*ÉMULATION. 


91 


New-Jersey ( Etats-Unis) ; le fer oxidulé du Piémont ; les plombs 
carbonatés du Finistère, des bords du Rhin , du Hartz ; les plombs 
phosphatés du Finistère et de la Saxe ; les plombs arseniatés de 
\ Sibérie ; les cuivres carbonatés bleus de Cbessy ( Rhône ) , de Hon- 

I frie , du Mexique ; le cuivre carbonaté vert de Sibérie , arseniaté 

de Cornouailles ; le platine natif de Sibérie , avec du sable de platiné 
de la même localité. 

Parmi les morceaux plus particulièrement choisis pour repré- 
senter des roches , existent des laves de l'Etna , des Iles Milo , 
Tenériffe et Bourbon : des cendres argileuses du Vésuve; le Tuf 
poueeux grisâtre des environs de Rome; l'Obsidienne des Canaries ; 
le Pcclisfein vitreux , la Chaux carbonatée spathiqoe d’Islande ; 
la Crauw.oke de Bohème; le Grenat résinoïde ( Colophonite ) d'A- 
rendal ; l'Fuphotide composée de diallage d’un beau vert émeraude 
Smaragdite et de Feldspath blanc , échantillon poli sur Tune 
de ses faces , de manière à faire ressortir la beauté de cette ro- 
che que l'on tire de la Corse; les Micaschistes de l'Amérique, 
d’F.ms aux bords du Rhin et des Alpes ; les roches talqueuses du 
mont Nero près Livourne , du St-Gothard , de Cherbourg ; les 
Schistes talqueux des monts Ferrets (Alpes); les roches sefpeü- 
tineuses vertes de Suède et des Alpes ; une plaque polie de Ser- 
i pentine verte du Piémont ; les Gneiss du Simplon ; le Feldspath 

glanduleux de Corse , le Feldspath pétro -siliceux compacte de la 
montagne de Fertuis 1 laute- Loire ) , du Mont-Blanc; le Porphyre 
pétro- siliceux violet de Morlaix (Bretagne); celui h pâte grise 
feldspathiquc avec cristaux blancs de feldspath de Suède; une Syé- 
nite sans désignation d’origine ; le Porphyre syénitique de Meissen 
en Saxe ; la Diorite de Suède , la Protogyne (Granité talqueux) 
de Lyon ; les Pegmatiles de Helsingfors en Suède , d'Autun ; en- 
fin plusieurs Granités de la Saxe. 

Après cette énumération du magnifique don de l'école royale 
des mines , qui excite au plus haut point notre reconnaissance , 
doqs pourrions clore la liste des accroissements minéralogiques 
pendant l'année 1846. Toutefois noos ne pouvons passer sous si- 
lence d'autres cadeaux d'anciens et de nouveaux donateurs : M. 
Requien a partagé avec le ' musée vosgien un métal bien rare , 


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92 


ANNALES 


le cuivre natif et le cuivre oxidulé de Coraco (Bolivie) ; M. le D* 
Godron a adressé plusieurs morceaux de la gangue qui enveloppe 
les mines de mercure du duché de Deux - Ponts ( Vosges, in- 
férieures) , substance minérale qui manquait encore dans les col- 
lections du musée. En divisant avec le marteau les morceaux de 
cette gangue , pour obtenir des cassures fraîches où se verraient 
bien mieux le mercure sulfuré et les globules de mercure coulant 
dont elle est remplie , nous avons pu réunir 30 à 40 grammes 
de ce métal coulant, qui ont été renfermés dans une fiole 
mise à côté des échantillons placés dans la collection minéralo- 
gique , en même temps que nous réservions de grands fragments 
de cette gangue , qui ressemble h ce que nous nommions eurite 
porphyroïde terreux , pour la collection des roches du terrain des 
grès rouges. 

Le musée vosgien est déjà bien approvisionné en mines de fer 
du gisement de Framont et de Rothau , et malgré cela , M. Lamy , 
curé de cette derniere commune, vient encore de l'embellir de 
superbes morceaux , sous forme de géodes , de stalactites » de cris- 
tallisations, obtenus d’anciens mineurs. Ces morceaux ont été choisis 
parmi les variétés de fer oligiste , oxidé , hydroxidé de diaux 
carbonatée avec sa combinaison ferrifère , d'arragonite , de baryte , 
de grenat , d'épidote , etc,. , etc. Ensorte que cette si importante 
localité du département sera bientôt représentée au musée 
vosgien par tout ce qu'elle ojftre aux naturalistes de plus in- 
téressant. 

C’est encore dans le règne minéral qu'il faut placer le Guano , 
puisque cette substance est un urate de chaux . Notre collègue , 
M. Ernest Puton, nous a donné un flacon rempli de cet engrais 
amassé sur les côtes du Pérou, substance qui, depuis quelques 
années, a été transportée d'Amérique en Europe pour fertiliser 
certaines terres. Sa composition chimique est analogue à celle de 
la fiente des oiseaux , et il parait qu'elle est le résultat de l'ac- 
cumulation des excréments d'une multitude innombrable d'oiseaux , 
surtout de hérons et de Ranimants , par lesquels sont habitées 
les diverses îles où se trouve en grande quantité le guano , dont 
on rencontre les dépôts, de \ 5 à 20 mètres d'épaisseur, sur une 


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93 


DE LA SOCIÉTÉ D’ ÉMULATION. 

étendue de plusieurs kilomètres. M. Pu ton s ajouté au guano 
du Kaolin des Pieux (Manche), qui est une des meilleures terres 
h porcelaine , un feldspath décomposé analogue au Kaolin de S l - 
Yrieix, et bien différent par sa composition chimique ( 1 ) de cette 
roche blanche du Val-d’Ajol, désignée h tort sous le nom de 
kaolin (2 ) , puisqu'elle n'est qu’une argile endurcie. 

BOTANIQUE. 

Les herbiers du musée vosgien n’ont pas été oubliés en 1846; 
celui du département a encore obtenu quelques augmentations. 
M. C. Billot a observé dans les champs de luzerne, autour de 
Rambervillers , le Melilotus parviflora Desf. ( introduit probablement 
dans cette contrée arec les semences de luzerne tirées du midi 
de la France) , espèce de légumineuse qu'il ne faut pas craindre 
de voir se multiplier dans nos champs d'herbes à fourrage ; mais 
avec ce mélilot utile, M. Billot a trouvé une Cuscute nouvelle 
pour la flore vosgienne , le Cuscuta hassiaca Koch, qui dévaste 
ees mêmes champs de luzerne , qui devient ainsi une fort mau- 
vaise acquisition, en ce que cette plante parasite détruit les pieds 
de luzerne qu'elle étreint par ses tiges filamenteuses. Nous avons 
aussi déposé, dans l'herbier cryptogamique des Vosges , un autre 
ennemi de nos luzernières, le Rhizoctonia medicaginis D. C., sorte 


(1) Voici approximativement la composition chimique du Kaolin des 
Pieux. 


Silice 

... 50, 0 

Alumine 

. . 25 0 

Potasse . . . . 

... 2,0 

Magnésie 

. . 0,7 

Chaux .... 

. . . . 5, 0 

Oxide de fer . • . 

o 

00 

Eau 

. . . . 9, 0 




J ÊsmaUs de la Société ét Emulation des Vosges , t. 5 , p. 129. 


(2) Autant noua mettons de soins à connaître les productions du sol 
vosgien qui peuvent servir à l'industrie , autant nous devons en ap- 
porter à faire disparaître les erreurs que nous avons pu commettre dans 
ees indications. La substance du Val-d'Ajol n'est ni un kaolin ni un 
petunsé, et ne peut remplacer ces substances dans la fabrication de la 
porcelaine. 


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94 


ANNALES 


de Mycélium nématoïde d’un champignon , qui s’attache par ses 
filaments très-tenus aux racines des luzernes , et fait périr les plan- 
tes (1). Ce dégât est parfaitement connu de notre sagace agronome, 
M. Buffet , membre du conseil général , qui a eu l’obligeance de 
nous procurer des racines de luzerne attaquées par le rhizoctooe. 
Reste à faire quelques expériences , capables de conduire à des 
moyens d’empécher le retour et la propagation des végétaux nui- 
sibles dont nous venons de parler. 

L’herbier général reçoit d’année k autre plus de développements, 
et les plantes y sont disposées , comme nous l’avons déjk annoncé , 
selon le grand ouvrage de de Candolle , intitulé : Prodronm 
syslematis naluralis regni vegetabilis , dont les volumes paraissent 
trop lentement. A mesure de la publication de ces volumes , l’her- 
bier général est étiqueté et classé selon la méthode du grand 
botaniste , et les recherches y deviennent faciles. M. le I^Godrop 
l’a augmenté des plantes amassées pendant ses herborisations laites 
dans le midi de la France et des Pyrénées ; M. Requien, d’espèces 
du département de Vaucluse ; M. Buchinger , de plantes de la 
Guyane et de la Nouvelle-Hollande ; nous-méme , d’un très-grand 
nombre de phanérogames de diverses contrées du globe , de nos 
herborisations dans le Jura , entreprises au mois de juillet de cette 
année , ou de nos récoltes dans les jardins de MM. Vaucher et 
Baumann à Mulhouse. Nous avons aussi songé aux fougères cullir 
vées dans ces jardins > auxquelles nous avons ajouté des espèce» 
spontanées des régions intertropicales, où se plaisent plus particu- 
lièrement ces plantes. Quelques fruits sont encore venus étendre 
la collection carpologique , entre autres, celui de l’ananas cultivé 
dans les serres des jardins des Vosges ; et M. Baumann nous a dûpné 
celui d’une nouvelle espèce de palmier du genre Âttalea, ainsi que 
le grand légume du Cassia brasiliana de l’Amérique méridiwtfje. 

Faisons aussi mention des élégantes algues marines préparées avec 
tant de soin par M. Lenormand , qu’il vient encore d’ajouter a la 
magnifique collection de ces végétaux que nous lui devons déjk ; ci- 
tons en outre la nouvelle série des algues d’eau douce envoyée par 

(1) Voyez Statistique des Vosges , tome i, p. 285. 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 95 

N. de Brebiseoo , celle des Diatomées ei Desmidiées par H. Le Bailly, 
el nous donnerons par ces mentions une idée de l’importance qu’ac- 
quiert annuellement la partie de l’herbier général du musée vosgieo , 
poqr les plantes cryptogames. 

SOOLOG1E. • 

M. Schimper, conservateur du musée d’histoire naturelle de Stras- 
bourg , nous a procuré deux individus du Phoque & croissant 
( Pkoca grmdandica Mull. Calocephalus grœnlandicus Fr. Cuv. ) 
des mers du nord , l’un adulte , l’autre jeune , avec le squelette 
complet el monté de cet amphibie , que l’iotrépide et profond [na- 
turaliste , auquel le musée vosgien est déjà tant redevable , avait 
rapporté de son voyage eu Scandioavie. Ces trois pièces sont d’une 
bonne conservation , et agrandissent nos collections zoologiques 
d'êtres étrangers à nos contrées , mais qu’il est si utile de con- 
naître , à raison de la place importante qu’ils occupent dans la 
série des animaux. La tète des phoques ressemble à celle d’un 
chien dont on aurait retranché les oreilles, et ils en ont aussi , dit-on , 
l'intelligence et le regard doux et expressif, en sorte qu’on 
tes apprivoise très-aisément, et qu’ils s'attachent bien vite à ceux 
qui les nourrissent. Ces animaux ont les pieds si courts et telle- 
ment enveloppés dans la peau , qu’ils ne peuvent , sur terre , leur 
servir qu’à ramper ; comme les intervalles des doigts y sont rem* 
plis par des membranes , ce sont des rames excellentes -, aussi les 
phoques passent-ils la phis grande partie de leur vie dans la mer , 
et ne viennent à terre que pour se reposer au soleil et allaiter leurs 
petits. Leur corps allongé, leur épine dorsale très-mobile et pourvue 
de muscles qui la fléchissent avec force, leur bassin étroit, leur poil 
ras et serré contre la peau , se réunissent pour en faire de bons 
nageurs. Us ne vivent que de poissons et mangent toujours dans 
l’eau ( 1 ). Les phoques oe sont nulle part en si grand nombre et 
réunis en troupeaux immenses , qu’aux rivages des mers polaires 
et au milieu des glaces. On en rencontre aussi dans les autres mers ; 


(I) Voyet Civicr. Le règne animal , tome 1, p. 163 et mît. 


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ANNALES 


mais alors ce sont des espèces solitaires et rarement réunies en nombre 
un peu considérable. Us sont chassés par les pêcheurs, pour 
leur graisse huileuse utilisée dans les arts, et qui sert aussi de 
nourriture aux peuples des contrées voisines des mers qu’habitent 
ces amphibies, dont la fourrure douce et fournie sert encore h 
ces derniers de vêtements , et à beaucoup d'autres usages. 

M. Braconnot , concierge au musée , a continué k monter avec 
progrès bien évident plusieurs animaux vertébrés , entre autres une 
belette et un rat noir, donnés par M. Leclerc , d’Épinal ; des mulot, 
rat champêtre , rat d’eau , écureuil ; des oiseaux , tels que traquel , 
fauvette , lavandière , cigogne , goélands , canards , etc. ; ensorte 
qu’à mesure que M. Braconnot s’exercera dans l’art d’embaumer les 
animaux et à leur donner la pose naturelle , il parviendra à une per- 
fection qui , certes , laissera peu k désirer. 

Ayant acquis en partie la collection des têts de mollusques ter- 
restres et fluviatiles , formée par le D* Muhlenbeck , nous avons pu 
les partager, et déposer au musée vosgien les têts d'un grand 
nombre d’espèces des genres Hélix, Vitrina , Clausüia , Pupa, 
Bulimus , Cyelotloma , Succinea , Planorbù , Physa , Paludina, 
Âncillus, etc., etc. Nous avons aussi ajouté k ces espèces indigènes 
en Lorraine , en Alsace et en Suisse , 1° le Tichogonia Chemnitzii 
Rossm. ( Mytilus Wolgœ Chemn.) de la rivière Havel près de Post- 
dam. Ce genre de bivalve très-curieux habite aussi la Tamise k 
Londres, où il est connu sous le nom de Dreisena . On le re- 
trouve dans les grands fleuves de l’Allemagne , les marais de la 
Hongrie , où il se fixe , au moyen de son byssus , aux roseaux et 
autres plantes aquatiques ; 2° , quelques moules de l’Amérique du 
nord, dont les coquilles sont si remarquables par leur épaisseur 
considérable, entr’autres les Unio obliqua, cylindrica , alata , 
purpurescens . 

Le travail monographique dont M. E. Puton vient d’enrichir la 
Statistique du département , nous fournit , sur les mollusques de la 
Lorraine et de l’Alsace , que nous connaissions assez incomplète- 
ment il y a quelques années encore , les détails les plus certains , 
les plus attrayants , et met ainsi la malacologie des Vosges au rang 
des branches de l’histoire naturelle les plus avancées parmi nous. 


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de la société d’émulation. 97 

Nous venuos de dire que nous avions placé de ces espèces de co- 
buiUes dans la collection du musée , nous aurons soin d’y réunir 
toutes les formes qui ne s’y trouveraient pas encore. M. Pu ton 
nous a promis son concours efficace pour y arriver. 

Les collections de lépidoptères et coléoptères habitant notre dépar- 
lement se sont encore accrues <le quelques espèces ; pour ceux-ci , il 
y a peu désormais à ajouter, mais il n’en est pas de même pour 
1rs «*spè< » - méridionales .Antiques, qui forment l’appendice obligé 
de nos collections. 

M. Billot, qui sait faire marcher de front la botanique et fento- 
mologie, n’a pas plus oublié le musée vosgien pour les insectes que 
pour les plantes ; nous lui de vons de curieux coléoptères provenant 
de nos possessions d’Afrique , les Cetonia marginata et interrupta * 
Anlhia sulcata , Trox pcrlata , Diplognata Gagates, Euryope qua- 
drimaculata , Ceroplesis æstuans, Pimeiia senegalensis , Dices ar- 
(I -ntata et Brachyscelis granulosa. 

Je crains , Messieurs , de vous paraître bien téméraire , en venant 
chaque année vous entretenir des augmentations de la galerie 
d’histoire naturelle du musée vosgien , où je m’enhardis à vous 
parler des diverses brandies de cette vaste sciencé , au point 
d’oublier parfois le sage précepte d’Horace: 

Hmili materiam retint, <gai teribitit , aqnam 

riribat, 

Main le besoin que j’éprouve de répandre parmi mes conci- 
toyens le goût . de ces études 9 à raison des avantages qui en ré- 
sultent , méritera , j’ose l’espérer , votre indulgence et deviendra 
mon excuse. 


7 


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StŒGîrt ,.k 

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98 


ANNALES 


» 

« 


DES 

COLLECTIONS DD MUSEE DEPARTEMENTAL, 

Par M. Jüles LAURENT, directeur, 

MEMBRE TITULAIRE. 


Messieurs , 

Les collections du Mnsée départemental se sont encore accrues 
pendant l’année qui vient de s'écouler, et comme antérieurement, 
ces accroissements sont dus à des achats, à des échanges de doubles, 
ainsi qu’à des dons faits par des particuliers et le Gouvernement. 

Nous ne vous parlerons que très - succinctement , Messieurs, 
des augmentations de la galerie d'histoire naturelle * M. le docteur 
Mougeot , membre du Conseil général, qui s'occupe avec tant d’ardeur 
de notre Musée, ayant bien voulu se charger encore cette année 
d'en faire un compter endu très-détaillé. Nous vous dirons seu- 
lement qu’à la demande de MM. le vicomte Siméon, député des 
Vosges , et de Billy, ingénieur en chef des mines , M. le Ministre 
des travaux publics vient de nous envoyer une collection miné- 
ralogique composée de trois cent vingt échantillons , classés et éti- 
quetés à l’école royale des mines , et choisis de manière à ne pas 


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99 


DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 

fertaer double emploi arec ce que le Musée possédait déjà. Noos 
ajouterons que U collection géologique , l’herbier général ont reçu 

un grand nombre d’échantillons nouveaux , et que nous avons placé 
d;ius iio> \ ■ n i < ivs des oiseaux du pays et des mammifères de là 
disse des rongeurs, montés avec soin par le concierge du Musée dont 
nous devous vous signaler le zèle. 

Différentes localités du département ont fourni à nos collections 
archéologiques un grand nombre d’objets intéressants à divers titres : 
ce sont des armes, des clefs romaines en bronze et en fer, des 
sculptures en pierre du pays , des pierres fines gravées en créas 
.1 do médailles en or, argent et bi onze. 

Sovlosse , l’ancien vicus gaulois de Solimariaea , nous a donné 
un bas-relief gallo-romain curieux, des clefs, des médailles; et 
l'ancienne cité romaine de Grand une Pallas en bas-relief, ainsi 
qu’une statuette de l'amitié représentée sous les traits d'une jeune 
femme enveloppée de draperies gracieuses et la main gauche appuyée 
sur le cœur. Au milieu d’objets de tous genres recueillis dans cette 
localité , nous vous citerons , Messieurs , une plaque votive eû 
brooae, portant pour inscription fidelis Silvani libertm Âpoltim: 
V. S. L. M. (volura solvit libens merito) , donnée à notre Musée par 
M. Tulpain fils, membre du Conseil général, et une lampe en bronze 
d’une belle conservation , k laquelle les chaînes destinées à là 
supporter sont encore attachées; au prolongement de l'une d'elles, est 
le crochet (emunctorium) destiné à tirer la mèche, qui, chose bien 
extraordinaire , s’est encore, après quinze siècles , trouvée au 
milieu d’uue huile passée k l’état de graisse solide. 11 n'existe 
qu'un seul exemple d’un fait semblable , c’est k S labia qu’il s'est 
rencontré , et la lampe, ainsi que la mcchc qu'elle contient, sont 
placées au rang des objets lis plus curieux de l’immense collection 
du Musée de Naples. La mèche de la lampe trouvée k Stabia est 
formée par un faisceau de fil de lin , la nôtre est un tissu du même 
fil. Mais la plus belle acquisition que nous ayons faite cette année 
eat, sans contredit, celle des dix-sept magnifiques médailles d’or 
du haut empire , trouvées k Grand au mois de septembre de l’année 
dernière , peu de jours après que nous avions eu l’honneur de vous 
témoigner le regret de ne pas avoir un fonds spécial tel qu’une 


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100 ANNALES 

trouvaille , quelle que soit son importance , ne pét jamais être perdue 
pour le département. Heureusement, M. le Préfet a pu disposer des 
fonds imprévus du budget de 1845 restés libres, et d’une partie 
de ceux de 1846 , et nous conserver par ce moyen cette précieuse 
découverte. 

Nos collections numismatiques se sont donc enrichies de ces dix- 
sept médailles d’or aux types de Tibère (1) , Vespasien ( 2 ) , Titus (3) , 
Domitien (3) , Nerva (2) et Trajan (6). 

La première de ces médailles y celle de Tibère , porte au revers 
une femme assise tenant une branche de laurier : »«t deux de 
Vespasien portent , l’une un taureau combattant , l’autre une victoire 
sur un globe, pour rappeler les différentes victoires qu’il avait rem- 
portées. La première , celle au taureau , a été frappée en commé- 
moration des jeux célébrés pour la consécration du temple de la 
Paix , dont on voit encore les ruines imposantes dans le campo rnccino 
autrefois forum romanum . Chacun sait que c'est dans ce temple 
fameux que Vespasien déposa le candélabre aux sept branches et 
les vases d’or sauvés de l’incendie du temple de Jérusalem ; qu’il y 
fit aussi transporter de tous les points de l’empire les chefe-d'esavre 
en peinture et en sculpture. 

Les trois médailles de Titus furent frappées sous le règne de 
Vespasien ; la première lorsqu’en 822 (69 de J.-C.) il fot associé 
h la puissance tribunitienne ; la seconde lorsque Vespasien , après 
avoir accordé les honneurs du triomphe à Titus pour ses victoires 
remportées sur les Juife , ferma le temple de Janus et fit bâtir à 
la Paix celui dont la consécration est rappelée encore par la troi- 
sième médaille de Titus, portant aussi un taureau combattant, et par 
la première de Domitien , ayant au revers une corne d’abondance , 
symbole de la paix. Les deux autres médailles de Domitien ont 
été frappées dans le but de tromper la postérité ; elles célèbrent 
les triomphes de ce prince sur les Germains , tandis qu’il acheta 
la paix de ces barbares. L’une représente l’empereur dans un char 
de triomphe , la seconde une Pallas debout , et sur ces deux mé- 
dailles Domitien prend le surnom de Germanique. 

Après le meurtre de Domitien, les armées romaines suivirent 
l’exemple de la capitale et jurèrent fidélité à Nerva ; c’est ce fait 


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DE LA SOCIÉTÉ D JUtULÀTIOH . 101 

fie l'os a voulu perpétuer par notre belle et rare médaille , qui , 

au revers de la tète de Nerva , porte deux mains jointes avec la 
legeude concordia exerciluum. 

Noire deuxième médaille du même prince rappelle qu’en montait 
sur le trùue il Ut renaître la liberté. 

Parmi Ii>m\ médailles de Trajan, deux sont delà première apnée 
de son règne ; elles représentent, l’une l'abondance , Pautre une femme 
assise sur un amas d’ariues. Celte dernière indique que Tnjan sur- 
vcHktl les mnnmin de l’empire ; en effet , lorsqu'il apprit la mort 
de Nerva , il était à Cologne et ne quitta les frontières qu'à la fin 
de l’année, lorsqu’il fut certain que les peuple de la Germanie 
avaient renoncé aux courses qu’ils s’étaient habitués à faire sous le 
lâche Demi tien. 

La troisième médaille du même Trajan, frappée SOUS son quatrième 
consulat , avant la guerre contre les Daces , est un vœu à Hercule ; 
la quatrième témoigne de la liberté dont on jouissait SOUS son règne , 
la cinquième, sur laquelle l’empereur à cheval \a h apper de son javelot 
un ennemi terrassé, a été frappée après les victoires remportées sur 
le> Laces, lorsque Leecbale , leur roi , poursuivi et cerné de tous 
côtés , se tua pour ne pas tomber vivant entre les mains du vain- 
queur. 

La sixième médaille enfin est en commémoration du bonheur 
que Trajan eut d’échapper à la moj-t pendant le terrible tremble- 
ment de terre qui , en 866 , détruisit presqu’entièrement la ville 
d'Antioche, et fit périr un nombre immense d’habitants et de grands 
personnages venus de tous les points de l'Asie pour honorer l'empereur. 
L'on prétendit alors avoir vu un dieu prendre Trajan par la main 
et l'aider à sortir de son palais qui s’écroulait. Notre médaille repré- 
sente Jupiter Conservateur couvrant Trajan de son manteau; elle 
perte pour légende eonservatori p<Hris patriœ. 

Outre ces dix-sept médailles d’or, nous nous sommes procuré, 
i°une soixantaine de médailles romaines en argent, parmi lesquelles 
se trouvent quelques tètes rares et seize des anciennes familles con- 
sulaires ; 2° quatre-vingts médailles en grand , moyen et petit bronze ; 
3° pour notre suite gauloise , une trentaine de médailles , dont une 
en or, 21 en argent et huit en potin ou bronze. 


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102 


AH 5 A LES 


Nous avons continué à faire tous nos efforts pour compléter notre 
collection de monnaies lorraines, et nous avons été assez heureux 
pour enrichir notre suite ducale de 51 monnaies, parmi lesquelles 
nous vous citerons , Messieurs , des pièces inédites de Jean 1 er et 
Jean II, ainsi que les magnifiques écus d’Antoine , de Charles III et 
de Léopold. 

Les monnaies barroises sont d’une excessive rareté ; cependant 
nous avons eu le bonheur d’en acquérir trois. La prend ère est un 
esterling de Guy, sire de Ligny, la seconde une plaqùe de Godefroy 
de Los , comte de Chmy , vassal , comme les sires de Ligny, des 
comtes de Bar ; la troisième enfin est un pied-fort de l’imitation des 
gros de Philippe de Valois, imitation faite par ordre de lolande 
de Flandre, comtesse de Bar et régente sous la minorité de ses fils 
Edouard II et Robert. Le gros et la plaque de Godefroy sont uni- 
ques et inédits. 

A notre suite des évêques et des chapitres lorrains , nous avons 
ajouté quelques pièces bien rares , remontant aux X e et XI e siècles, 
telles que , un denier de Théodéric I er , évêque de Metz , portant au 
revers Othon (le grand) , empereur, un denier du chapitre de Saint- 
Dié, du X e siècle, et un de celui de Remiremont, du XI e . 

Lors de notre dernier rapport, la suite française était de 244 
monnaies ; nous l’avons portée à 256 , dont huit en or. et le reste 
en argent. 

Outre les monnaies lorraines et françaises , nous avons acquis quel- 
ques grandes médailles en argent et en bronze , intéressantes parce 
qu’elles se rattachent à notre histoire. — Nous ne vous parlons 
pas d’un grand nombre de pièces que nous avons cru devoir 
encore acquérir, quoique des semblables fussent déjà dans notre 
médailliejr : quelques-unes ont remplacé des exemplaires moins 
bien conservés et les autres nous serviront à faire des échanges 
dont, l’année prochaine, nous aurons l’honneur de vous rendre 
compte. — Vous avez dû remarquer , Messieurs , que , dans notre 
rapport , nous ne vous parlions pas d’acquisition de tableaux : 
nos fonds ne nous le permettent pas et cependant le moment 
serait propice , car, dans les ventes publiques , on laisse à vil prix 
fies tableaux d’un vrai mérite , mais qui sont trop grands pour nos 


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m 


DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION • 

habilitions actuelles , ou dont la mode , véritable despote, ne veut 
plus. Ces tableaux , abandonnés maintenant , doivent être recueillis 
dans les musées de province , où plus tard on sera heureux de les 
retrouver. 

Telles sont , Messieurs , les améliorations qu’ont reçues nos col- 
lections depuis votre dernière séance publique ; noos espérons qu’elles 
vous mettront à même d’apprécier tous les efforts que nous avons 
Mis pour répondre à vos idées sur rétablissement que nous avons 
été appelé à diriger. 


tjsêe des personnes f mi, d ep uis le I er septembre 1845, ont fait des 
dons ou Musée départemental . 


MM. 

Le baron as la Bcegirie , Préfet des Vosges : médaille du duc 
d’Orléans. 

Le vicomte Sdiéon , député des Vosges : médailles gauloises. 

Le docteur Mouceot , membre du Conseil général : médailles lor- 
raines, échantillons de minéralogie , géologie, botanique, etc. 
Tolvuh fis , membre du Conseil général : plaque votive antique en 
bronze , médaille romaine. 

Gmnr (Louis) , membre du Conseil général : médailles gauloises en 

argent. 

àoaai, tailleur de pierre à Épinal : monnaie lorraine. 

Bmui» , aux Àrrentés-de-Corcieux : monnaies lorraines. 

Ballaup à Bayecourt : assignats. 

Veuve Monnet à Épinal : assignats et promesses de mandats. 

De Billt, ingénieur en chef des mines : roches des Alpes,, de la 
Savoie et du Valais. 

Boolst (Emile) ù Épinal : étrier en fer du XV« siècle. 

Bossct , procureur du Roi à Neufchàteau : monnaie de Franche 
Comté. 


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104 AU HALÉS 

Bretagne, inspecteur des conlributioos à Épinai : momiâles lor- 
raines. 

Braconnot , concierge du musée : monnaie lorraine, oiseaux et 
mammifères montés par lui. 

Briguel (Auguste) : monnaie de Montbéliard. 

Colnenne , employé à la préfecture : as sig n ats. 

Oegoerre , conseiller de préfecture à Épinai : monnaies de Trêves. 
Derazey, juge à Épinai : monnaie de Besançon, statuette du XV® siècle, 
meule en granité. 

Dachery , maire de Fiménil : bâche antique. 

Duhoux à Chaumouzey : tombes des XII® et XIV® siècles. 

Ferry jeune , avocat à Saint-Dié : monnaies lorraines. 

Fondrevaye , marchand à Épinai : monnaie française. 

Comte de Gastalry à Nancy : monnaies tontines. 

Girardin , pharmacien à Neufch&teau : monnaie française. 

Husson (Charles) à Etival : médaille romaine. 

Jacquot , percepteur à Ville-sur-IUom : monnaie de Soleure. 

Julien à Bayecourt : assignats. 

Larivière , ingénieur des ponts et chaussées à Neufcbàtetu : bijoux et 
armes antiques. 

Laurent (Jules) , directeur du musée : monnaies lorraines. 
Lacaille-Gollin à Mirecourt : insectes d'Amérique. 

Mougeot , percepteur à Épinai : médaille romaine. 

Mareine , conducteur des ponte et chaussées à Remjremout ; échan- 
tillons de la géologie des Vosges. 

Munschina , conservateur des forêts : mors de cheval du XVHf siècle. 
Perron (Charles), architecte à Épinai : monnaie et jeton de. Lorraine. 
Parisot , propriétaire à DeyviMers : monnaie lorraine. 

Requien , administrateur du musée d’Avignon : échantillons de roches 
du département de Vaucluse. 

Sonrier , curé à Saint-Elophe : médaillés romaines , gauloises et 
lorraines. 

La Sœur de l’école de Grand : statuette en ivoire du XIV e sjëçle. 


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DE LA aocrivÉ d'émulation 


105 


«ovtct 


su* 

DM PETITS DEPOTS DE TDF CALCAIRE , 

tlTV*i 


SUE LE TERRITOIRE DE LA ÇOMMUKE DE VINCEY ( Vo«ge*) , 

PAR M. HOGARD, 

MEMBRE TITULAIRE. 


On M’a encore rencontcé, dam le département dn Vosges, an^ 
cm lambeau dp terrain sopercrétaeé qui s*est développé ans pieds 
de la chaîne, à l’est et an sud, dans la vallée du Rhin et dans 
la Hante -Sfctae. 

. U eaiste^siir 4e tarisse de la eommnne.de Vincey, deux petits 
dépi t s d’tm tof calcaire renfermant quelques ooqnilles düa» dance, 
e b s er v és peur la première ibis, dans lé eotorant de cette aonée, 
par M. de Bflly, ingénieur en chef des mines ; les déni échan- 
ÜQons déposés an musée des Vosges sont étiquetés , savoir : 

JS° I. Calcaire tertiaire , 
avec Lymnées ? 
an eud de j Charmes- 


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106 


▲HUALKS 

N° 2. Calcaire caverneux tertiaire , 

recouvert par le calcaire à lymnies ; au sud 
de Charmes (1). ' 

Cependant ces dépôts , que j'ai visités ensuite , non-seulement 
ne semblent pas appartenir aux terrains lacustres de l’époque ter- 
tiaire ; mais ils paraissent même être de formation très-récente ; 
c'est ce que je me propose d'examiner dans cette notice. 

§. 1 . COUP D’OEIL SUB LES CARACTÈRES DE8 TERRAIN8 SUPERCRÉTACÉS 
DE LA HAUTE-SAONE ET DE LA VALLÉE DU RHIN. 

Le terrain tertiaire de la Haute-Saône est un dépôt d’eau douce, 
caractérisé par la présence de débris organiques, analogues à ceux 
qui vivent actuellement dans les eaux douces et stagnantes (2). 

H se compose de plusieurs variétés de calcaires marneux, de 
calcaire siliceux , de marnes avec silex , avec lignite terreux et 
calcaire lamellaire subordonné. H repose sur les calcaires de l’étage 
supérieur de l'oolithe , et quand il est recouvert , c'est par le ter- 
rain diluvien . 

Le bassin dans lequel il est placé est bordé par les formations 
oolithiques : sa longueur est d'environ 36 kilomètres, et sa largeur 
ne dépasse pas 13 kilomètres; il est complètement isolé et ne se 
lie à aucun autre; aussi parait-il difficile de déterminer rigoureu- 
sement sa véritable position dans l'échelle géologique. Cependant, 


(!) An moment oh celte note est mite tous presse , nom lisons dans un 
rapport de M. le doctemr Moegeet (d’eee date postérieure an 2 décembre 
1846, page 84 de oes Armâtes) : < H rient (M. de Billy) de déposer an 
musée des échantillons d’an calcaire tertiaire à Lymnées , observé an sud de 
Charmes. Deuz petits dépôts de ce terrain , qui avaient jusqn’ici échappé 
anz recherches des géologues , sont placés sur la rive gauche dn ruisseau qui 

coule dn village de Yincey vers la Moselle Ce calcaire repose sur 

une assise de muschelkalk boursouflé , comme on en voit dans plusieurs 
localités du département . » 

(2) Thiria. Statistique minéralogique de la Haute-Saône, 1833 , p. 105’, 


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Di LA SOCIÉTÉ D EMULATION. 107 

d'après h nature et la composition de ces roches , les débris or- 
ganiques qu'elles renfermait, il est h présumer que ce dépôt 
appartient à l’étage supérieur des terrains supercrétacés. 

Sa puissance moyenne est d'environ 10 mètres; il se compose 
de trois assises distinctes , savoir : 

1° L'assise supérieure comprend des marnes avec deux petites 
couches de lignite terreux, des couches subordonnées de calcaire 
marneux et de calcaire lamellaire , et des plaques ou rognons de 
silex. On y rencontre quelques pahidines, des tiges et des graines de 
chara et des impressions de plantes monocotytédones. 

2° L'assise moyenne se compose de calcaire marneux et de cal- 
caire compacte avec quelques bancs subordonnés de calcaire siliceux. 
Les débris organiques y sont très-abondants ; ce sont des lymnées 
(Lgmmeus corne us et longiscatus) , une espèce de planorbe et des 
graines de chara. 

3° L’assise inférieure est constituée par un calcaire marneux, 
compacte, renfermant des coquilles des genres Cycfas et Cypris 
( Cfctms deperdila Lam. et Cypris faba Desm. ). * 

Le terrain tertiaire de la vallée du Rhin (1) est composé de 
molasse , de nagelfluh et de calcaire d’eau douce , avec amas sub- 
ordonnés de mine de fer en grains (Bonherz). 11 repose sur le 
granité, sur la grauwacke, sur les grès des Vosges, sur le lias, 
sur l’oolithe inférieure et moyenne , et souvent il est recouvert par 
les dépôts de transport et de comblement. 

Le minerai de fer en grains est disséminé dans des argiles stratifiées. 

La molasse comprend des grès b ciment marnèux et argileux 
et des couches d’argile diversement colorées. On y rencontre des 
bancs subordonnés ou des veines de gypse , soit argileux , soit purs 
et soyeux, et des bancs de sables agglutinés par le pétrole (à 
Hirtzbach et b Rarspach). 

Le nagelfluh, associé b la molasse, se rencontre particulièrement 
au pied de la chaîne des Vosges. Enfin le calcaire d’eau douce, 


(I) Statistique générale du départ • du Haut - Rhin , 2* livraison , 
f. 58 . 


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AJfIVALES 


108 

avec lignites subordonnés, recouvre les argiles et les marnes scbis 
teuses de la molasse. Sa puissance est d’environ 16 mètres. 

Ces divers membres du terrain dont il est question, sont visi- 
blement et régulièrement stratifiés : généralement leur stratification 
est, à quelques exceptions près, à peu près horizontale. 

Les débris organiques qu’on y a observés sont: 

1° Dans la molasse, des Phyllites (feuilles de dicotylédones) ; 

2° Dans les calcaires d’eau douce, des coquilles écrasées ap- 
partenant aux genres potamides, ampullaires, lymnées, planorbes, 
mais dont on retrouve seulement les moules intérieurs ou extérieurs 
sans traces de leur test. 

En résumé, ces terrains calcaires marneux et comprenant des mo- 
lasses et des conglomérats (nagelfluh) , se sont développés dans des 
bassins d’une certaine étendue, où ils se sont disposés par couches 
successives et régulièrement stratifiées; ils renferment des débris 
organiques à l'état fossile , dont les téguments extérieurs ont entiè- 
rement disparu et dont les moules sont formés des éléments mêmes 
des roches qui les recèlent. Enfin ils sont antérieurs aux dépôts 
de transport et de comblement qui les recouvrent positivement , et 
sont partiellement formés de leurs débris. 

Examinons maintenant si les calcaires de Vincey peuvent leur 
être comparés , et s’il existe entre eux quelque analogie qui permette 
de les réunir dans un même groupe de formation géologique. 

§. 2. CALCAIRES PE VfitCEY. 

Les deux petits dépôts A et B de tuf calcaire de Vincey sont 
situés au nord , à l’aval du village , sur la rive gauche du ruis-r 
seau , et dans la plaine comprise entre les deux anciennes rives de 
la vallée de la Moselle , rejetée aujourd’hui contre la berge droite; 
où elle coule dans un lit beaucoup moins large qu’autrefois (fig. 1). 

Ils occupent deux emplacements de forme assez régulière , à peu 
près ovale, dont le plus grand diamètre ne dépasse pas 20 mètres, 
et distants l’un de l’autre de 300 à 400 mètres environ; et rien 
n’indique qu’autrefois leur étendue ait été plus grande et qu’ils 
aient fait partie d’un dépôt important dont ils ne seraient plus 


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DE LA SOCIÉTÉ D* ÉMULATION. 109 

que les témoins. Leur puissance mie de deux à trois mètres au 

phn. 

On u*y voit pas de couches régulières , de plans de stratification, 
et dans ressemble de la roche on reconnaît un amas de concrétions 
successives, plus âevées vers un point central , d’où serait sorti 
le sédiment pour se répandre et se solidifier , en se soudant sur 
les portions antérieurement consolidées. 

Cette roche oflre plusieurs variétés, savoir: 

!• A la sarfrce, un taT grossier, souvent peu consistant, ayant 
f aspect d’une scorie. Le cslcaire forme un tissu qui s’est modelé 
sur des mousses et sur quelques tiges de cypéraeées qui ont dis- 
paru, on dont on voit encore quelques débris charbônnés. 

fi* Le même tuf, dont les vacuoles sont enduites ou remplies en 
partie d’argile calcaire, colorée par du fer hydraté limoneux. 

3* Un tuf brunâtre plus compacte dans les portions les plus an- 
ciennes de h base du dépôt , avec fer hydraté limoneux et quelques 
lymnées mêlées à des planorbes et à des coquilles terrestres du 
genre hélix , enveloppées et remplies par le sédiment et ayant 
conservé leur test décoloré et blanchi; mais n’ayant pas perdu 
la totalité de leur substance cornée, dont j’ai pu constater l'exi- 
stence sur quelques individus. Cette variété , dont la presque totalité 
des cellules primitives ont été remplies par le sédiment , est assez 
solide pour être employée comme moellon. Dans les deux masses 
de tuf, on voit diverses fissures, des vides produits vraisemblable- 
ment par ta décomposition de quelques parties moins solides. Mais, 
comme nous l’avons dit, il n’y a aucune trace de stratification 
qui puisse taire présumer que le tuf s’est formé dans des bassins 
et par des couches successives ; dans son ensemble, tout indique 
au contraire des amas de matières rejetées à la surface du sol 
par des sources chargées de calcaire , des sources incrustantes . 

Ces tuta s'élèvent au-dessus de la surface du sol moyen d’en- 
viron un mètre ; du côté du ruisseau, le premier dépôt surtout 
présente une coupe assez brusque qui doit taire supposer que le 
aol environnant a été afiôniRé par les eaux du ruisseau , dont le 
niveau était probablement autrefois plus élevé ; ses eaux , en se 
mêlant accidentellement â celles des deux sources, y ont charrié 


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ANNALES 


110 

quelques hélices vivant sur les rives , et y ont introduit les 1 y aînée» 
et les planorbes qu’on y retrouve aujourd’hui , et dont les analogues 
vivent encore dans ce ruisseau; mais nous n’en avons rencontré 
aucune espèce vivant dans les eaux des autres sources incrustantes 
du département ; ces eaux chargées de calcaire ne paraissent nul- 
lement leur convenir, et on ne les voit paraître qu'au point où 
se termine le dépôt du sédiment; cette observation doit naturel- 
lement conduire à admettre que leur présence , dans quelques 
parties du tuf de Yincey, indique un accident purement local , et 
que de temps h autre le ruisseau a pu mêler ses eaux à celles 
des sources incrustantes, et y rejeter quelques-unes des espèces 
de coquilles qui l’habitaient. 

C’est l’opinion que nous avons acquise en arrivant sur les lieux 
et au premier aspect. Ce que nous avons dit des terrains supercré- 
tacés de la Haute-Saône et de la vallée du Rhin, suffira pour faire 
comprendre que les tufs de Yincey en différent essentiellement; mais, 
pour arriver à une conclusion plus rigoureuse que celle qu’on pour- 
rait tirer de la comparaison générale de ces dépôts entr’eux, nous 
avons compris qu’il fallait recueillir des faits, qui fussent de nature 
à faire partager notre conviction sur l’âge de ces tufs, que nous 
croyons être de formation très-récente ; nous allons en conséquente 
exposer les résultats de nos investigations. 

La vallée de la Moselle, à la hauteur de Yincey, est ouverte dans 
les marnes irisées et le muschelkalk ; la largeur du bassin est d’en- 
viron deux kilomètres; le muschelkalk constitue l’escarpement de 
droite au pied duquel coule cette rivière, et sur la gauche l’an- 
cienne limite est formée par des talus de marnes irisées qui des- 
cendent jusqu’à la rencontre du muschelkalk au niveau de la 
prairie (ûg. 2). Le fond de ce bassin est occupé par un dépôt de 
comblement formé de sables et de galets roulés de diverses roches, 
et sur les plateaux , à droite et à gauche , on retrouve une nappe 
de terrain de transport de même nature et de même composition. 
Cette nappe est parfaitement visible à la sortie même de Yincey, 
et couronne le plateau sur lequel est bâti ce village (ûg. 3). 

Si les deux dépôts de calcaire * dont il est question étaient de 
l’époque supercrétacée, ils auraient été recouverts par le terrai» 


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DE LA société d’émolatioh. 111 

de transport, dont l'absence sur lé» tnfe cependant pourrait être 
attribuée b des érosions anciennes ou récentes. 

H est probable que le dépét de transport s’est formé en même 
temps que le dépét de comblement ; mais celui-ci, exposé b l’ac- 
tion des eaux dans le fond du bassin, a été détruit en partie et 
reaaanié b diverses reprises ; et la couche supérieure de la prairie 
est cette qui a été nivelée en dernier Heu , au moment où le ré- 
gime actuel du cours d'eau s'est établi et où le lit de la rivière 
s'est reporté dans les limites où nous le voyons placé aujourd'hui. 
La surfroc de la prairie de Vincey ferait donc partie de la série 
de couches sinon les plus récentes , au moins de celles qui ont 
immédialemeut précédé l'époque des aHuvions modernes. 

Cest sur cette dernière nappe dle métoe que reposent les tufe, 
comme nous l’avions pensé d'aboM; pour nous en assurer nous 
avons frit ouvrir une feuille , où nous avons vu et constaté cette 
superposition. 

Sous le tuf, h 4 mètre 40 cent, un contre-bas de la surface du 
aol de la prairie (fig. 4), on trouve d'abord une couche de 10 cen- 
timètres d'épaisseur de terre végétale tourbeuse ; puis viennent les 
sables et > galelsde comblement, sur lesquels le sol d’atterrissement, 
p ro ven ant des détritus des marnes irisées, s’est avancé dans une 
grande partie de la plaine. 

0 est dont bien évident maintenant que les dent petits dépôts 
de tuf de Vincey appartiennent à l’époque moderne. 

Quant an mode de leur formation et à l'origine que nous venons 
de lui attribuer, pour en rendre compte, il suffira de jeter un coup 
d’oeil mt des dépôts de même nature dont on pourrait citer plusieurs 
exemples dans les Vosges mêmes. 


$. 3. DÉPÔT 8 FORMÉS PAR QUELQUES-UNES DBS SOURCES INCRUSTANTE! 
DU DÉPARTEMENT. 


A l’origine du vallon de Circouri, ouvert dans le flanc nord de la 
côte de Virine, on rencontre une source dont les eaux limpides 
sont cependant chargées principalement d’un sédiment calcaire (fig. 5); 


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112 AHHALBS 

elles déposent un tuf tellement semblable à celui de Vincey qu’od 
ne saurait distinguer les échantillons entr’eux, et reconnaître de 
laquelle de ces deux localités ils proviennent, si Poo n’avait soin 
de les étiqueter sur place. 

Ce dépôt parait avoir un mètre d’épaisseur moyenne au milieu; il 
s’étend sur les atterrissements de marnes formant le soi sur un 
espace à peu près circulaire ayant 20 mètres de rayon, et constitue 
une butte conique, dont Pélévation augmente graduellement en 
même temps que sa base s’étend de plus en plus vers l’aval. 

Les sphaigoes, les cypéracées qui existent sur les bords de la 
fontaine , sont enveloppés par le sédiment ; et lorsque* parvenus à 
une complète décomposition* leurs éléments sont entraînés, le tuf 
est peu solide et offre de nombreuses cavités qui finissent par se 
remplir b la longue , et à mesure que le sédiment pénètre et s’en- 
durcit, la roche acquiert plus de soUdité ; comme Je le présumais bien* 
je n’y ai trouvé aucunes traces de coquilles d’eau douee; elles ne 
paraissent dans le ruisseau qu’à une assez grande distance de la 
source, placée, ainsi que nous Pavons remarqué, à l’origine même 
du vallon. 

Plusieurs autres sources produisent des tufc ayant les mêmes 
caractères ; ils diffèrent cependant entr’eux en raison de la nature 
des végétaux qu’ils enveloppent, dont le nombre et les espèces v* 
rient suivant les localités. 

A Contréxeville, à Destord , à la Rosière près de ftambervifiers, 
à Vittel, à fiouriémont, à Pierrefite, on reconnaît; particulièrement 
dans le tuf, des cypéracées, Aes sphaignee, des hépatiques et diverses 
plantes des marais. A ViUe-sar-lUon, dans le vallon de Gbihdrecourt» 
quelques parties sont presque entièrement composées de tubes mo- 
delés sur des tiges de chara ; d’autres offrent des amas d’une espèce 
de mousse propre à la région calcaire ( hypnum commutatum) et 
qu’on ne rencontre , dans la région arénacée , que dans les parties 
des ruisseaux coulant sur le calcaire dolomi tique; A Destord , à 
quelque distance de l’ancien magasin de sel, on rencontre trois 
sources incrustantes sortant de buttes coniques de tuf calcaire, et 
ayant, la première, 10 mètres de diamètre à la base sur $6 cent, de 
hauteur , la deuxième , 20 mètres de dimaètre sur 1 mètre 80 cent. 


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t>E LA SOCIETE D ÉMULATION. 113 

de hauteur, et la troisième ayant 28 mètres de diamètre sur 2 mètres 
de hauteur au-dessus du niveau de la prairie. 

Le tuf des parties inférieures des dépôts est très-solide et coloré 
par le fer hydraté limoneux déposé sur les parois des cellules. 

Ces sources sortent du muschelkalk. 

Le sédiment enveloppe des mousses , des hépatiques , des prèles , 
des characées , des feuilles de divers arbres , des cypéracées , des 
menthes, etc., etc., qui végètent encore pendant quelque temps après 
que leurs racines et leurs feuilles radicales commencent à être re* 
couvertes de calcaire. 

$. 4. CONCLUSIONS. 

Les dépôts de tuf de Vincey sont situés au pied d’un taius constitué 
par les marnes irisées et le muschelkalk ; il est probable que les 
sources qui les ont formés sortaient de ces dépôts et qu’elles ont cessé 
de cooler, comme tant d'autres, à la suite du déboisement des hau- 
teurs voisines et des travaux exécutés pour mettre en culture les 
terrains qui s’élèvent sur la gauche du ruisseau; mais on ne se rappelle 
pas, dans la localité, de les avoir vues en activité. 

Les observations qui précèdent nous paraissent démontrer : 

i° Que ces deux dépôts appartiennent à l’époque moderne; qu’ils 
reposent sur les assises de la nappe de comblement de la vallée , 
abandonnées par les eaux au moment même où le lit actuel de la 
Moselle s’est établi; 

2° Que l’on n'y observe aucun des caractères propres aux terrains 
supercrétacés, déposés dans des bassins plus ou moins étendus et 
divisés en plusieurs étages ou assises distinctes; 

3° Que le peu d’étendue de ces deux dépôts , leur isolement , 
indiquent une formation indépendante et produite en dehors des 
causes générales sous l’influence desquelles, en diverses contrées, 
les terrains supercrétacés se sont formés ; qu’on ne saurait y recon- 
naître qu'un accident purement local et de la nature de ceux qu’on 
voit encore se reproduire journellement sur plusieurs points des 
Vosges; 

8 


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114 


ANNALES 


4° Que l’identité évidente entre les roches de Vincey et les pro- 
duits des sources incrustantes citées comme exemple et comme terme 
de comparaison , ne saurait laisser de doute sur la nature de l’agent 
qui a favorisé la production de ces tufs ; que si cet agent a cessé 
de fonctionner, soit momentanément, soit pour toujours, on peut 
néanmoins en déterminer le genre d’après la nature des traces qu’il 
a laissées; 

Enfin, qu’il est rationnel d’admettre que ces tufs , n’ayant d’analogie 
que dans les dépôts formés sous nos yeux par des sources incrus- 
tantes en activité, n’ont pu être produits que par des sources» 
incrustantes desséchées aujourd’hui. 

Épinal , le 2 Décembre 1846. 

11. Hogard. 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 


115 


DE L’ALTERNANCE 

U9 lt«lTIU » 


PAR M. ÉVON, 

MEMBRE TITULAIRE. 


s 4. On tome* en question , au moins dans une certaine mesure , 
la loi de succession naturelle des végétaux , si anciennement , si 
umveneSement constatée par l'expérience , et qui forme la première 
base de la théorie des assolements. 

te débat a pris naissance , il y a quelques années , au sujet 
des arbres forestiers , au congrès de Baden , où l’école forestière 
française avait des représentants. 

Les Allemands , divisés d'opinion, ont soutenu le pour et le contre 
avec une égale force. Finalement, la question est restée indécise, 
et il a paru h F assemblée qu'elle ne pouvait être vidée qu’avec le 
secours d'une histoire des forêts. 

M. Parade, directeur de Fécole de Nancy, qui a rendu compte 
de ce débat , s'est prononcé contre la loi d'alternance en sylvicul- 
twe, et ft a para depuis que c'était là l'opinion de l'école française, 
car H. Puvis , ayant essayé de démontrer l'existence de cette loi 
pour les grands végétaux , par des faits d’analogie tirés de F agriculture 


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1(6 AHNALES 

et de l'horticulture , réunis ayec beaucoup d’habileté, et par des faits 
directs , les Annales forestières n’ont pas tardé k soutenir l’opinion 
contraire dans une série d’articles de M. de Sahune. 

Un agriculteur distingué , M. Monnier vient de raviver cette dis- 
cussion : non-seulement il ne tient pas pour l’alternance en {sylvi- 
culture , mais il cherche k expliquer par d’autres causes une série 
de faits agricoles qu’on faisait dépendre de cette loi. 

Cette controverse présente un certain intérêt, car il n’est pas 
indifférent que les forêts, dont beaucoup sont actuellement délabrées, 
soient administrées sous l’inlluence d une opinion flottante ; ces sortes 
de recherches offrent d’ailleurs , spéculativement au moins , un vif 
attrait de curiosité. 

§ 2. On s’est servi sans fondement , je crois , du nom de M. Liebig, 
pour soutenir que les arbres forestiers échappent k la loi d’alter- 
nance ; car, en examinant l'ensemble des principes qu’il a formulés 
et enchaînés dans son Traité de chimie appliquée à la physiologie 
végétale et à l'agriculture , je ne trouve pas que ses doctrines viennent 
k l’appui de cette opinion. 

Cet écrit parait jeter de la lumière sur la théorie proposée pour 
expliquer le problème de l’alternance ; il ramène k l’unité la théorie 
de l’effritement , conçue à priori , et celle de M. de Candolle , qui 
semblaient si divergentes. L’auteur explique avec sagacité , par ses 
principes , des faits d’alternance tirés du domaine de l’agriculture. 
Il admet aussi, d’après la pratique des jardiniers, la nécessité de 
faire succéder les unes aux autres les espèces d’arbres à fruits : 
or, de ceux-ci aux arbres forestiers, où est la ligne de démarca- 
tion, puisque les premiers ont été primitivement tirés des forêts, et 
y sont pris, souvent encore, pour servir de porte-greffe ? 

Ces arbres fruitiers , que la greffe mutile , et qu’on contraint en 
quelque sorte à une plus grande production que celle des mêmes 
espèces k l’état sauvage , vivent moins longtemps que celles-ci , mais 
cette différence de longévité ne permet pas de conclure que leurs 
types en forêt soient affranchis de la loi d’alternance. 

Les principes posés par M. Liebig sur l’étendue des rapports 
qui lient la végétabilité k l’atmosphère , ne prêtent pas davantage k 
une pareille conclusion. 


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117 


DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 

De ce qu’on est obligé de fumer les champs, taudis que les 
prairies naturelles et les forêts , se passant de ce secours , non-seu- 
lement donnent, à surfaces égales, autant de carbone que les céréales 
fa mée s , mais au gmen ten t encore progressivement la couche d'humus 
par les débris de leur végétation, l'auteur n’en induit pas que les 
fovéto an les prairies naturelles ne sont pas soumises à l’alternance, 
mais qne l'atmosphère est le gland' réservoir de r alimentation des 
plantes en rarbooe et rai ammoniaque. 

11 faut aux végétaux, indépendamment de ces substances, des 
oxydes alcalins , dont la nature et la quantité sont assez générale- 
ment invariables selon les espèces végétales , et l’on admet que 
l’absence ou la diminution actuelle , dans le sol , de ces oxydes mé- 
triques est une des causes qui forceraient à l’alternance. Or, de 
ce que, selon M. Liebig, la quantité de ces matières contenues 
dans le uol est si grande , comparativement à la quantité nécessaire 
h l’entretien d’une forêt , qu’elle paraît inépuisable , et cela d’autant 
plus que les feuilles mortes rendent une partie de ce qui a été 
enlevé , il ne s’ensuit pas que les mêmes espèces forestières puis- 
sent indéfiniment persister dans le même sol. En effet, comme Liebig 
admet que ces siAstances doivent être rendues solubles pour devenir 
asrimüabies, il doit arriver pour les forêts ce qui arrive pour les 
céréales, dont la production s’amoindrit progressivement, si l’on ne 
soumet le sol qui les a portées k la jachère , ou si l’on n’y cul- 
tive pas nue plante dont les exigences soient différentes. Dans l’un 
et l’antre cas , d’aplès le même chimiste , ce sont les labours qui , 
mettant largement le sol en communication avec l’atmosphère , pré- 
parant de nouvelles doses de matières salines , propres au retour des 
cé réa le s : or, comme H n'existe pas de conditions naturelles dans 
les forêts pour équivaloir k la puissance des labours , elles devraient 
k la longue se trouver, sinon au dépourvu , du moins mal pourvues 
de sels sdàbtes et dépérir. 

Outre la privation , pour les plantes , de l’aliment minéral qui 
leur convient, M. Liebig admet encore que leurs déjections radi- 
cales, composées d’excrétions et d’excréments, sont une autre cause 
déterminante de l'alternance. Ce sont les expériences de M. Macaire 
Princeps sur l’appareil radical , qui ont servi h établir que les ma- 


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118 


ANNALES 


tières émises par les racine* d’une espèce végétale devenaient im- 
propres et même nuisibles à la nutrition de cette espèce , tandis 
qu’elles servaient à l’alimentation d’une espèce différente. 

Si cette théorie est fondée , elle doit être générale , quoique les 
expériences de M. Macaire soient numériquement circonscrites; elle 
doit comprendre les espèces forestières; car, comme il est avéré que 
les racines des plantes absorbent indistinctement toutes les matières 
solubles, ainsi qu’agissent dans l’animalité les capillaires veineux, 
il est évident que toutes ces matières ne peuvent convenir h l'as- 
similation , et que toutes celles qui lui sont impropres doivent être 
rejetées par les racines, revenir dans le sol et le gâter pour l'espèce 
qui les a émises (1). 

On voit donc que les doctrines de M. Liebig , quelle qu’en puisse 
être la valeur, loin de pouvoir servir à infirmer la loi d’alternance 
pour les végétaux forestiers , servent au contraire à l’affirmer (2). 


(1) Avec ces théories , il deviendrait facile d’expliquer pourquoi les 
prairies naturelles, composées de tant d’espèces, ont ihfiniment plus dé 
durée que les prairies artificielles formées d’une seule. Qu'on sème iso- 
lément, en effet, du ray-grass , de la fiéole , du trèfle, etc., ehaeune 
de ces prairies, comparée à une prairie naturelle composée de groupes 
d’espèces , n’aura pas une longue persistance : les produits baisseront 
d’année en année , et progressivement le terrain se dépeuplera ; car, ayant 
les mêmes besoins alimentaires , puisque leur organisation respective est 
identique , tous les individus dont on avait peuplé sol doivent d'abord 
t'épuiser plus tôt pour eux-mêmes que s'il avait été occupé par des espèces 
variées, ayant des besoins alimentaires différents; et en second lieu, ils 
doivent se le rendre mutuellement impropre par leurs déjections radicales, 
tandis qu'entre espèces diverses , céfe déjections sont réciproquement uti- 
lisées. 

(2) C’est en tant de rencontres déjà que , par le passé, les enseignements 
de la chimie appliquée à l’agriculture ont échoué en pratique, que, malgré 
scs progrès actuels, il est très-prudent de ne lui donner confiance que 
lorsqu'elle vient fournir la contre-épreuve des faits constatés par l'expé- 
rience directe. Il y a quelques années , on croyait encore que l'acide car- 
bonique , puisé dans le double milieu de l'atmosphère et du sol , devait 
absolument composer la nourriture des plante* , malgré lu complexité de 
composition des engrais et les puissant» effets qu’ils produisent. Lu théorie 


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119 


DE LA SOCIÉTÉ D* ÉMULATION. 

La preuve la plus convaincante , en apparence , qui ail etc pro- 
duite jusqu'ici contre l'existence de cette loi à l’égard des forêts , 
a été puisée dans la tradition historique. On a cité des forêts de 
liétrcs et d’espèces résineuses , déjà signalées il y a dix-sept siècles, 
et qui existent encore aujourd’hui aux mêmes lieux. 

Mais , premièrement , ces forêts de hêtres succédant à elles-mêmes 
à travers les âges, sont-elles pures d’autres essences? et, dans 
ralïirmative , eu a-t-il toujours été ainsi ? Ou bien le hêtre y a- 
t-il toujours été seulement en prédominance ? Car , s'il y a eu mé- 
lange dans un temps, cette circonstance a pu suffire pour ajouter 
considérablement à la durée de ces forêts , parce que les essences 
mélangées peuvent tour à tour, avec le temps , prendre la place les 
uiies des autres. 

Secondement, ces forêts sont-elles aussi productives qu’autrefois , 
toutes choses égales du reste ? 


lédamole, relative k l’ahnine et k l'acide ulmique, a été admise et n’a pa* 
régné longtemps. Aujourd'hui que l’alimentation des plantes est venue théo- 
riquement et avec raison se compliqmer de l’axole et d’oxydes alcalins , on 
a tarifé la valear de tontes les substances qn’on emploie sous le nom 
d’engrais d’après la proportion d’axote qu’elles contiennent respectivement. 
Or, ces tarifs impliquant l’unité dans les nécessités alimentaires des plantes, 
l’unité de composition et de cohésion dans les matières qui servent 
d'engrais, peuvent donner lieu en application à beaucoup d’erreurs, parce 
que , au Keu de l’unité de rapports sur oes points , c’est la diversité qui 
apparaît partout. 

A l’oocassoo des alcaloïdes, la science explique l’heure use succession 
des légumineuses aux céréales , en oc sens que celles-ci , comme toutes 
les graminées, ont grand besoin de silicate de potasse, tandis que les autres 
n'en consomment point on en consomment k peine. Pourtant, dans cette 
contrée, où les cultivateurs font un si grand usage de la cendre de bois 
lessivée pour les prairies naturelles , il arrive que la lupuline , si abondante 
dans la plupart de ces prairies , mais qui , avant l’application de l’amen- 
dement, y est si chétive qu’on l’entrevoit k peine an pied des graminées, 
prend après cette application un développement au moins égal k celui des 
autres herhes, quoique, avant l’emploi de la eendre lessivée, celles-ci fussent 
infiniment plus hautes que 1a lupuline. 


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120 


ANNALES 


Troisièmement, lors même que le hêtre pourrait se succéder à 
lui -même un grand nombre de fois , il ne faudrait pas en conclure 
que les autres espèces possédassent cette propriété dans la même 
mesure ; car, à en juger par les plantes agricoles , la nécessité de 
l'alternance ne se fait pas sentir pour elles à la même époque. 

Enfin , de même qu'on voit du blé , dans des terrains exceptionnels, 
se succéder avec succès pendant quinze ans , pourquoi serait-il plus 
étonnant que , dans un terrain d'élite , le hêtre pût se reproduire 
avantageusement durant dix-huit siècles : ce qui ne donnerait encore 
que neufs générations successives , si l'on fixe à chaque génération 
deux siècles de durée? 

La plupart de ces objections s’appliquent généralement au fait plus 
vague encore , concernant la persistance de certaines forêts d'es- 
sences résineuses. Ainsi , de ce que l'histoire établit l'existence 
permanente , jusqu'à nos jours , de quelques-unes de ces espèces 
dans la chaîne des Vosges , il n'y a pas plus lieu d’arguer de ce 
fait contre l'alternance des végétaux forestiers , qu'en voyant le 
chêne ou le hêtre prédominer dans d'autres zones; car ce fait, 
qui relève de la loi naturelle de distribution des espèces sur le 
globe , décèle une convenance particulière à certaines espèces pour 
certaines régions climatériques , mais ne prouve pas autre chose. 

Toutes les parties boisées de cette chaîne de montagnes ne pré- 
sentent pas une seule espèce , mais un groupe d’espèces telles que : 
épicéa , sapin à feuilles d'if, pin sylvestre , hêtre, chêne, charme , 
bouleau, tremble, alisier, sycomore, etc. , sans, compter les arbris- 
seaux et les arbustes. 

11 y existe des forêts d’épicéas pures ou mélangées de sapins 
ou de hêtres , des forêts de sapins pures ou mélangées , des forêts 
de hêtres et de chênes pures ; mais les bois blancs et les morts-bois 
ont accès dans la plupart de ces compositions. Il y a, en un mot, 
dans ces montagnes , par la multiplicité des espèces , toutes les 
ressources nécessaires pour satisfaire à la loi d’alternance quand le 
besoin s'en fait sentir, ce qui n’empêche pas que les espèces rési- 
neuses n'y prédominent numériquement sur les autres. 

C’est apparemment dans un but que les espèces forestières dé-r 
parties à une région , au lieu d’y être placées , et pour toujours. 


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121 


DB LA SOCIÉTÉ d’ ÉMULATION. 

espèce ptr espèce, dans des cases particulières dont l'ensemble 
figurerait la table (Ton damier, y sont répandues d’une façon confuse, 
associées comme les espèces d'une prairie naturelle. L'art de la 
culture sépare les espèces en cases distinctes , mais il est bientôt 
forcé de les faire tour à tour changer de place. 

On a prétendu , pour infirmer la nécessité de l'alternance en syl- 
viculture, que, dans une futaie, la couche superficielle du sol faisait 
jachère , que les arbres n'allaient point s’alimenter dans cette couche 
superficielle , mais dans les couches profondes , qu'ainsi le parterre 
de la fotaie reposant , redevenait vierge en quelque sorte pour re- 
cevoir les semis de ces arbres et en assurer la prospérité. C'est 
lii une erreur grave en physiologie végétale : les racines s'étendent 
partout où elles trouvent à puiser, et leur chevelu se multiplie en 
raison directe de la fertilité des couches du sol , soit superficielles, 
soit profondes (i). 

$ 4. En agriculture, le signe général qui décèle la nécessité 
d'alterner est une véritable diminution du produit de la récolte , di- 
minution qui augmente d'année en année si l'on persiste à ramener 
la même plante ; sa taille décroît , son tempérament faiblit , et 
die devient par conséquent plus exposée h périr, tant par l’influence 
de la cause secrète que par celle de causes étrangères. 

On n'attend pas ce dernier terme pour faire succéder une espèce . 
à une autre ; l'expérience a fixé pour un certain nombre de plantes 
l'époque h laquelle elles doivent revenir sur le même terrrin pour 
h production normale , et la durée de ces périodes de retour varie 


(1) Le hasard m'a offert à cet égard an fait sans réplique pendant une 
année tr èa t ëc be (1943). Je voulais m’assurer du degré de profondeur au- 
quel b sécheresse avait pénétré dans une demi-futaie de hêtre si pleine et 
si bien couverte , que le parterre n'était absolument occupé que par une 
couche de feuilles. Or, immédiatement sous cette couche , le terreau était 
traversé en tous sens par des multitudes de radicules appartenant aux 
hêtres de la fotaie ; elles se séparaient facilement du terreau , car celui-ci 
était si desséché qu'il tombait en poussière. Cette couche ne faisait donc 
pas jachère pour recevoir plus favorablement le semis naturel. La sécheresse 
apparente avait pénétré jusqu'à la profondeur de 0", 35. 


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J 22 


ABKALES 


extrêmement selon les espèces : ainsi , tandis que le chanvre peut 
se succéder un grand nombre de fois , le safran ne peut revenir 
qu’après quinze ou dix-huit ans. Mais ces règles ne sauraient être 
absolues , parce que , la composition minérale des sols ou leur ri- 
chesse propre étant différente, cette circonstance doit amener et 
amène en effet des variations dans les données générales. Avec le 
secours de l'art , on peut arriver k reculer le terme posé jusqu'alors 
par l'art lui-même au retour de la même plante. Les habiles cul- 
tivateurs de la Flandre sont parvenus h ce résultat au moyen de 
labours combinés et d’amendements ; mais comme, dans la plupart 
des autres contrées , l’état présent des circonstances économiques 
ne permet pas de réaliser cet effet de la puissance de l'art, il 
faut avoir recours à l’alternance et se soumettre à cette loi, lors 
même qu’ailleurs on serait complètement parvenu à en triompher. 

Il ne serait donc pas surprenant que les prescriptions pratiques 
relatives à la période de retour des espèces agricoles après elles- 
mêmes pussent donner carrière à la critique , tant il existe de cir- 
constances particulières qui créent des exceptions. Il ne serait pas 
plus étonnant qu’pn pût signaler des faits rapportés jusqu’ici à la 
loi d'alternance, et qui néanmoins dépendraient d’autres causes, 
puisque le défaut d’alternance n’est pas la seule cause qui puisse 
diminuer le produit d’une espèce ou la faire périr. 

Si cette question, renfermée dans le domaine de l’agriculture 
et ayant en général pour objet des plantes annuelles , offre encore 
bien des points douteux après tant de siècles d’expérience , on 
conçoit que , posée pour les végétaux forestiers , dont l’extrême 
longévité et le défaut de culture embarrassent les recherches , elle 
soit encore en problème. Aussi les adversaires de l’alternance en 
sylviculture , récusant d’abord les preuves d’analogie tirées des in- 
dustries agricole et horticole, ontrils su facilement repousser les 
preuves qu’on leur présentait comme directes. Ainsi , ils expliquent 
tout simplement les faits de succession naturelle , soit du hêtre au 
chêne , soit de l’épicéa ou du pin au chêne , par la nature enva- 
hissante de* ces trois espèces sur celle-ci, et ils rapportent le 
dépeuplèment actuel d’anciennes forêts de chênes à un mauvais ré- 
gime forestier ou a des dévastations consommées pendant des temps 
de licence. 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 123 

Celle défaut est fondée jusqu'à un certain point ; elle n’a que 
le tort d’étrc trop* absolue» 

On ne p c rmenra d’exposer et d’examiner des faits divers , et 
d’y cbawberla pmi de vérité qui revient à chaque opinion ; on 
verra , do verte, que t’âdamiistratkm forestière, qui n'admet pas 
l’allernaace, est néanmoins forcée d’alterner. 

9 5. Les exemptes dt succession naturelle dn hêtre au chêne ne 
sent pas rares dans quelques forêts des Vosges , et le fait suivant 
me parait un ■rgumart puissent contre les partisans de l’alternance, 
par la darté que Jettent sur lui les circonstances qui l’entourent. 

B y a trente ans envir on , il existait encore près d’Épinal une 
fatale pMte, de l’Age de cent cinquante ans, mi -partie composée 
de sM n e t et de hétresi Les troncs de ees arbres, pareils à des 
ot le u ncs -, s’él evai en t nus de branches Jusqu’il une hauteur de 15 
à IB mèt r es ; le sot se trouvait si complètement abrité du soleil 
par un épais dème de feuillage , qu’il était devenu inaccessible à 
tonie végèlnlioa parasite ; une couche épaisse de terreau fermé de 
feuilles mortes le recouvrait partout. Cette fouie a été exploitée par 
édriraes successives d'après la méthode allemande; la coupe dé- 
farithu stot ismnaée les années dernières. Les semis naturels de 
dMM ftp», *d> comme un champ de lia , y sont de la plus 
grande beauté; rien n’y manque que le chêne, l’essence par ex- 
cel lenc e , celle qufon a réservée particulièrement ; os en rencontre 
eu ri polit nombre qu'on n’en peut tenir compte , et il est même 
probable que le hêtre les étouffera. Pourtant cette forêt , que j’ai 
étudiée avant qu’on la mit à bas, était en bien des parties plus peuplée 
de chênes que de hêtres. 

On se tromperait en pareil cas , si on rapportait la nou-réussile 
do semis de chênes à l’effrite ment du sol pour cette essence ; car 
les chénm de la folaie s’étant montrés aussi grands et aussi vigou- 
reux que les hêtres, cette égalité ne permet pas d’admettre que 
tout à coup le sol soit devenu impropre au chêne. La première 
coupe que l’on a faite , c'est-à-dire la coupe sombre , était par- 
faitement convenable à la réussite du semis de hêtres, mais elle 
était trop sombre pour les semis de chênes , qui u’out pas le même 
lempéramenA, et c’est à l’emploi d'une méthode qui , excellente 


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124 


AHNALBS 


en soi , a été mal appliquée , que j -attribue l'envahissement du sol 
par le hêtre. 

Cette espèce vit très-bien avec l'épicéa et le sapin à feuilles d'if ; 
on rencontre ce mélange dans beaucoup de forêts. L'ombre très- 
épaisse que répand sur le sol le feuillage touffu de ces arbres verts 
n'empêche pas le semis de hêtres d'y prospérer : ces jeunes arbres 
partagent jusqu'à un certain point la puissante propriété qu'ont les 
jeunes épicéas et sapins de vivre longtemps sans périr sous une 
ombre très-épaisse, et d'ailleurs le feuillage du hêtre est lui-même 
fort touffu. 

On ne trouve pas le chêne à l'état de mélange avec les mêmes 
arbres résineux , parce que son semis redoute une pareille obscu- 
rité, surtout longuement persistante : il lui faut plus de lumière 
qu’aux espèces précédentes , ou bien il succombe ; et cette néces- 
sité se décèle déjà par le feuillage comparativement léger et fort clair- 
semé du chêne. 

Le hêtre est donc intolérant pour le chêne ; il finit par l'expulser 
du terrain et d'autant plus têt que, comme il arrive souvent, on 
a trop serré les réserves à l'époque de l'exploitation, surtout dans les 
sols profonds et frais et aux expositions du nord et du nord-est ; car 
le défaut de lumière croissant en proportion du nombre des baliveaux, 
le semis de hêtre pourra se soutenir avec avantage dans cette con- 
dition, mais celui de chêne languira, et à l'époque de la coupe suivante 
il fera presque entièrement défaut, quoique pourtant on compte en 
moyénne trois glandées pour une fainée (1). 


(1) En voyant si souvent , dans certaines forêts , soit aménagées en futaie 
d'après l'ancien mode , soit en taillis sous futaie , de nombreux chênes an- 
ciens et de réserve qui, au lieu d'être entourés de semis de leur espèce, sont 
environnés de semis de hêtre, quoique les baliveaux anciens en soient rares, 
on est forcé de reconnaître que la prépondérance numérique , qu'on doit 
accorder au cbêne sur les autres espèces d'après les prescriptions réglemen- 
taires, sert à renforcer la supériorité physique que le hêtre a sur le chêne 
pour l'occupation du terrain. En effet, comme, dans le mélange de ces deux 
espèces, les semis des hêtres réussissent mieux d'ordinaire que ceux de chênes, 
on ménage les baliveaux de cette espèce, d'abord parce que telle est la règle, 


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12 » 


DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 

On Toit conWen on s’tboserait en attribuant, dans tous les cas, à 
l'impropriété actuelle du sol pour une essence , la disparition de celle- 
ei et le plein succès d’une autre, puisque ce résultat peut être produit 

par mie différence de tempérament entre les espèces. 

La succession naturelle d’une espèce à une autre est littéralement 
un fait d’alternance, mais toujours reste-t-il à distinguer si ce phé- 
nomène résulte de la supériorité physique de l’une sur l’autre, ou 
s’il tient à ce que le sol se refuse actuellement à produire l’une des 
deux, ce qui est fort différent. On a cité, d’après Bosc, des faits de 
succession végétale dans les forêts vierges de l’Amérique, mais sans 
les éclaircir à ce poiut de vue. 

Jj 6. L’épicéa , dont le semis peut vivre plus longtemps que celui 
du hêtre sous un épais couvert, et dont les semences légères et ailées 
peuvent être transportées au loin par les vents, aurait encore plus de 
puissance que le hêtre pour envahir les forêt de chênes, si ses se- 
mences étaient aussi robustes à la levée , si elles n’exigeaient pas , 
quant à l’état delà superficie du sol pour les recevoir, des circon- 
stances particulières qu’elles ne rencontrent qu’exceptionnellement. 

J’ai eu l’occasion d’examiner deux faits de succession naturelle 
de l’épicéa au chêne, dans deux cantons montagneux des Vosges , 
celui de Saales et celui de Gérardraer. Le remplacement n’était pas 


et ensuite parce que lenrs semis n'étant pas beaux, on espère trouver mieux 
à la révolution suivante, et on abat tons les bétres anciens et moderne# 
dont le pourtour est entouré de semis épais. Ceux-ci, découverts, se dévelop- 
pant, envahissent du terrain vers les chênes, fournissent déjà des brins de 
réserve à la révolution suivante, et les chênes ne sont pas mieux pourvus 
de semis que la première fois ; on en garde encore une grande partie qui 
ne don uent pus davantage pour la période suivante, tandis que les jeunes 
hêtres de la première fournissent à leur tour de nouveaux semis, qui peut- 
être déjà cernent le pied des chênes, ou le cerneront par leur descendance 
à la révolution subséquente. Enfin, on est Ibrcé d'enlever tous ces chênes 
▼ieilles-écorces du milieu d’un beau gaulis de hêtres. Si l’on abattait moins 
de hêtres anciens ou modernes, leurs semis à couvert prendraient moins 
d’essor; et si, au contraire, on abattait un plus grand nombre de chênes , 
leurs semis, quoique d’ordinaire faibles et peu épais, se trouvant ainsi à 
découvert, auraient chance ainsi de réussir. 


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126 


AANALKK 


encore complet, el il était évident, par le peu de chênes Misérable? 
qui restaient, par l'existence de clairières encore peuplées de bruyères 
ou de myrtiles, que le chêne avait cédé le terras partout où se trouvait 
répicéa, faute de pouvoir résister. Comme on voyait aussi des clai- 
rières presque absolument sans végétation parasite et riches en terreau 
de bruyère, j'ai pensé que c’était par de tels endroits, les moine dés- 
avantageux à la réussite des semences égarées d’épicéa , que k 
changement d’essenee avait di graduellement s'opérer; et il serait 
curieux de s’assurer si, dans les observations qu'on a recueillies en 
Allemagne et ailleurs, concernant cette alternance, une des pins com- 
munes après celle du hêtre au chêne, si on néglige les bois blancs, le 
fait s'est produit dans des forêts de chênes en ruine ou dans desforél9 
encore bien peuplées de chênes végétant avec vigueur. On peut admettre, 
dans cette circonstance, que l'épicéa poisse, lorsqu'il est levé, grandir 
sous le couvert du chêne; mais la difficulté est à ce point de départ. 
Le parterre de la forêt garni de feuilles et d’herbes courtes, bien dis- 
posé pour recevoir de la faine, ne saurait, au contraire, convenir à 
la semence d'épicéa; aussi, quoique cette espèce ait un mode de 
dissémination supérieur pour l’envahtssraeut à celui du hêtre, et un 
tempérament plus robuste pour résister au couvert, il est plus fré- 
quent de rencontrer, dans les contrées où le hêtre, l’épicéa et le 
chêne réussissent, des cas d'envahissement de chêne par le hêtre que 
par l’épicéa. 

Quoique les graines du pin sylvestre soient aussi légères et aussi 
bien formées pour une diffusion lointaine , sous l'empire du vent , que 
celles de l’épicéa , il lui est infiniment moins possible qu'à celui-ci 
d'expulser le chêne, lorsqu'il est assez épais et bien venant ; car, outre 
que ces semences de pin doivent trouver sur la superficie du sol, 
pour réussir, des conditions pareilles à celles qu'exige l'épicéa , le 
jeune pin résiste moins longtemps sous le couvert que le chêne lui- 
même. Ce n’est que dans des circonstances particulières, et lorsque 
le chêne se dépeuple, que le pin peut lui succéder. 

Dans le canton de Bruyères (Vosges), quelques pins déjà vieux , 
cultivés pour ornement et placés à une distance assez considérable 
d'un bois de chênes sitpé en coteau à l'exposition du sud-ouest, ont 
déjà garni de semis vigoureux une étendue fort remarquable des plaeeo 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION • 127 

▼ides dont fl est parsemé ; et comme les chênes qui restent sont épars, 

dépérissants et n’ont point de descendance , il me paraît certain 
qu'en laissant aux choses leur marche naturelle, le pin, à la longue, 
s’emparera tout à fait du sol abandonné graduellement par le chêne. 

Puisque, d’après ces faits, l’espèce ancienne disparaissait déjà avant 
l’arrivée de la nouvelle, on ne peut pas dire que c’est par une su- 
périorité physique de l’une sur l’autre qu’ont eu lieu les successions 
naturelles, au moins dans leur commencement ; mais lors même que, 
sans aucune lutte, le chêne aurait ensuite totalement cédé la place 
aux deux autres espèces , les adversaires de l’alternance contesteraient 
encore ce résultat comme une expression de cette loi, puisqu’ils font 
dépendre le dépeuplement des forêts de cette espèce, non de l’im- 
propriété actuelle du sol pour le chêne, niais d’abus anciens consommés 
par l’homme : c'est un autre point à examiner. 

§ 7. Qu’on suppose une forêt de chênes qui aurait été soumise a 
un régime pernicieux ou à des actes de dévastation ; que toutefois ça 
et la il se soit conservé des baliveaux, le sol se couvrira bientôt d’herbes 
et d’arbustes, et les baliveaux dépériront prématurément sans laisser 
de descendance, tout abondantes que puissent être les glandées, parce 
que les semis de gland, comme les baliveaux, ne sauraient pas plus 
réussir, entourés d’une végétation parasite, que sur un sol dur et dé- 
couvert. D’ailleurs, pour les jeunes brins comme pour les sujets plus 
âgés, l’étal en massif convenablement serré, notamment lorsqu’il s’agit 
du chêne , est une des conditions sans lesquelles on ne peut obtenir, 
d’un sol d’une fertilité quelconque , la vigueur de végétation propor- 
tionnelle à cette fertilité. 

En effet, si l'on examine des semis naturels de chênes à l’âge de 
10 a 15 ans, on verra presque toujours qu’ils sont plus beaux là où ils 
sont plus épais, c'est-à-dire dans toute l’étendue de la circonférence 
qu’occupait le chêne porte-graine. C’est dans cette circonférence que 
le gland tombe le plus abondamment ; mais il rejaillit en dehors : or, 
les brins formés par ces glands clair -semé sont beaucoup plus petits 
que les autres, paraissent rachitiques comparativement, et si les glandées 
de chaque arbre sont abondantes et peu distantes entre elles, la plupart 
des brins de semis, venus en dehors des circonférences individuelles 
des baliveaux , périssent étouffés par le massif des semis qui les en- 


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128 


ANNALES 


lotirent, parce qu’ils sont trop en retard par la taille et la force pour 
s’élever dans leur voisinage. 

Les raisons apparentes de ce fait comparé sont, que les brins du 
semis épais ameublissent mutuellement le sol, le rendent perméable 
et frais, s’abritent réciproquement de l’action du soleil et des intem- 
péries atmosphériques, empêchent les végétations parasites de se glisser 
parmi eux, et à l’époque de la défoliation, trouvent un élément de fer- 
tilité et un abri pour leurs racines dans leurs propres feuilles , qui 
tombent à leurs pieds et y restent emprisonnées par la multitude des 
tiges comme dans une sorte de réseau. 

Les brins dans l’isolement manquent de ces avantages dont l’in- 
fluence est grande, puisque, malgré l’extrême multitude de brins qu’un 
étroit espace entretient dans le premier cas, ils deviennent plus beaux 
que dans le second. J’ai vu le même fait se reproduire avec autant 
d’évidence en plein champ, dans un sol inculte depuis longtemps, de 
consistance moyenne, où, par manière d’essai, on avait planté à la 
boue, dans la moitié de la surface du terrain, des glands à l'espacement 
de deux mètres, et dans l’autre à l’espacement de 0 m , 1 6 : la première 
de ces plantations a péri en grande partie, envahie par des herbes 
parasites, les brins qui échappaient, mal venants, végétaient en buis- 
son, tandis que l’autre formait un épais fourré de brins élancés et 
vigoureux. 

11 y a dans les Vosges des forêts de chênes dont le sol a autrefois 
appartenu à la charrue ; on en voit la preuve dans la conservation 
encore parfaite des billons. Quelques-unes de ces forêts déclinent, leur 
dépeuplement s’opère en beaucoup d’endroits, les clairières sont gar- 
nies de bruyères, les arbres de réserve se couronnent et dépérissent 
sans donner de semis ; mais je ne crois pas qu’on puisse imputer ce 
résultat au défaut d’alternance, car, sans pouvoir préciser l’époque à 
laquelle on labourait le sol de ces forêts, comme les billons sont 
pareils à «eux qu’on fait aujourd’hui, et indiquent l’usage d’une charrue 
puissante, cette époque, toute vague qu’elle soit, ne saurait être assez 
ancienne pour empêcher déjà aujourd’hui le chêne, dont la longévité 
est si grande, de se reproduire en ces lienx. 

Que la ruine d’une forêt de cette espèce ait été commencée par 
une cause indépendante de la loi d’alternance, ou par l’inobservance 


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DE LA SOCIÉTÉ DÉMULàTIOH. 


129 

4e celle loi , ou par ces causes combinées, il est douteux qu’on puisse 
se prononcer autrement que par expérience dans des cas pareils, et 
il est certain que l'état de la forêt, lors même que la loi d’alternance 
n'y serait pour rien, doit progressivement empirer , parce que les 
conditions nécessaires au repeuplement naturel tendent toujours à 
disparaître de plus en plus. 

{ 8. Ce n'est donc pas sans fondement que les adversaires de l'al- 
ternance en sylviculture peuvent récuser les faits de déboisement qu'on 
rapporte b cette loi; mais en prétendant à leur tour que, sans inter- 
ruption ni in, dans l'état actuel de l'art , le même sol peut entre- 
tenir une même espèce d’arbres forestiers , sans variation dans les 
résultats de la production , ils donnent dans un excès opposé. 

Voici d'abord une observation que je tire des pépinières de mélèzes 
d'Europe que mon père cultive' depuis longtemps. 

fl élève cette espèce pendant une année sur des couches froides. 
Au printemps suivant , le jeune plant est extrait de ces couches et 
repiqué en pépinière où il reste deux ans, terme après lequel. les 
jeunes arbres, ayant une taille moyenne d’un mètre environ , forment 
du plant assez robuste pour être placé à demeure. Or, si , après une 
récolte de ces mélèzes ayant deux ans de pépinière , on en replante 
dans le terrain qu’ils avaient occupé et après l’avoir convenablement 
préparé, les nouveaux sujets y réussissent beaucoup moins que les 
premiers. Après la révolution bisannuelle , ils sont plus grêles , moins 
élevés , et quoiqu’ils aient été cultivés de la même manière , il en 
périt davantage dans l’intervalle de ces deux années. 

Si on en remet une troisième fois dans le même terrain , on en 
perd plus d’un tiers ; ceux qui restent après la période de deux ans 
sont très-chétifs. 

Ce résultat fâcheux, auquel mon père a été amené parce qu’il 
manquait de terrain neuf pour loger tout sou plant, s’est reproduit 
plusie u r s fois avec les mêmes caractères, quoique les années fussent 
düéveutes. 

Présumant qu’une application d’engrais pourrait remédier b cet 
accident, il a fait fumer, pour y planter du mélèze, un terrain qui en 
avait déjb porté trois fois ; mais cette fumure n’a agi que comme 
un (bible palliatif : le plant, à la fin de sa révolution bisannuelle, 

9 


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130 


ANNALES 


était à peine égal en force à celui d’une seconde récolte obtenue sans 
engrais du même terrain. Le vrai remède, dont il se sert actuellement, 
consiste à occuper par de l’avoine et du trèfle les pièces de terre 
qui ont servi pendant deux ans de pépinière aux mélèzes. A la se- 
coude année, on enfouit la seconde couche de trèfle par un labour ; 
ce n'est qu’après un intervalle de deux ans que le terrain ainsi préparé 
peut porter du mélèze avec un plein succès. 

Il ressort de cette observation, recueillie en dehors des forêts et 
par conséquent nette des circonstances qui jettent de l’obscurité sur 
le résultat, que, malgré une culture soignée, plusieurs plantations suc- 
cessives et périodiques de jeunes mélèzes exécutées dans le même 
terrain, au lieu d’y prendre un développement à peu près également 
puissant , n’ont qu’une végétation faible , et qu’à partir de la se- 
conde de ces plantations jusqu’à la dernière , il meurt beaucoup plus 
de plant dans celle-ci que dans les autres ; de plus, comme les sujets 
de chaque plantatiou n’ont pu pénétrer dans le sol que jusqu’à une 
profondeur proportionnelle à leurs courtes racines, c’est seulement 
cette couche très-peu profonde qui s’est appauvrie par degré pour le 
mélèze, pendant la durée de chaque plantation ; j’ai dit pour le mélèze, 
car, sans engrais, on obtient, après son extraction du terrain où il 
est resté deux ans, une belle récolte de seigle, d’avoine ou de 
pommes de terre. 

Malgré les caractères qui distinguent si fort l’espèce du mélèze 
des espèces fruitières , celles-ci finissent par donner du plant aussi 
débile , si l’on tente de les reproduire- un certain nombre de fois 
après elles-mêmes ; aussi, guidés par l’expérience, les jardiniers pé- 
piniéristes ont-ils soin de les faire alterner, ou plus généralement de 
leur faire succéder des plantes annuelles. 

On aurait donc tort de ne pas vouloir entendre parler des preuves 
d’analogie dans cette question de l’alternance , puisque , malgré la 
dissemblance des espèces, on arrive par la même voie de culture 
à des résultats identiques. 

Pourquoi maintenant cette loi d’alternance, dont les effets sont 
si saisissants hors des forêts , ne se ferait-elle plus sentir sous le 
régime forestier ? Pourquoi le résultat fourni par l’expérience , sur 
trois générations successives de jeunes mélèzes , ne se reproduirait- 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATIO* . 131 

il pu es forêt, après trois générations successives de cette espèce 
abandonnée k tout son développement ? 

Ces trois générations de jeunes mélèzes ayant appauvri pour soi , 
dans l’espace de six ans, malgré le dépôt annuel de leurs feuilles et 

une culture soignée, une couche superficielle du sol proportionnelle 
eu épaisseur à la puissance de leurs racines, qu'v aurait-il d’étrange 
que trois générations successives de mélèzes , placées dans un même 
sol en forêt, vivant chacune deux siècles, et allant chacune puiser par 
leurs racines, au fur et à mesure de l'âge, dans toute la profondeur 
du sol nourricier, ce sol, après six siècles, fût appauvri pour le mélèze, 
et que la troisième génération de cet arbre fût moins belle, moins 
productive que les deux autres? N’est-il pas plus étrange d’admettre 
que, sous un bon régime forestier, le sol conserve la même aptitude 
à reproduire éternellement la même espèce, sans variation dans la 
quantité et la qualité de son produit? 

On a imaginé , pour s’autoriser dans cette créance, une sorte de 
jachère en forêt. Selon cette idée, les racines d’un jeune arbre, qui 
d'abord végétaient dans la couche la plus superficielle du sol , s'en- 
fonçant d’âge en âge dans les couches subjacentes, laisseraient en 
repos, pour une génération nouvelle, les couches supérieures qui les 
avaient alimentées dans leur jeunesse. 

Il suffit, pour juger celle théorie, d’examiner l’appareil radical d’un 
très-jeune chêne, et je choisis à dessein celte espèce, parce qu’entre 
tous les arbres forestiers qui ont un pivot , elle est munie du plus 
puissant. 

La ligure de ce jeune arbre, considéré dans la tige et les racines, 
est la miniature de l’arbre parfait ; sur le pivot ou l’axe radical se 

trouvent échelonnée», à partir du collet, de» racines latérale» qui 
sont destinées k explorer horizontalement toutes les couches du terrain 
qu’atteiut actuellement le pivot. 

Dans l’afbre fait, ces deux divisions dn système radical ont suivi 
chacune leur direction primordiale : le sol est traversé verticalement 
par le pivot, et les racines latérales se sont déployées d’étage en 
étage dans tonte» ses couche». Les plus puissantes de ees racines sont 
toujours les plus superficielles, parce que, d’une part, ce sont les 


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AHHALBS 


132 

premières formées, ei que, d’une autre, elles ont à parcourir les couches 
les plus fertiles. 

Cette division latérale de l’appareil est infiniment plus importante 
que l’autre pour la nutrition du sujet : une preuve de ce fait, c’est 
qu’il y a des arbres , l’épicéa , par exemple» qui sont dépourvus de 
pivot, et si l’on suppose, d’un autre côté» des arbres de futaie à 
l’espacement respectif de six mètres en tout sens, et ayant sous eux 
un sol d’un mètre de profondeur à percer verticalement, quelle 
ressource alimentaire peut offrir à l’arbre l’épaisseur de cette couche 
parcourue de haut en bas, comparée à la multitude de mètres cubes 
qu’ont à traverser, dans leurs couches les plus artificielles et les plus 
fertiles, les racines latérales dans une circonférence de six mètres 
de rayon ? 

De même que, dans une futaie pleine, les tètes des arbres s’ent re- 
croisent par leurs branches, de même aussi leurs racines superficielles 
viennent s’entre-croiser dans la circonférence respective du terrain 
qu’occupe chacun d’eux , et jettent sur leur trajet des radicules 
beaucoup plus multipliées dans la couche immédiatement superficielle 
du sol, parce qu’elle est la plus féconde. 

Je ne vois pas, je l’avoue, dans l’ensemble de cet arrangement 
naturel , dont la connaissance est familière au plus simple des bâ- 
cherons , où trouver place pour la jachère forestière. 

Pour cette explication , j’ai choisi le chêne, qui, pénétrant plus avant 
dans le sol par la supériorité de son pivot, me paraissait le mieux 
servir cette théorie de la jachère ; et c’est cette espèce qui paraft 
généralement péricliter le plus aujourd’hui, c’est celle à l’égard de 
laquelle on a surtout agité la question de l’alternance. Les faits suivants, 
que va me fournir la forêt d’Epinal, viennent encore à l’appui de mon 
opinion. 

§ 9. Cette forêt, de la contenance de 2,671 hectares, occupe un 
sol qui, varié dans sa configuration, sa composition et sa profondeur , 
présente par là des traits de comparaison entre les résultats de la 
végétabilité selon les lieux. Il est généralement montueux , mais ren- 
ferme néanmoins des parties considérables qui sont plates. Le noyau 
des collines est tantôt formé de grès rouge, tantôt de grès bigarré, qui 


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de la socrtri b'émulatioe . 


133 


ont donné tmmtmt, le prem i er , k des terrains süietux très-légers, 
le second, à des terrains argile-sfiiceux ; il y a des coltines qui sont 
recon rei l cs d*aUurrions diluviennes, ordinairement fort chargées de 
grosse grère silicense ; enin, en plaine, se troorent des terrains roisins 
dn calcaire et fortement argileux. 

Les espèces d'arbres qui prédominent dans cette forêt sont le chêne 
et le hêtre. Dans certaines parties, le hêtre existe actuellement presque 
ans mélange» mais le plus communément il est mélangé au chêne, 
et en général en le Voit de préférence dans les bas fonds frais et 
sur les fanants à l'exposition dn nord et du nord-est. 

Le chêne sas mélange de hêtre occupe de bien plus grandes parues 
deeetteforéCLes antres essences se composent de charmes, de bouleaux 
et de trembles, qui croissent parmi les premières essences, tantôt 
seule s , tantôt réunies. Enfin, dans quelques cantons, on voit des 
p in er a iet de différents âges. 

Il a'eet personne qui , après an examen de cette forêt, autrefois si 
riche en chênes , ne reconnaisse que cette espèce ne tend généralement 
à en disparaître que dans les cantons où elle est mêlée au hêtre (celui- 
ci l’enfahit même dans des situations qui lui conviennent moins qu’au 
chêne) ; que , dans les cantons où le chêne est seul , il languit et se 
dépeuple d'autant plus visiblement que le sol est moins>riche. 

Ce sont les parties les moins fertiles, dont le sol est siliceux, qui 
ont été déboisées les premières et qui portent aujourd'hui de fort belles 

Les premiers essais d'introduction du pin sylvestre ont été tentés il 
y a vingt-cinq ans environ, dans le canton de la Vierge , sur un coteau 
presque entièrement déboisé de chênes, dont le sol léger est en général 
pon profond. Avant de songer k faire suoeéder le pin sylvestre au 
chêne, on a tenté de reproduire celui-ci par des moyens artificiels ; 
car, d'âne part, les chênes baliveaux étaient trop nues, et d’une antre, 
le terrain trop envahi de bruyères et d'herbes pour la réussite de 
•émis naturels. On y a d'abord planté des glands k la houe, après 
avoir extirpé dn sol les plantes parasites ; ces glands ont levé parfai- 
tem en t, puis leurs jeunes tiges sont devenues languissantes et ont 
péri après quelques années. On a eu recours k la plantation du chêne, 
mais sans plus de succès. 


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134 


▲RlfALES 


Je dois faire remarquer ici que ces parties du canton de la Vierge, 
dépeuplées de chéoe et aujourd’hui converties en pineraie , sont 
orientées au sud et au sud-ouest, et que, sur les revers opposés, 
l’essence du chêne existe encore, quoique malvenante. 

En admettant que , pendant la série des exploitations , on n’ait pas 
plus serré les réserves dans les revers aux orientations brûlantes du 
sud et du sud-ouest que dans les revers aux orientations plus tem- 
pérées et plus fraîches du nord et du nord-est, on a en partie la raison 
du dépeuplement qui s’est produit aux expositions méridionales. Mais 
pourquoi n’a-t-on pu parvenir artificiellement h les repeupler de chênes? 
On s’abuserait en rapportant ce mauvais résultat à une exposition 
défavorable; car on a encore essayé de repeupler de chênes, par voie 
de semis exécutés h la houe, des clairières situées en lisière, à l’expo- 
sition du nord-est (canton de Sainte-Barbe) ; ces semis ont très-bien 
levé, puis ont tourné h rien* quoique le sol fût profond. Il faut ajouter 
d’ailleurs que , sur les revers du canton de la Vierge exposés à l’est 
et au nord, où le chêne se montre encore, les baliveaux, quoique 
donnant des semences, donnent peu ou point de semis , et qu’il s’y 
montre débile. 

Dans un autre sol configuré en plateau (canton du Grand-Plain) , 
lequel était autrefois bien peuplé de chênes et se trouve à peu 
près ruiné maintenant, des gardes forestiers ont exécuté il y a 
quelques années un semis de glands, avec beaucoup de soins, sur 
la lisière de la forêt ; ce semis, qui a levé très-épais d’abord, est 
aujourd’hui fort éclairci, sans vigueur, rabougri, et présente tous les 
signes d’une fin prochaine. 

J’ai indiqué précédemment, h l’appui des adversaires de l’alternance, 
les obstacles qui s’opposaient à la reproduction naturelle du chêne 
dans des forêts de cette espèce arrivées à un certain degré de 
déboisement. On pouvait expliquer pourquoi le gland des baliveaux 
restants, tombé autour d'eux , soit sur un terrain nu et durci , soit 
le plus ordinairement envahi par la bruyère ou de grandes herbes, 
ne pouvait prospérer, et pourquoi ces baliveaux , trop distants les 
uns des autres, devaient succomber prématurément sous cette même 
influence des plantes parasites. Mais comment expliquer la non-réussite 
de ces plantations de glands , serrées convenablement , exécutées à la 


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DE LA SOCIÉTÉ D* ÉMULATION. 


135 


houe, après l'extirpation des mauvaises plantes, si ce n'est à une 
certaine impropriété actuelle du sol à reproduire la même espèce ? 

Depuis la création et le plein succès de la première pineraie dans 
la forêt d'Epinal, ce mode de repeuplement a été mis en usage, non- 
s e ulem e n t dans des parties fort considérables de cette forêt, mais 
dans un très grand nombre de forte des Vosges dépeuplées de chêne, 
envahies par la bruyère, et c'est assurément la plus remarquable, la 
plus importante de toutes les améliorations forestières qui aient été 
exécutées depuis un quart de siècle, que ce fait d'alternance auquel 
on a été forcé. 

D est certain que la majorité de ces terrains forestiers , formés 
de la décomposition du grès rouge et occupés maintenant avec tant 
d'avantages par de jeunes pineraies, peuvent être mis, la plupart , 
en dernière classe pour la production du chêne ; mais on ne saurait 
s’appuyer de cette circonstance, car, que ces sols soient relativement 
médiocres ou pauvres pour l’espèce du chêne, encore faudrait-il, pour 
pouvoir inftrmer la loi d’alternance, que cette espèce pût se perpétuer 
dans ces sols et y arriver toujours à la taille que comporte leur 
fertilité relative. Or, si l’on considère d’abord que , dans ces cas de 
déboisement commencé de forêts de chêne, quelle qu’en soit la cause, 
ce mal empire si l’on compte sur une reproduction naturelle ; que 
les tentatives de reproduction artificielle échouent, quoique faites 
selon les meilleurs procédés de l'art , tandis que, au contraire, une 
espèce fort différente réussit à merveille dans des conditions qui de 
toutes manières se montrent si impropres à l’autre, il faut convenir 
qu’en dehors des causes humaines qui ont pu amener le déboisement 
de beaucoup de forêts de chêne, la loi d’alternance se fait sentir , 
sans qu'on puisse dire quelle part d’influence elle exerce dans ces 
faits de déboisement. 

Je ne puis m’empêcher de faire encore remarquer ici combien il 
fout accepter avec réserve les explications que fournit la science sur 
beaucoup de faits naturels. En admettant la théorie de M. Liebig, rien 
ne serait plus facile à comprendre que cette heureuse succession du 
pin sylvestre au chêne. 

En effet, l’analyse chimique lui démontrant que le chêne donne 
plus de cendres que le pin, que les cendres du premier contiennent 


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136 


AJVUALE6 


une bien plus grande quantité de sel à base de potasse que celles 
du second, comme il part de là pour expliquer la belle végétation 
du pin dans les landes sablonneuses et pauvres en potasse, où la 
culture du chêne ne saurait prospérer , on pourrait dire , dans les 
cas d’alternance du pin au ehéne, que la réussite du premier après 
la ruine de l’autre tient à ce qu’alors le sol n’est plus assez pourvu 
de potasse pour que le chêne y puisse prospérer, tandis qu’il en 
renferme assez pour que le pin y réussisse pleinement. Mais comme, 
d’après le même chimiste, le cendres du hêtre sont de beaucoup 
plus riches en sels à base de potasse que celles du chêne, et qu’il 
existe, comme on va le voir, des faits d’alternance réelle du hêtre 
au chêne, l’explication de l’alternance du pin au chêne ne saurait 
convenir, toute séduisante qu’elle puisse paraître. 

§10. On rencontre dans la même forêt d’Epinal de nombreux 
exemples d’envahissement du chêne par le hêtre, particulièrement 
dans les cantons aménagés en futaie. Une partie de celui dit de 
Margotte, lequel était autrefois presque absolument occupé par la 
première de ces deux espèces, est aujourd’hui converti en un ad- 
mirable gaulis de hêtre pur, de l’àge de 30 à 40 ans, malgré le 
soin qu'on avait apporté à conserver abondamment pour la réserve, 
de révolution en révolution, du baliveaux de chêne. Les souches de 
cette espèce qui se voient encore depuis la dernière coupe d’extraction, 
sont , dans leur périphérie , toutes garnies de jeunes hêtres extrê- 
mement vigoureux, et ce n’est que par exceptions, très-rares encore, 
qu’on trouve, dans ce nouveau massif, quelques brins de chênes assez 
malvenants. En faisant la part, dans l’examen de ce fait, des causes 
physiologiques qui rendent le hêtre si intolérant pour le chêne, et 
de la prédominance habituelle de cette espèce dans les réserves* il 
reste un signe fort saisissant qu’on ne peut s’empêcher de rapporter 
en grande partie à l’état vierge du terrain pour le hêtre : c’est son 
admirable végétation , dont on ne trouve pas d’exemple parmi les jeunes 
recrues dans des forêts de hêtres anciennes, quoique placées, quant 
à l’exposition et au sol, dans des conditions plus favorables* 

La valeur de ce signe paraît avec plus d’évidence dans les faits 
suivants : 

Hans le canton dit le Grand-Plain, dont j’ai déjà parlé, primitivement 


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DE LA société d'émulation. 


137 


peuplé de chênes, aménagé en taillis sous fataie, et qui est aujourd’hui 
parsemé de clairières qui s’y étendent et s’y multiplient d’année en 
année, on rencontre çà et là de jeunes hêtres , dont la semence a 
pu être apportée du canton voisin , dans lequel cette espèce a déjà 
envahi le chêne, soit par le mulot, ou des oiseaux, ou des récolteurs 
de faines : or, ces hêtres d’essai , dus au hasard , déploient la plus 
grande vigueur dans ces parties où le chêne décline si fort en 
croissance cl reprod uct io n , de sorte que si, à la longue, le hêtre venait 
à s'emparer du canton, ce résultat ne saurait être attribué à sa 
prepro action envahissante, puisque le chêne, se dépeuplant loi-même, 
lui cède le terrain. 

Dons le canton de Voiriot , qui sait le précédent , on avait inuti- 
lement essayé de rep e upl e r de chênes, par semis et par plantation, des 
clairières situées en lisière à l'exposition du sud et garnies de bruyères 
oA se rencontrent çà et là quelques vieux chênes dépérissants. H y a 
quatorse ans environ qu’un garde s'avisa de planter ensemble, dans 
l’une de ces clairières, des brins de hêtre et de chêne, et quoique 
cet emplacement fût bien moins favorable aux premiers qu’aux seconds, 
tant par la sécheresse naturelle du sol que par son exposition mé- 
ridionale, on y voit aujourd’hui un vigoureux bouquet de hêtres, dans 
lequel il reoie encore quelques ehénaux étiolés , en sous bois, comme 
pour témoigner de la disparition de moitié du mélange. 

Je ne sais ce qu’on pourrait objecter contre ces observations qu’il 
me serait fecüe de multiplier ; mais je vois dans cette végétation mi- 
sérable d’une espèce, dans sa caducité graduelle, dans l'impuissance 
oA l’on se trouve à la reproduire dans les lieux d’où elle a disparu, 
et, au contraire, dans la brillante réussite d’une espèce différente pour 
la remplacer, ces effets opposés desquels la pratique agricole et horticole 
a déduit une loi végétale ; et alors même que cette loi serait ima- 
ginaire, comme il importe d’agir pour le repeuplement de ces cantons 
forestiers, il est certain pour moi qu’on n’y parviendra pas en employant 
le chêne, taudis que le succès du hêtre ou d’une espèce résineuse 
assortie aux circonstances locales est hors de donte (1) 

(I)Osni admit en règle qae le ternit naturel da hêtre avait besoin d'an 
eoavert mfBtaat durant ane série d’années pour ne pat succomber, toit aax 


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138 


AIIVALES 


§ 11. Le chêne est encore de belle venue, et se renouvelle faci- 
lement dans quelques parties de la même forêt : ce sont les plus 
fertiles, et il y est mêlé à des bois blancs. Doit-on rapporter uniquement 
ce résultat si différent des précédents, quoique le peuplement de la 
forêt soit contemporain et qu’elle ait été soumise au même mode 
d’administration, a la supériorité comparative du sol, ou l’eipliquer 
par l’alliance du chêne avec les bois blancs? Ces espèces, le bouleau, 
le tremble , le saule Marsault (on peut ajouter le charme, quoiqu’il 
ait un bois dur), forment avec le chêne un groupe naturel. Les trois 
premières, sous l’influence des vents, répandent leurs semences si fines, 
si légères, loin d’elles et dans toutes les directions ; le charme par 
ce mode de semis a beaucoup moins de puissance ; quant au chêne, 
sa dissémination ne dépasse guère les limites de la circonférence 
qu’embrasse sa tête. Aussi, dans cet état ancien où les champs ne 
bordaient pas de toutes parts les forêts, il ne pouvait être, à cause de 
ses lourdes semences, que lentement envahissant, et aujourd’hui que 
cette ceinture agricole existe, il ne saurait alterner que de proche en 
proche, et réciproquement, avec les essences auxquelles il est le plus 
naturellement associé. Comme il les domine par sa longévité et sa gran- 
deur comparative , elles lui échappent par leur mode de dissémination 
si puissant. Voilà, je crois, comment le chêne peut encore alterner 
naturellement , se soutenir toujours dans un même canton , quoique 
l’alternance artificielle soit plus régulière et plus efficace , et comment 
je juge de son alliance avec les bois blancs dans le résultaten question. 

Mais le bois du chêne étant d’une utilité supérieure et plus générale 
que celui des bois blancs , on a voulu dès longtemps réglementer les 
forêts à son profit, en lui sacrifiant ceux-ci. Il, est arrivé, de ce système 
trop exclusif, dont les plus mauvais effets se montrent particulièrement 


ardeurs du soleil, soit surtout à l'action des gelées printanières; de sorte qu’il 
ne faudrait pas compter sur le succès du repiquement de très-jeunes hélres 
qu’on ne placerait pas dans cette condition, c’est-à-dire sous un ombrage 
convenable ; mais je suis fondé à croire, par expérience, qu’à l’exception des 
vallées qui du jour à la nuit subissent d’extrêmes variations de température, 
on réussira à repiquer à découvert des brins de hêtre de l’âge même de deux 
à trois ans, et que les faits d’après lesquels on a établi la règle ont été exagérés. 


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DS LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 


139 


dans l'aménagement eo taillis soee-fataie , appliqué aux forêts en sol 
médiocre et mélangées de chêne et de bois blancs , qu’à force de (aire 
la guerre à eaa deniers y de les abandonner dans le balivage, en comp- 
tant stries recrées de leurs souches , celles-ci se sont épuisées , ont 
formé des vides , de sorte que , malgré la fécondité de ces espèces et 
leur mode de dühskm séminale, aies tendent à disparaître , les chênes 
s'en vent à leur tour, et le sol se peuple de bruyères et d’herbes : tel 
est du moins l’état de beaucoup de parties de la forêt d’Epinal , et si , 
dans quelques autres parties de la même forêt , le chêne se mêle aux 
bois blancs et socousorve bien à tous égards , ce n’est pas que ceux-ci 
aient été épargnés, puisqu’on a suivi pour eux le même système , mais 
les beux leur conviennent si fort qu’on n’est pas encore parvenu 
jusqu’ici à les en expulser (i). 

Dans le mélange asaes commun du chêne avec le hêtre , mélange qui 
lui est moins favorable qu’avec les bois blancs , puisque le hêtre, qui 
n’est que son égal en taille , qui a le même mode de dissémination , le 
domine quant à l’occupation du terrain , c’est aussi par cette préférence 
outrée pour le chêne, en l’épargnant trop lors du balivage, que d’or- 
dinaire on seconde la supériorité naturelle de son adversaire pour 

Il n’est donc pas étonnant , d’après ce qui précède , que ce soit sur- 
tout à l’occasion du chêne qu’ait été agitée la question de l’alternance 
en matière forestière. 

il n’est pas étonnant que cette espèce , à laquelle est naturellement 
départie une xone si étendue, et qu’on a voulu conserver partout où 
elle s’est rencontrée, c’est-à-dire dans des sols d’une fertilité très-va- 
riable , et en irisant tourner contre elle un privilège d’aménagement 
tout particulier et si assuré en apparence, fournisse aujourd’hui, 
surtout dans les sols peu fertiles , tant de faits de défaillance ou de 
dépeuplement. 


(4) Un mélange de bois blancs et de bois dors donne plus en prodnit, à 
surfaces égales, qu’une composition simple de l’une ou de l’autre de ces sortes. 
Le méteil fournit plus aussi que leàlé et le seigle cultivés séparément. Ces ré- 
sultats semblables ont-ils une même cause , et quelle est-elle ? 


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140 


AH1VALE8 


U n'est pat étonnant que, dans les régions montagneuses, l’épicéa 
paisse l'envahir , et qu’il n'en soit jamais envahi. 

Il n’est pas étonnant qu’on ne signale point d'envahissement dn 
hêtre par le chêne , et que oeux du hêtre sur le chêne soient si 
communs. 

Enfin, il n’est p*s étonnant qu’il ne paisse fournir d’exemples 
d’envahissements réciproques ou d’alternance qu’avec les bois blancs, 
partout où Us se trouvent encore en certaine proportion avec lui. 

Ce n’est donc pas en vain qu’à l’état de nature les plantes vivent en 
groupes d’espèces variées, et non en groupes d’individus d’une même 
espèce, et le mauvais résultat de la culture isolément continuée d’une 
espèce dénonce la nécessité de l’alternance comme une des raisons 
de cet arrangement primordial. 

Assurément, au milieu des causes diverses qui peuvent participer à 
ce pernicieux effet , en avancer l’arrivée, en augmenter la gravité, en 
ne saurait préciser sa propre mesure , surtout à l’égard des végétaux 
séculaires ; mais toujours est-il que ceux-ci n’en sont pas plus affran- 
chis que les plantes de culture annuelle. 

Les arbres rabougris, en buisson, que le hasard a semés sur le ciment 
aride des vieilles ruines, y vivent longtemps , et, selon tonte apparence, 
presque absolument aux dépens de l'atmosphère ; la cause de leur ohé- 
thrifté est saisissante. Sous un autre rapport , je pourrais montrer dans 
le même sol des épicéas de 23 ans ayant , les uns nne taitte de 50 cen- 
timètres , et les antres de 1 0 mèfres ; mais les premiers , sons un 
couvert épais , n’ont pas asses de lumière et attendent, les autres sont 
à découvert. 

n est possible que les arbres, résistant à la mort dans de si extrêmes 
conditions, se défendent aussi très-longtemps, lorsqu’une espèce , par 
sa reproduction continuée dans le même sol , l’a rendu impropre pour 
soi ; mais, en supposant qu’il regagnerait à la longue , pour elle encore 
présente , l’aptitude initiale qu’elle lui a fait perdre , ce qui est con- 
tradictoire , ce mode de culture ne saurait être admissible , puisqu’on 
dépenserait beaucoup plus de temps pour la production que dans les 
conditions normales. 

C’est sous les inspirations de la chimie agricole que s’est particulière- 
ment produite la réaction nouvelle contre le principe capital de 4a 


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DK LA société d'émulation 


141 


Marie des assolements. Quand cette science aura fourni un procédé 
feo wo mf fu s arec lequel on pourrait perpétuellement obtenir du même 
aol pleine récolte de garance ou de luzerne , il sera facile d'en trouver 
un pour les forêts ; Jusque-là il est plus sage d'alterner ; et dans ces 
problèmes à tant de faces que présente la production des plantes, 
rien ne presse encore d’accorder à V agriculture du creuset l’autorité 
qu'elle veut prendre sur l'autre. 


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142 


AN H A LES 


St&ttQlRB 

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MTR13X3 

APPORTÉES 


DAMS li'EWPLei BEI BOIS P0VJB LA MMOIEBIE , 


PAR M. L.-A. BOILEAU, architecte, 

MEMBRE ASSOCIÉ LIBRE. 


L’industrie de notre époque devait s’emparer avec empressement 
des découvertes de la science brillante de l’époque qui l’a précédée , 
pour les mettre à profit dans ses entreprises. Les arts mécaniques 
devaient se ressentir tous de cet apogée scientifique qui a vu l’al- 
chimie décevante faire place à la chimie positive sous l’impulsion 
de l’infortumé Lavoisier; la physique, sa sœur, constituée comme 
elle sur de nouvelles bases ; les pratiques routinières de l'art du 
trait abandonnées pour les théories universelles de la géométrie 
descriptive à la voix du patriote Monge ; l’astrologie des mages et 
des califes définitivement détrônée par l’astronomie de nos savants ; 
la géologie renouvelée et corroborée par la recherche si féconde 
des fossiles de Cuvier, concorder admirablement avec les révélations 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION . 


143 


de la genèse, et tant d'autres progrès dans la même direction. Et, 
en effet, les conceptions industrielles, considérées dans leur en- 
semble , ont pris de nos jours un rapide essor. Néanmoins, en 
examinant en détail les produits de l'industrie , on reconnaît bientôt 
qu'il n'y a, jusqu'à présent, que les découvertes et les procédés 
susceptibles d’offrir des chances de gros bénéfices à la spéculation , 
qui aient été appliqués ; tandis que les données de la science qui 
n'offrent que des moyens d'améliorer ou de perfectionner les produits 
des arts , c'est-à-dire , qui se bornent au progrès indépendamment 
du profit, sont encore négligés. 

Ayant été à même d'exercer l'art de la menuiserie, et par con- 
séquent de l'étudier, taut sous le rapport théorique que sous le 
rapport pratique, ces réflexions me frappèrent; il me sembla que 
l'on pouvait faire mieux que ce que l'on faisait , sous plusieurs 
rapports; et en faisant des recherches dans ce sens, je reconnus 
que les principales questions, restées jusque là au dessous des 
connaissances acquises dans les sciences et l’industrie, étaient les 
suivantes : 

1° Le choix du sens le plus favorable selon lequel les bois doivent 
être débités et employés , eu égard à leur destination et à la fonction 
qu'ils ont à remplir ; 

2° Les moyens de neutraliser où d'éluder la variabilité theimomé- 
trique et hygrométrique du bois ; 

3° La dessiccation artificielle des bois de toute grosseur ; 

4° L’enduit le plus favorable pour les décorations monumentales ; 
tant sous le rapport de l’embellissement que sous celui de la conser- 
vation ; 

b° L’amélioration de l'exécution des courbes et des cintres. 

Je vais indiquer les solutions qui m'ont été fournies pour chacune 
de ces questions , par l’application des sciences et le résultât des ex- 
périences, eo m’étendant plus particulièrement sur la dernière. 

1° LE CHOIX DU SENS DU BOIS* 

La spécialité de moo sujet m'oblige à commencer par quelques 
considérations générales sur les bois , considérations que les coiinais- 


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144 


ANNALES 


sances des personnes auxquelles je m’ÿresse rendraient au moins 
superflues s'il s'agissait de pure botanique* 

Les arbres de nos climats , de la famille des dicotylédones, croissent 
chaque année en grosseur par l'addition d’une couche circulaire, 
plus ou moins épaisse selon l'essence des bois , la nature des terrains 
et leur exposition bonne ou mauvaise. Ces couches sont des sortes 
de cônes superposés successivement au jet de la première année : la sève 
destinée à leur formation passe, du centre du tronc de l'arbre, 
dans les vaisseaux de communication qui , de ce centre , rayon- 
nent vers la circonférence, et dont la fonction est de déposer, 
entre la dernière couche et le liber de l'écorce, les sucs qui 
doivent donner naissance à une nouvelle couche. Ce tissu de 
communication forme , à la surface d’un tronc coupé selon une 
section droite, des rayons plus ou moins visibles d’après l'essence 
du bois. Le chêne et le châtaignier sont les bois de notre pays 
où ils sont le plus marqués. 

Ces lignes, nommées rayons médullaires dans la physiologie 
végétale , sont appelées mailles dans les arts. 

Le bois est soumis, quant à sa partie solide, aux influences 
thermométriques , de même que les métaux et autres corps bruts ; 
c'est-à-dire que ses molécules sont susceptibles de se dilater par 
la chaleur et de se condenser par le froid. 

11 est en outre soumis, par les cavités appelées pores où la 
sève circule , aux influences hygrométriques , c’est-à-dire à au- 
gmenter de volume par l'humidité en recevant de la vapeur d'eau 
dans ces pores , et à diminuer de volume par la sécheresse en 
perdant cette même vapeur d'eau. 

La première action est peu sensible. 11 n’en est pas de même 
de la seconde , qui est la plus grande difficulté que comporte la 
matière ligneuse. Ces deux effets , la tbermométricité et l'hygromé- 
tricité , peuvent avoir lieu dans le même sens : quand la chaleur 
et l'humidité sont réunies, c'est alors le maximum de gonflement; 
ou quand le froid et le sec se combinent ensemble , c'est alors le 
maximum de contraction; ou bien ils peuvent se contre-balancer 
jusqu'à un certain point par la combinaison inverse. 

En outre, avant d'arriver à cet état normal qui suit la dessio- 


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DB LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION • 145 

cation complète , le bois pâme par no état temporaire tant qu’il est 
vert, on, si l'on veut, tant qu’il contient de la sève. 

La sève d'un bois fraîchement coupé contient divers composés 
chimiques h l’état plus ou moins liquide ; les «ns sont des substan- 
ces résineuses, gommeuses, et mucilagineuses; les autres des 
liqueurs lymphatiques et phlegmatiques qui ont beaucoup de rapport 
avec l'eau. De ces substances, les premières doivent, avec le temps 
se fixer dans le bois, lui donner de la solidité, de l’élasticité, et, 
en un mot, augmenter ses qualités; les secondes, au contraire, 
susceptibles de fermeoter et de s’échauffer sous l'influence de k 
chaleur et de P humidité, sont des causes de destruction qn*on ne 
saurait trop tét expulser et détruire. Cette partie aqueuse de k sève, 
en s’évaporant , vide les pores qui se resserrent et font diminuer 
les pièces de volume, retrait qui , dans le sens où son action est 
k plus sensible , va jusqu’au douzième de la dimension des pièoes; 
c’est par k maille qui a servi à la distribution de k sève dam 
l'arbre sur, pied , qu’elle s’évapore le plus acd venant quand il est 
abattu. 

Tant que le bois n’est pas complètement sec, il eu incapable 
de reprendre à l’air de l’humidité et ne peut par conséquent que 
diminuer de volume; arrivé à ce point, il est soumis aux .alternatives 
dont j’ai parié, et ici encore , c’est le tissu de la maille qui joue 
le plus grand rôle comme étant le plus hygrométrique, v 

Les fils dont le tissu médullaire est composé , sont disposés en 
travers du bois, et coupent à angle droit les fibres ligneuses 
longitudinales ; on peut se convaincre ,. en examinant las gerces trans- 
versales d’une pièce de bois qui a subi l'action de 1a carbonisation 
ou l’altération de k pourriture sèche , que ces gerçures ne pro- 
viennent que de k grande contraction du tissu méduMam. Aussi 
le bois se sépare-t-il beaucoup plus facilement dans le sens de 
k maille que dans tout autre. L’ouvrier des forêts appelé fendeur 
sait tirer parti de celte facilité pour faire son merrain , ses lattes , 
ainsi que les éclisses propres ù la boistellerie et à k racUrie. 

Verte , une planche dont la surface est sciée dans k direction 
des mailles , se dessèche sans se contourner ni se fendre ; tandis 
que k planche dont la surface est sciée perpendicukirement aux 

10 


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146 


ANNALES 


mailles, ou sur couche, se courbe, se déjette el se sépare dans 
la maille en séchant, l'action des mailles agissant sur la plus grande 
dimension. 

Sèche , la planche sur maille a très-peu de variations hygromé- 
triques et se conserve plane sans être maintenue, tandis que la 
planche sur couche, sujette k se retirer et k se gonfler sans cesse, 
se courbe sur la largeur, sous l'influencé d'une humidité ou d’une 
chaleur plus grande d'un côté que de l’autre. 

Abandonnée k elle-même , la planche sur maille ne se sépare 
point sur la largeur sous l'influence d’un choc , k cause de la liaison 
du tissu médullaire , tandis que la planche sur couche casse 
d’autant plus facilement que les mailles en déterminent la sépa- 
ration. 

La propriété principale des couches annuelles, c’est d’être 
séparées par une partie molle qui leur permet, jusqu’k un certain 
point , de glisser les unes sur les autres. Le bois , dans ee sens , 
peut être considéré comme une réunion de lames superposées. 

On peut déduire de ce qui précède les conséquences suivantes 
pour le choix du sens du bois. 

Un panneau ou une partie pleine d'une grande largeur, doit 
être construite en planches snr mailles, si l’on veut éviter les 
dislocations, il n’y a pour ainsi dire pas de force capable de 
maintenir celle qui serait sur couche. 

Une partie découpée k jour , en ornements délicats , doit être sur 
maille, sous peine de ne pouvoir achever le travail sans éprouver 
de nombreuses cassures, et d'exposer les pièces terminées k être 
cassées très-facilement sous l’influence de la contraction ou l'action 
d’un choc. 

Une pièce de bois exposée k un effort tendant k la faire plier 
sur la longueur, doit être posée de manière k opposer le champ 
des couches k cet effort ; c'est ce qu'on appelle placer le bois sur 
son raide : une pièce de sciage, placée horizontalement pour rece- 
voir une charge , doit être tournée ainsi. 

Un battant de bâtis d’assemblage ne doit pas être sur maille 
dans le sens des mortaises , parce que l'effort du tenon ferait ou- 
vrir le bois de chaque côté de la mortaise et éclater les épaule- 


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147 


DB LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 

menti. L’iocoavénieot étant le mémo pour la cheville , la meiHeure 
disposition do bois pour les assemblages chevillés est celle de la maille 
oblique à peu près h 45 degrés. 

tt est impossible de passer en revue tous les cas qui peuvent 
se présenter pour chacune de ces dispositions. U me suffira de 
dire qu’il e’y a pas une seule pièce de bois faisant partie d’un 
ensemble , dont 1a fonction ne commande la préférence de l’un ou 
de l’antre des deux sens du bois sur madle ou sur couche ; le 
raisonnement , basé sur la connaissance des propriétés du bois, peut 
seul guider celui , qui dirige un ouvrage. 

Quoique la perfection du travail dépende de cette combinaison 
qui n’entrafne aucun frais matériel, la plupart des menuisiers et 
autres ouvriers en bois ne font aucune attention aux sens du bois. 
Moins avancés en cela que l’appareilleur qui regarderait comme une 
grande feule de placer une pierre en délit , et que le paveur qui 
cherche le sens le plus favorable pour fendre son grès , matière bien 
plus homogène que les végétaux , ils font à chaque instant les 
contre-sens les plus déplorables, et emploient souvent, à cause de 
cela, pour faire mal un ouvrage, beaucoup plus de bois qu’il n’en 
faudrait pour le bien faire. 

Le bois sur maille n’a guère été apprécié jusqu’à présent que 
sous 4e rapport de la beauté. On sait que les planches sciées sur 
maille, comme le merrain fendu dans la maille, présentent à la 
surface des veines argentées d’un si bel effet qu’on les a souvent 
désignées sous le nom de miroirs. Ce sont ces veines qui ont fek 
rechercher le bois sur maille pour les ouvrages apparents , et ici 
encore, H faut déplorer l’indifférence de nos concitoyens, qui 
fente d’adopter ce mode de sciage, ont acheté nos propres boit 
anxJioMaDdaio pendant plus d’un siècle. Cette nation, entièrement 
dépourvue de bois et en possession de ce procédé de sciage regardé 
comme on secret, tirait des Vosges, du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, 
les plos beaux arbres , qu’elle convertissait en sciage sur maille à 
l'aide de ses scieries perfectionnées, pour nous les vendre ensuite, 
eo bous faisant subir l’augmentation de prix causée par l’impor- 
talioo. 

Malgré les travaux de plusieurs savants , qui ont traité la matière à 


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148 


AJINALES 


la suite du célèbre Buffon , l’ignorance a été jusqu’il faire croire aux 
exécutants que le chêne maillé étaii une espèce particulière et rare ; 
tandis qu’une simple observation du bois qu'ils travaillaient jour- 
nellement , aurait suffi pour leur prouver que cette organisation 
n’avait point d’exceptions dans le chêne. On rencontre encore beau- 
coup d’artisans sur bois qui soutiennent cette erreur. 

On fait depuis peu du sciage sur maille en France ; c’est dans la 
forêt du Der, annexe de celle des Ardennes, et située dans le Nou- 
vion-en-Thiérache , dans le département de l’Aisne , que s’est accom- 
pli ce progrès ; dans la Haute-Marne et les Vosges, qui possèdent 
des arbres propres h cette industrie, il ue paraît pas qu’on y songe 
encore. 

Cependant on ne saurait objecter que ce sciage donne Heu à un 
déchet préjudiciable, car le sciage sur maille produit au moins 
autant de bois que le sciage non raisonné , et il a sur ce 
dernier l’avantage de donner beaucoup de valeur aux bois; outre 
la méthode des Hollandais , bien connue , il y a une autre méthode 
appelée méthode de Moreau , du nom du marchand de bois qui , le 
premier, a essayé de la meure en pratique il y a une cinquantaine 
d’années ; c’est cette méthode qui est en usage dans le Nouvion. 

J’ai la ferme conviction que la propagation de cette méthode , 
encouragée par l’autorité, serait très-profitable au département, 
surtout si l’on combinait le débit perfectionné des bois avec la des- 
siccation artificielle dont je vais parler ci-après. Le sciage, ainsi 
traité , acquerrait assez de valeur pour mériter les frais de transport 
nécessaires pour être vendus avantageusement à Paris et dans d’autres 
localités aussi distantes ; ce qui augmenterait considérablement les 
débouchés, et par suite, la richesse du déparlement (1). 

J’ai eu occasion d’appliquer la disposition raisonnée du bois à 
plusieurs ouvrages dont il sera parlé plus loin; elle leur a donné 
un cachet de perfection notable. 


(1) Voir le chapitre premier de notre Traité complet de V évaluation de 
la menuiserie , qui renferme quelques notions sur les bois et principalement 
les planches, pour la méthode de débit que je riens de mentionner. 


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t 


DE tA SOCIETE DEMULATION. 149 

2° LIS MOYENS DE NEUTRALISER OU D’ÉLUDER LA VARIABILITÉ 
TBERMOMÉ TRIQUE ET HYGROMÉTRIQUE DU ROIS. 

Pinni les matières variées que les arts mettent en œuvre, il n'en 
est point qui comportent des difficultés aussi grandes que celles de 
la variabilité énorme qui est le propre de la matière ligneuse. 

La pierre ne laisse à l’appareilleur que le souci de la forme ; la 
dilatation des métaux est peu sensible et n’a qu'un effet simple ; 
mais la variabilité du bois , compliquée d’on effet double dont l’un 
est très-sensible, exige de la part de celui qui veut employer cette 
matière des connaissances étendues et des combinaisons multi- 
pliées. Outre la forme qu’il doit donner au bois, il faut qu’il 
lasse attention sous l’influence de quelle température il le travaille; 
qu’il prévoie les alternatives auxquelles il sera exposé, étant em- 
ployé , et les effets qui s'ensuivront ; il faut enfin , qu'agissant par 
la force, il neutralise ces effets, ou qu'employant pour ainsi dire la 
ruse , il en élude les conséquences ; car, avec l’emploi des grands 
végétaux , la difficulté croit de toute la différence qui existe entre 
les corps bruts et les corps organisés. 

Bien que la division des surfaces de menuiserie en petits panneaux , 
qui est de toute ancienneté, démontre que la difficulté résultant de 
la variabilité a été reconnue au principe de l’art, la plupart des 
ouvriers , méconnaissant le but de cette mesure , se contentent de 
dire, le bais joua, sans chercher à opposer aucune résistance à 
oet effet , foute de songer que le principal mérite de l'art consiste 
h vaincre les difficultés de la matière. 

D’après ce qui a été dit plus haut sur les propriétés du bois, il 
est évident que vouloir maintenir, d’une manière invariable, de 
grands panneaux en planches sur couche ou en bois vert, serait 
vouloir l’impossible ; tout ce qu’on peut faire en pareil cas , c’est 
d'éluder la variabilité. 

Pour cela , il fout disposer les panneaux de telle sorte qu’ils soient 
à dilatation libre , c’est-à-dire qu'ils puissent se contracter et se di- 
later sans être détériorés et sans que ces effets puissent nuire à 
l'ensemble de l’ouvrage. Ce moyen est applicable aux panneaux qui 


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150 


ÀHHALBS 


n’exigent pas des dimensions précises , comme les dessus de table , 
ni à ceux qui sont entourés d’un bâtis d’assemblage dont le recou- 
vrement est capable de masquer les variations ; dans ces deux cas , 
les panneaux ne doivent être attachés d’une manière fixe , aux parties 
adhérentes , que sur une seule ligne dans le sens du fil du bois ; les 
autres attaches, lorsqu’elles sont nécessaires , doivent être disposées 
de manière k permettre le jeu du bois. Quand on panneau destiné à 
n’étre vu que d’un seul côté est barré par derrière, on laisse la 
dilatation libre en fixant les barres avec des vis, dont le passage 
à travers la barre est une petite mortaise dans le sens du travers 
du bois, au lieu d’être un trou juste de la grosseur du collet 
de la vis. Les barres entaillées dans le bois à coulisse , soit k 
queue , soit k languette sur les côtés et d’une largeur égale sur 
leur longueur, dispensent des attaches et remplissent parfaitement le 
but du système k dilatation libre. 

Un panneau d’une certaine dimension , même en bois sur maille, 
ne saurait conserver sa surface plane , si l’on fixait les barres des- 
tinées k le maintenir d’une manière invariable; en effet, dans cet 
état, un seul côté du panneau est invariablement maintenu et l’autre 
ne l’est pas ; il en résulte que , lorsque la surface libre se gonfle 
soi» l’influence de l’humidité , elle bombe en faisant plier les barrés ; 
de même, lorsqu’elle se resserre sous l’influence de ta sécheresse, 
elle creuse. Si , au lieu d’être adhérente au panneau dans toute sa 
longueur, la barre était attachée seulement de distance en distance , 
le panneau se fendrait entre les attache^ en se contractant ; la di- 
latation libre peut seule obvier k ces inconvénients. C’est le seul 
moyen déluder la variabilité , quand on se propose d’obtenir des sur- 
faces qui restent planes et qui ne puissent se disjoindre ni se fendre; 
mais , si k ces conditions on voulait -ajouter celle de l’invariabilité 
des dimensions, il faudrait avoir recours aux moyens de neutra- 
lisation. 

Le principal, et je pourrais presque dire le seul moyen de neu- 
traliser la variabilité du bois, consiste k opposer k ses variations 
transversales sa qüasi-invariabilité longitudinale * en réunissant for- 
tement des épaisseurs dé bois croisés ; les bois peuvent ainsi être 
réunis par des chevilles , des clous et des vis ; mais l’union obtenue 


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DE LA SOCIÉTÉ D* EMULATION. 151 

i l'aide des cottages est , de toutes , la plus puissante , parce qu'elle 
ne laisse aucun point des surfaces séparé. La réussite, dans ce 
cas, dépend de la perfection des collages , et là encore , il y a une 
difficulté à surmonter. Cette difficulté, qui est presque nulle, quand 
il ne s’agit que de coller des bois faibles ou du placage , comme font 
les ébénistes, est très-sensible quand il s’agit de réunir des masses 
de bois d’une certaine force. Cela tient à ce que la colle qu’on ap- 
plique sur le bois , étant chaude , détermine un mouvement de di- 
latation qui n'est pas instantané , mais qui est d’autant plus à craindre 
qu’il continue à avoir lieu plusieurs heures après le eollage ; la 
pression qu'oo est obligé d'exercer, pour vaincre la résistance de la 
colle et la faire pénétrer dans les pores du bois , en même temps 
que pour mettre les surfaces dans un contact parfait, peut seule 
maintenir ce mouvement ; aussi doit- elle être prolongée jusqu’à ce 
que le bois, influencé par la colle dans sa partie hygrométrique , soit 
revenu à son état normal. J’ai souvent reconnu que des collages, 
fort bons au moment où ils avaient été faits , s’étaient disjoints par 
l'effet de la colle sur le bois, faute d’une pression capable de main- 
tenir les pièces pendant la durée de cet effet. 

D est bon que les surfaces des pièces , réunies ensemble par des 
collages, soient semblables par rapport au sens du bois, et autant 
que possible d’un bois d’une densité égale, afin qu’elles ne subis- 
sent pas une action différente , qui s’exercerait au détriment du col- 
lage. Les collages invariables, c’est-à-dire dont l’adhérence est parfaite, 
^joutent un prix infini aux ouvrages d'art , surtout ceux des angles 
d’onglet , des corniches et moulures qui sont faits après l’achève- 
ment des profils ; car alors , pour empêcher la partie aiguë de s’ouvrir 
par l’effet de la colle , il est indispensable d’établir une pression sur 
les angles avec des cales contre-profilées et taillées exactement selon 
l’angle des moulures. Pour donner une idée du mérite de ces collages, 
il me suffira de dire qu’un seul clou employé pour fixer, en ren- 
dant le collage illusoire , peut souvent éviter plus d’une demi-journée 
de travail. 

Pour obtenir un panneau de dimensions invariables , en même 
temps que capable de conserver sa surface plane , deux épaisseurs 
de bois collées et croisées ne suffiraient pas ; cette disposition n’em- 


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152 


ANNALES 


pécherait pas l'inconvénient dont j’ai parlé plus haut à l’occasion des 
barres d’avoir lieu. On peut atteindre le but en collant ensemble 
trois épaisseurs, dont le fil du bois de celle du milieu serait en travers 
de celui des deui épaisseurs extérieures, qui doivent être égales, 
afin d’établir l’équilibre nécessaire pour que la surface reste plane. 
Pour réussir dans cette opération, il faut apporter le plus grand 
soin dans le choix du bois , car la moindre inégalité dans sa con- 
texture, ou une légère torsion dans les fibres, pourrait exposer le pan- 
neau à gauchir sous l’influence d’une température donnée. On sent 
en effet, que pour obtenir un panneau complètement invariable, on 
a non-seulement à surmonter les difficultés que comporte le bois, 
mais, ce qui est plus encore, à en neutraliser les propriétés ; c’est, 
pour ainsi dire , la pierre philosophale de la menuiserie. 

Après plusieurs essais sur la force de la colle et les différents 
degrés de pression , je suis parvenu h faire faire des collages que la 
sanction du temps a fait reconnaître capables de maintenir la varia- 
bilité du bois par leur forte adhérence. 

3 ° LA DESSICCATION ARTIFICIELLE DE8 BOIS. 

S’il y a lieu aujourd’hui de rechercher des moyens de dessécher 
artificiellement les bois , ce n’est pas qu’on puisse croire un instant 
qu’une telle dessiccation soit préférable à la dessiccation naturelle à 
l’air libre , mais seulement parce que les conditions sociales étant 
changées, le temps n’est plus où la prévoyance d'une génération 
préparait des bois pour la génération suivante , sans être obligée dè 
considérer comme une perte réelle d’intéréts le temps pendant le- 
quel ce bois attendait son emploi. 

Par suite des nécessités actuelles du commerce et de la diminu- 
tion des forêts , il est impossible aujourd’hui de se procurer du bois 
à ouvrer de plus de trois ou quatre années de sécheresse , et ce- 
pendant il est certaines pièces des ouvrages d’art qui , par leurs di- 
mensions, exigeraient une dixaine d’années et plus pour arriver h 
l’état de siccité nécessaire pour ces mêmes ouvrages. Ces motifs, joints 
à la valeur croissante des capitaux , ont fait chercher des moyens de 
dessiccation artificielle ; ceux qui ont été employés jusqu’à présent 


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153 


DE LA SOCIÉTÉ D’ ÉMULATION, 
sont plutôt des moyens d’acccicrcr la dessiccation (|ue des moyens 
de dessiccation proprement dits. Le séjour du bois dans l’eau cou- 
rante et le mode de transport appelé /toilage sont au nombre de 
ces moyens ; ce sont les plus lents et les moins efficaces. Pour at- 
teindre plus vite et plus sûrement le but, on a essayé, dans ces 
derniers temps , de faire pénétrer les bois de vapeur d’eau , en pla- 
çant les bois dans une caisse qui reçoit cette vapeur d’eau, fournie 
par l'ébullition de l’eau d’une chaudière voisine, à l'aide d’un conduit 
de communication ; on a employé pendant quelque temps ce mode 
de dessiccation pour les bois sur maille du Nouvion , mais on l'a 
abandonné parce qu’il avait l'inconvénient de donner au bois uue 
couleur grise et de lui ôter son éclat. Dans ces derniers temps, un 
nommé Antoine a formé , à Paris , une entreprise de dessiccation ar- 
tificielle ; on croit que son procédé consiste à faciliter le passage 
de l’eau froide , qu’il fait traverser dans le bois placé debout , en 
y ajoutant une certaine proportion d’acide sulfurique. On voit que 
ces procédés , les seuls connus jusqu’à présent , se bornent à l'im- 
méHion. 

L’immersion du bois par l'eau froide , l’eau chaude , ou l’eau 
acidulée , détériore le bois ; en effet , pour atteindre le but qu'on 
se propose , il faut que le liquide destiné à accomplir l’immersion 
traverse les pores du bois en chassant la sève ; or, nous avons vu 
que la sève se composait de deux parties distinctes ; si , de ces deux 
parties, celle qui ne peut être que nuisible au bois pouvait être chassée 
seule, il y aurait avantage; mais, dans l'état où se trouve alors le 
bois, les parties gommeuses et résineuses , destinées à sa solidification 
future , sont aussi expulsées , ce qui cause une altération profonde 
dans son organisation. Si l’on ajoute à cette altération celle que le 
bois éprouve 'sous le rapport de son aspect , de sa couleur et de 
son brillant , on aura des motifs suffisants pour rejeter ces moyens 
de dessiccation ; il est reconnu que les bois ayant subi l'immersion 
sont ternes , peu élastiques , moins sonores et beaucoup moins forts. 

L’immersion n’exempte pas les bois du séchage à l’air libre ; l’eau , 
qui a remplacé la sève ne peut être évacuée qu’avec son aide; et 
bien que cette eau s’évapore dans un temps infiniment moindre que 
la sève ne pourrait le faire , il faut encore plusieurs mois aux pièces 


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154 


ANNALES 


d’une dimension ordinaire pour arriver à un état de siccité complète ; 
et je parle ici du bois qui a subi l'action de la vapeur d'eau , car le 
flottage à froid accélère peu la dessiccation. 

D'après la détérioration causée par l’immersion et la supériorité 
reconnue du bois séché à l’air libre , il était évident que le meilleur 
procédé de dessiccation serait celui dans lequel on n'emploierait que 
l'action du calorique pour évacuer la sève, mais alors la grande 
difficulté consistait à chauffer les pièces de bois pour les dessécher , 
sans les exposer à gercer, et l’on sait que, lorsqu'on chauffe une 
pièce de bois vert, la surface extérieure, perdant son eau bien avant 
le centre , se contracte , tandis que le centre conserve les mêmes 
dimensions, ce qui détermine des gerçures. Après de nombreuses 
expériences , j’ai trouvé le moyen d’empêcher le bois de gercer en 
le desséchant k sec ; plusieurs pièces de St-Germain-l'Auxerrois à 
Paris ont été desséchées par ce procédé , qui a la propriété de 
durcir le bois. 

Pour compenser l’inégalité de retrait qui résulte de la dessiccation 
plus prompte à la surface qu’au centre , il fallait faire en sorte 
que cette surface restât constamment imprégnée de l’humidité qui 
s’échappe du centre; j’ai atteint ce but en faisant chauffer les bois, 
enveloppés de sciure sèche, dans une boite en tôle dont le cou- 
vercle est parsemé de petits trous destinés à favoriser une légère 
évaporation. Par ce moyen, la sciure, en contact avec le bois, pompe 
continuellement l’humidité de la sève qui vient à sa surface, la con- 
serve assez pour que cette surface soit complètement à l'abri de la 
chaleur çn même temps que de tout courant d’air, ce qui suffit 
pour l’empêcher de gercer, tandis que la sève s’évapore lentement 
par les trous placés dans le couvercle de la boîte. On conçoit qu'avec 
ce procédé , qui ne fait que vaporiser la partie liquide de la sève , 
il ne peut y avoir aucune altération du bois ; aussi , loin d’être dé- 
tériorés, les bois de tous les échantillons que j’ai desséchés de 
cette manière sans qu’aucune gerçure se soit manifestée , ont-ils 
acquis un degré de dureté très-prononcée, résultant de l’effet de la 
cuisson interne des matières gommeuses et résineuses que contient 
le bois , effet connu depuis longtemps des peuples sauvages , qui en 
font l’application pour certaines armes grossières qu’ils fabriquent 


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155 


DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATIOU. 

avec cette matière. Bien que je n’aie employé que de la sciure 
de bois dans mes expériences , je pense qu’on pourrait aussi em- 
ployer arec succès le sable, qui supporterait une chaleur plus intense. 

Ce procédé , qui doit être pratiqué sur le lieu même de la coupe 
et aussitôt après l’abattage des arbres, afin que les bois ne se ger- 
eeot point à l'air libre , et que la sève soit plus facile b évacuer , 
serait très-avantageux pour les exploitants qui S’appliqueraient b du 
bois de valeur comme celui scié sur maille. D’après mes expériences, 
le prix de revient de la dessiccation serait environ de 20 centimes 
par mètre courant de planehe. 

4° l’enduit le plus favorable. 

Le chêne est celui de tous les bois qui réunit b un plus haut degré 
les conditions de beauté , de durée et de solidité désirables pour 
P exécution des boiseries monumentales; aussi a-t-il toujours eu 
la préférence pour cette destination : les boiseries délicatement 
sculptées du moyen âge, auxquelles le temps a donné une si belle 
cooleur , sont connues. Néanmoins , le chêne nouvellement travaillé 
est d’une couleur fade et d'un ton crû. A l’époque où je me suis 
occupé de la recherche d’un enduit convenable pour la menuiserie 
en chêne apparent , on vernissait ces sortes de boiseries au vernis 
gras. Cet enduit épais et visqueux ne peut être étendu sans laisser 
paraître les traces des poils de brosse , qui détruisent le poli donné 
au bois b force de travail. Son éclat brillant, que le mauvais goût 
a lait regarder comme un avantage , est un défaut capital aux yeux 
de toutes les personnes qui savent apprécier les effets de lumière sur 
les formes en relief; enfin ce vernis, qui n’est pas assez liquide 
pour pénétrer dans les pores du bois, a encore l’inconvénient de 
■mûre b nu une résine opaque , quand l'effet du miroitage vient b être 
détruit par un choc. L’huile de lin, la seule réellement siccative, 
est un excellent enduit pour la conservation du bois dont elle 
soumit les pores ; j'y ai ajouté le mérite d’une belle couleur, en 
y frisant dissoudre du tritoxide de fer et une petite quantité 
de bitume de Judée. L’huile de lin ainsi traitée nourrit le chêne, 
lui donne , selon l'expression des peintres , un ton chaud de plus bel 


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ANNALES 


156 

effet et qui fait valoir les formes. Par sa limpidité , qui lui permet de 
pénétrer dans le bois, on obtient un effet mat , très-favorable au jeu 
de la lumière et des ombres. Cet enduit, qui est en outre assez so- 
lide pour être employé à l'extérieur, garantit le bois de l'influence 
des changements brusques de la température et des attaques des 
insectes. La manière avantageuse avec laquelle il fait valoir les 
mailles du chêne et le ton agréable qu'il lui donne, ont porté les 
peintres de Paris à l'imiter dans ces derniers temps dans les décors ; 
aussi , ce nouveau genre de décorations a-t-il eu une vogue qui a 
fait oublier celle des imitations de bois exotiques et qui dure 
encore. 


5° l'amélioration de l'exécution des courbes. 

Jusqu'à présent, les courbes et les cintres qu’on exécute dans la 
menuiserie pour archivoltes , escaliers , etc. , sont toujours construits 
en bois chantourné et débillardé dans la masse. La multiplicité des 
pièces composant un cintre , le grand nombre de joints qui en est 
la conséquence, le (il du bois divergent en tous sens, ne sont 
qu'une partie des inconvénients attachés à ce mode d’exécution , 
que tout le monde a pu reconnaître. On peut y ajouter encore un 
déchet considérable de l>ois et le manque de solidité , raisons plus 
que suffisantes pour (aire désirer l'adoption dans la menuiserie de 
la courbure du bois à droit (U , en usage depuis plus d’un siècle 
dans la charpenterie des vaisseaux et que la carrosserie a adoptée 
depuis. 

Duhamel du Monceau , qui , avec l'aide de son frère Duhamel de 
Denain-Villers , a épuisé tout ce qui concerne les bois dans ses 
volumineux traités publiés de 1760 à 1770, décrit les divers 
procédés usités de son temps pour courber les bordages et autres 
pièces des navires. (Voir son ouvrage intitulé Du transport, de la 
conservation et de la force du bois, 1 vol. in-4°.) 

11 a paru en l'an Xll (1804), sur la théorie des bois, ei» un 
volume in- 4°, un excellent ouvrage qui ne devrait être que la pre- 
mière partie d’un traité général de la charpenterie, dont l’achève- 
ment n'a malheureusement pas eu Heu. Le savant et consciencieux 


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DE Là SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 157 

Ha— rnfrili , aulev de cet ouvrage , a consacré à la courbure des 
bois, un chapitre qui résume toutes les connaissances acquises de 
sou temps et auxquelles on n’a rien ajouté depuis. Je crois devoir 
transcrire ici l'exposition qu’il fait , dans ce chapitre , des proprié- 
tés physiques sur lesquelles la courbure des bois est fondée , afin de 
pouvoir analyser ensuite les procédés de courbure qu'il y décrit. 

Voici comment il s'exprime, page 198 : 

« La courbure des bois abattus et morts , quoique plus difficile 
(que celle des bois vivants , dont l'auteur a parlé), est cependant 
plus en usage, parce que l'on peut choisir ceux qui sont le pins 
propres aux objets auxquels on les destine , et leur donner de suite 
la courbure qui leur convient. ^ 

« Le procédé que l'on emploie généralement est fondé sur la pro- 
priété qu'a le calorique d'augmenter l'élasticité des bois en les 
pénétrant , et de diminuer leur élasticité en se retirant. 

« Mais la chaleur, appliquée sur une partie du bois tandis que 
l'autre est en contact avec l'air , l'échauffe inégalement et augmente 
l'élasticité par place; en courbant, des portions raidissent et d'autres 
plient, ce qui détermine une inégalité de courbure et quelque- 
fois des brisements, des éclats dans l'intérieur ou h la surface des 
bois. Le seul moyen de remédier à cette inégalité , c'est de chauffer 
le bois également dans toutes ses parties. 

« Des fours, des étuves écbaufTés graduellement sont propres k 
procurer un échauffemcnt égal et conséquemment à faciliter la 
courbure des bois ; mais ici on doit craindre que , tout en échauf- 
fant le bois, le calorique ne fasse dégager les lignes qui y sont 
contenues» ne le charbonnise, et ne détruise totalement son élas- 
ticité. 

« Non-seulement l'élasticité du bois est en raison de sa tem- 
pérature, mais encore en raison, de son humidité. À égale 
température , les mêmes bois ont différentes élasticités dans le rapport 
de l’ean qui les pénètre; de même, h égale humidité, les bois 
sont d'autant plus élastiques qu'ils sont plus échauffés.» 

HassenfraU décrit ensuite, à l'aide d'explications appuyées sur 
des figures, les appareils nécessaires pour chacun des trois pro- 
cédés employés alors comme aujourd'hui pour chauffer et hu- 


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AW WALES 


158 

mecter les bois, savoir : l'eau bouillante , l'eau vaporisée , et le sable 
humide échauffé. Puis il résume ainsi les inconvénients des deux 
premiers procédas : 

« Ce procédé (de l'eau bouillante) , un des premiers que l'on ait 
employé , a le défaut de faire dissoudre par l’eau bouillante une 
partie de la matière propre du bois; celui-ci en se séchant se 
retire, il a moins de grosseur et de longueur, sa force et son 
élasticité sont considérablement diminuées : les altérations que ce 
procédé occasionne l'ont fait abandonner. 

« Les étuves à vapeur exigent peu de soin , peu de dépense ; 
mais elles ne peuvent être employées que pour des bois de peu 
^d’épaisseur , parce que le bois ne peut acquérir de température plus 
grande que celle de l'eau bouillante, et que cette température n'est 
pas assez forte pour donner aux grosses pièces l’élasticité dont elles 
ont besoin pour être courbées.» 

Hassenfratz préfère avec raison, à ces deux premières étuves, 
celles imitées des bains de sable, qu'on emploie depuis très-long- 
temps dans un grand nombre d’opérations chimiques et dans 
plusieurs manufactures , lesquelles procurent une température beau- 
coup plus élevée. 

« Le sable, dit-il , pouvant s’échauffer à une température plus 
haute que l'eau bouillante , les bois que l'on place dans cette espèce 
d’étuve peuvent y éprouver une très-haute température ; mais s'il 
n'y avait dans l’étuve que le sable et le bois, celui-ci pourrait, en 
s'échauffant , laisser dégager les substances gazéïûables qui le com- 
posent et se charbonner. 

« Pour empêcher la carbonisation , on place au milieu de l’étuve 
une ou deux chaudières pleines d’eau. L’eau, vaporisée par leur 
ébullition , pénètre le sable d’humidité ; cette humidité pénètre 
aussi le bois ; et le calorique dont le bois est pénétré ne vaporise 
que l’eau qui est successivement remplacée par celle qui se dégage ; 
les matières propres du bois se trouvent conservées parce moyen. » 

L’auteur de la Théorie des bois termine en indiquant les deux 
méthodes en usage pour courber les bois chauffés et pénétrés d’hu- 
midité : horizontalement pour les bois moins gros et dont la cour- 
bure est moins considérable, et verticalement pour les bois forts et d’une 


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DE LA SOCIÉTÉ U’ ÉMULATION. 159 

courbure uniforme , comme ceux destinés à la construction des 
vaisseaux. 

Arec un enseignement aussi clair et aussi précis , je n'ai eu à faire 
dans la menuiserie qu’une sorte d’importation de ce qui se pratique 
dans d'autres arts pour améliorer l’exécution des courbes. 

Le procédé que j'ai adopté est celui de l'eau raporisée ; c’est 
aussi celui que M. Cireux emploie maintenant à Mirecourt, et au 
moyen duquel les courbes du calvaire , ainsi que les courbes ram- 
pantes de la chaire, pour l’église d’Aire , ont été obtenues. 

Pour contourner les cintres de la menuiserie, qui sont toujours 
plus faibles que ceux des raisseaux , il suffit de les foire appliquer 
sur des calibres de la courbe voulue et de les y attacher avec des 
presses jusqu’à l'entier refroidissement ; on applique une forte bande 
de sangle sur la partie convexe de la courbe, afin d'empécher les 
fibres tranchées d'éclater et pour soutenir le bois. J'ai substitué ces 
sangles aux bandes de tôle qu’on employait auparavant ; entre plu- 
sieurs avantages, elles ont celui d’éviter les taches noires que le fer, 
en contact avec le chêne mouillé, produit toujours par la combinai- 
son de l'oxide de fer avec le tanin qu’il contient, action chimique 
qui est la base de toutes les teintures noires. 

Le grand nombre de pièces que j'ai fait courber m’a fourni , dans 
la pratique , les observations suivantes, qui s’accordent parfaitement 
avec la théorie : 

1° Le bois se courbe d’autant plus facilement qu'il est plus fraî- 
chement abattu ; 

2° Le bois nerveux, même dur, se courbe mieux que le bois 
gras et tendre ; 

3° Le bois jeune est moins cassant que le bois âgé ; 

4* Le frêne est de tous les bois le plus facile h courber ; les autres 
viennent après dans l'ordre suivant : orme , noyer , chêne , etc. 

5° Relativement au sens du bois qui offre le plus de facilité pour 
la courbure, la pratique détruit (pour cela comme pour beaucoup 
d’autres abstractions de la physique et de la chimie) les présomptions 
de la théorie ; d’après ce que j’ai dit de la propriété qu’ont les 
lames du bois sur couche de glisser les unes sur les autres , il 
semblerait qu’il devrait y avoir avantage à courber les couches sur 


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160 


ANNALE* 


le plat ; l'expérience a démontré le contraire. J’ai reconnu que dan* 
ce sens le bois se courbait inégalement et par jarrets, qu’il cassait 
plus facilement, que la rupture d'une couche entraînait celle de 
plusieurs autres, et que, de plus, les courbes conservaient moins 
bien leur cintre. Les pièces de bois dont les courbes ont été cour- 
bées sur champ , ont offert un peu plus de résistance , il est vrai , 
mais elles ont généralement beaucoup mieux réussi. J'attribue ce 
résultat imprévu à la propriété que possède le tissu médullaire de 
pouvoir s'étendre à la partie convexe de la courbe, et se refouler 
à sa partie concave. En résumé, on fera bien de disposer, autant 
que possible, le bois pour la courbure selon ce dernier sens. 

C'est surtout dans les corniches courbes d'un grand profil , que 
l'ayaniage du bois courbé est sensible , car alors on peut faire ces 
corniches volantes comme les corniches droites, en courbant chaque 
membre séparément et en les réunissant ensuite en saillie les unes 
sur les autres. (Voir l'ouvrage déjà cité , planche i.) 

Il n'est aucune sorte de courbe circulaire , elliptique , à cintre 
alterné ou en S, rampante pour limon et main courante d’escalier, 
etc., qui n’ait été courbée; les pièces les plus remarquables, obtenues 
par ce procédé , sont les mains courantes d’escaliers courbées der- 
nièrement à Mirecourt ; pour prendre la forme que doit avoir la 
courbe rampante, le bois, qui a 8 centimètres d’épaisseur et 11 
centimètres de largeur, a dû subir un effort de torsion outre celui 
de la courbure. 

On ne saurait opposer aucune objection sérieuse à l’adoption entière 
de l'exécution des cintres par la courbure dans la menuiserie ; car, 
pour peu qu'on ait plusieurs courbes semblables ou plusieurs courbes 
concentriques à faire, les cintres ne reviennent pas beaucoup plus 
cher par ce moyen que par celui du chantournement , tout en 
comprenant la dépense du calibre , qui peut servir pour toutes les 
courbes semblables, et même pour les courbss superposées, soit 
en le doublant, soit en le diminuant de la différence de chaque 
épaisseur de bois. 

Si la courbure à droit fil laisse quelque chose à désirer, c’est sous 
le rapport de l'altération que peut éprouver le bois par l’immersion 
delà vapeur d'eau , comme je l'ai fait voir pour la dessiccation artificielle; 


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DE Là SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 


161 


Mi» le nouveau procédé que j’ai annoncé el qui lève cette difficulté 
pour la dessiccation , est aussi parfaitement applicable à la courbure. 

Tels sont les principaux problèmes de l'art de travailler le bois 
dont je considère la solution comme désormais acquise â la menui- 
serie d’art; car on n'aura pas de peine à croire que» n’ayant pu me 
résoudre à laisser stériles des connaissances acquises à force de 
peines et ée dépenses , j'aie cherché les occasions de les appliquer le 
plus promptement possible. L'art du moyen âge , qui comporte des 
boiseries sculptées si élégantes et qui commençait alors â être mieux 
apprécié /pouvait seul m’en fournir les moyens. Je dos donc tâcher 
de reconnaître les secrets du sentiment créateur qui l'avait inspiré. 
Cette nécessité, m’entmina à étudier cet art tout national dans son 
ensemble , étude qui n’est autre que celle de l’art libéral propre- 
ment dit ; cette branche de l’activité humaine comprend deux choses : 
la pensée qui crée les œuvres, ou la composition , et le travail 
manuel qui les réalise , ou l'exécution. Sous le premier rapport , 
l'art du moyen âge ne pouvait être surpassé à une époque où le 
raisonnement domine le sentiment, et où les spéculations de la 
science et de l'industrie laissent peu de place à l’imagination. Sous 
le second, on pouvait l’enrichir de tous les progrès de l’industrie dus 
à l’avancement de cette même science , infiniment grandie depuis l’é- 
poque de Saint-Louis. 

Voici quels sont les principaux ouvrages de menuiserie d’art qui 
reçurent successivement l'application de plusieurs ou même de tous 
les perfectionnements que j'ai passés en revue , ouvrages qui ont 
actuellement subi l’épreuve du temps et que chacun peut examiner : 

1° La chaire de Saint- Antoine de Compiègne : choix du sens 
du bois , invariabilité , enduit ; 

2° La chaire de l’hôpital de Beaune (Côte-d’Or) : idem , et courbure ; 

3° Le buffet d'orgue de SainlrGermain-l’Auxerrois à Paris : idem 
et dessiccation artificielle ; 

4° Une partie de banc d’œuvre à Saint-Gervais , à Paris : idem 
et bois courbés , première application en grand ; 

6° Le jubé d'Aire , sur la Lys : tous les perfectionnements , 1 80 
pièces de bois courbé , dont l’emploi a pu seul permettre la forme 
neuve et légère de tout le monument ; 


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162 


ANNALES 


6° Dans un autre genre , un cabinet médailler admis à l'exposition 
de 1839: invariabilité et collages à toute épreuve; 

7° Les objets exécutés dans l'atelier de Mirecourt , tels que la 
chaire et le calvaire d'Aire , sur la Lys , etc. : tous les perfection- 
nements. 

Je désire vivement que la communication de ces divers procédés , 
d'une spécialité que j’ai cultivée naguère avec prédilection , puisse 
être de quelque utilité pour la menuiserie française en général ; et 
si le département où j'exerce uue profession en harmonie avec 
mes goûts et mes études doit un jour en retirer particulièrement 
des avantages, mes vœux seront accomplis, en même temps que 
le but que se propose ma reconnaissance sera atteint. 


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DE LA SOCIÉTÉ D'r.MlT.ATlON. 


IG3 


noms 

SUR I.A 

CULTURE D’UN NOUVEAU BLÉ PRINTANIER, 

DIT BLÉ DE TAMGIT, 

PAR M. BIENAYMÉ , 

MEMBRE TITULAIRE. 


Parmi les hommes qui se sont adonnés sérieusement h l’agriculture, 
b cette profession placée, à juste titre, au premier rang, les uns 
se sont occupés de l’introduction des espèces les plus productives , 
les autres de l’emploi des instruments les plus commodes , ceux-ci 
de l’usage des méthodes les plus avantageuses ; chacun enfin , dans 
sa spécialité, a cherché, tout en améliorant sa position, à travailler 
pour le bouheur de tous. 

Car, bien différent en cela de l’industriel , le laboureur, s’il a 
découvert un procédé utile , loin de le renfermer chez lui pour en 
exercer le monopole , le met en pratique au grand jour et h la vue 
de tous, et jamais il n’est plus heureux que lorsqu’il voit ses voisins 
suivre ses exemples , et , tout en l’imitant , recueillir les mêmes 
avantages que lui. C’est ainsi que peu à peu les vieilles routines 
disparaissent , éloignées qu’elles sont par l’expérience et le raison- 
nement. 


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164 


AHNALES 


Depuis renfonce de l’agriculture jusqu’à nos jours, la culture 
des céréales a constamment éveillé la sollicitude de tous les hommes 
véritablement cultivateurs, et cette sollicitude s'explique naturelle- 
ment par l’indispensable nécessité du produit qui en fait l’objet. 

De toutes les céréales , celle qui occupe sans contredit la première 
place, c’est le blé : Triticum Hibemum f Linné J , dont il existe 
une grande quantité d'espèces et de variétés , formant une nombreuse 
famille qui , tout îe monde le sait , se subdivise en deux genres 
très-distincts : le premier, dont les espèces et les variétés se sè- 
ment en automne , et le second , dont les espèces et variétés ne 
sont confiées à la terre qu’au retour du printemps : c’est de l’une 
de ces dernières que j'ai l’intention d’exposer les avantages recon- 
nus par une culture continuée durant cinq années consécutives. 

J’ai dû chercher quels avaient été les blés printaniers cultivés avec 
le plus de succès , et je n’en ai pas trouvé de plus remarquable 
que celui dont parle M. François de Neufchàteau dans son ouvrage 
sur Y Art de multiplier les grains (édition de Paris, 1809, pages 
404 et suivantes). Ce blé est décrit sous le nom de blé de Smyme , 
blé de l’Asie mineure. En voici les principaux caractères , que je 
place en regard de ceux du blé qui fait le sujet de cette notice : 


BLÉ DE SMYRNE. 

Triticum œstivum compositum. 
Chaume plein , 

s’élevant à près de deux mètres. 
Épis à bouquets rameux , 
sans barbes , 

Fournit un pain jaune. 


BLÉ DE TANGUT. 

Triticum œstivum sinense. 
Chaume fistuleux , 
n’atteignant guère plus d’un mètre. 
Épis uniques , 
barbus. 

Fournit un pain jaune et 
très-savoureux. 


Le blé de Smyrne a été cultivé par M. de Saivres de Saint-Remy, 
à qui il a fourni un rendement de dix un quart pour un. D’après 
un envoi du même blé , fait par M. Gérardin , d’Épinal , à la So- 
ciété d’Émulation du département de l’Ain , il a été cultivé dans ce 
département; le Moniteur du 25 fructidor an Xllt en fait mention. 

On trouve encore des notions sur la culture du blé de Smyrne 
dans un bulletin de la Société de l’Hérault, du 15 novembre 1807, 


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165 


DE LA SOCIÉTÉ d’ÉMÜLATION. 

qui contient no mémoire de M. Vigaroux , lequel préleud avoir ob- 
tenu dans un terrain de la contenance d’un hectare , ensemencé de 
195 litres de blé de Smyrne, un rendement de 3,900 litres , mal- 
gré, dit-il , la quantité perdue par une moisson faite dans un temps 
trop sec. Loin de moi l’idée de suspecter la bonne foi de cet agri- 
culteur, mais qu’il me soit permis de trouver ses chiffres un peu 
extraordinaires. 

Quoi qu'il en soit, si cette céréale offrait des produits tels que 
ceux que je viens de relater, il serait à regretter que la culture en 
ait été abandonnée ; on ne la retrouve plus ni dans le département 
de l’Ain , ni dans celui des Vosges , â moins que l’on ne veuille re- 
garder comme blé de Smyrne ce maigre blé , nommé blé de Pâques 
dans notre banlieue, blé â petits épis qoadrangulaires , portés par une 
tige haute â peine de 60 centimètres. 

Le blé printanier que je cultive m'a été procuré par M. Cuny, 
agriculteur, praticien distingué, résidant â Saint- Dié, et dont la 
Société d'Émulation a tout récemment, dans sa dernière séance pu- 
blique , récompensé les travaux agricoles. 

Ce blé printanier, originaire des environs de Tangut, dans la 
Tartarie chinoise, se distingue facilement du blé ordinaire cultivé 
dans nos pays. Le grain est généralement plus petit et présente une 
demi-transparence qui a beaucoup d'analogie avec celle du riz ; son 
poids est, comparativement â celui de nos blés d’hiver, comme 750 
est à 700. Par hectolitre, il donne 2 kilogrammes 500 grammes 
de son en moins que les blés, d’hiver ; cette différence s’explique 
facilement par l’épaisseur moindre de sa partie corticale. Un poids 
égal de farine de blé de Tangut fournit autant de pain que la fa- 
rine de blé d’hiver. Plusieurs opérations comparatives m’ont faU 
acquérir la certitude que la fermentation panaire était aussi rapide 
et aussi complète avec la farine de blé printanier qu’avec celle de 
blé d’hiver. 

Ces résultats, je les avais prévus avant d’avoir cherché à les ob- 
tenir, puisque je m’étais assuré que la quantité de gluten était à infi- 
niment peu de chose près la même dans l’une et l’autre farine. 

U demeure compris que pour ces essais comparatifs , je n’ai pu 
et dû choisir pour terme de comparaison que des blés récoltés à 


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annales 


îG6 

Épinal , c’est-à-dire à peu près dans le même sol et dans les mêmes 
conditions que le blé printanier qui m’occupe. 

Le terrain que , chaque année , j’ai choisi pour être ensemencé de 
blé de Tangut , a toujours reçu un labour avant l’hiver, et seule- 
ment un second avec une fumure ordinaire au moment de la semaille. 
Cette semaille, je 11 e l’ai jamais faite avaht que celle des avoines 
fut entièrement terminée , c’est-à-dire du 1 5 au 20 avril , et la 
récolte du blé printanier a toujours été faite avant que celle des 
seigles fût même commencée. Cent dix à cent vingt jours suffisent , 
par conséquent , pour le développement et la maturité parfaite du 
blé de Tangut. 

La quantité de semence que j’emploie est de 100 à 105 litres 
par hectare , soit moitié de celle employée pour les blés d’hiver. Le 
rendement que j’ai obtenu chaque aunée , n’a pour ainsi dire éprouvé 
aucune variation , puisqu’il a été constamment de douze à treize 
pour un. Je dois à la vérité de dire que la récolte dernière n’a 
pas été aussi abondante que celle des années précédentes. 

L’exposition rapide et complète de ces résultats démontre, jè crois, 
clairement les avantages que la culture du blé de Tangut peut offrir 
à nos cultivateurs. 

Si je fais l’application de ces avantages à la partie montagneuse 
de notre département , ils seront facilement sentis par tous les cul- 
tivateurs de ces contrées , dont la principale récolte de céréale d’été 
est celle du tremzal, seigle printanier, qui ne peut certainement pas 
entrer en parallèle avec le blé de Tangut. 11 est vrai que nos mon- 
tagnards ont l’habitude de semer, dans leur seigle de printemps, des 
carottes qu’ils sarclent après la moisson et qu’ils récoltent aux 
premières gelées. J’avais prévu cette objection, et je erois l’avoir 
résolue, en semant, pendant deux années de suite, avec mon blé 
printanier, des carottes qui ont parfaitement réussi avec le même sar- 
clage que celui pratiqué dans les montagnes. 

Si je descends dans la plaine , il ne me sera pas difficile d’y re- 
connaître les rudes atteintes que nos blés d’hiver ont à. souffrir et 
de l’àpreté du climat et de la durée des hivers , et plus peut-être 
encore des petites gelées et des dégels successifs des premières journées 
du printemps. Il existe certainement peu de cultivateurs de la bau- 


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DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION. 167 

lieue d’Épinal qui , dam leur pratique , n’aient été obligés quel- 
quefois de renverser leurs blés d’hiver, dont la destruction avait été 
amenée par les causes que je viens de signaler, et de les remplacer 
par une scmaille quelconque de printemps. 

Ce que je viens de dire pour les Vosges est assurément appli- 
cable k beaucoup d’autres contrées en France : les mêmes causes en 
mille autres endroits amenant les mêmes résultats. 

11 me reste maintenant h résumer en peu de mots les avantages que 
cinq années d’expériences m’ont fait reconnaître dans la culture du 
blé de Tangut : 

1° Une quaulité de semence moindre au moins de moitié ; 

2° Peu de frais de culture : deux labours suffisent ; 

3° Une récolte très-prompte , puisqu’elle peut avoir lieu dans 116 
k 120 jours ; 

4° Un paiu abondant et d’excellent goût ; 

5° Enfin , un produit évidemment supérieur, pour la quantité ainsi 
que pour la qualité, k ceux des cultures printanières en usage. 

Toutes ces raisons me font désirer que de nouvelles expériences 
viennent confirmer celles dont j'ai exposé le résultat , non point en 
littérateur, mais en homme plus habitué à manier la charrue que la 
plume. 

Les comices agricoles qui existent dans notre département seraient 
entièrement compétents dans la questiou dont il s’agit, et je la verrais 
avec le plus grand plaisir portée devant eux. 

Mais ce qui ne me serait pas moins agréable , qu’il me soit permis 
de le dire en terminant celte notice , ce serait de voir la Société 
d’Émulation des Vosges pouvoir elle- même , sans sortir de chez elle, 
pratiquer ces expériences. Propriétaire de quelques hectares de ter- 
rain , elle pourrait, k l’instar de plusieurs de ses sœurs des dépar- 
tements , introduire dans les differentes branches de l’agriculture, des 
améliorations plus ou moins avantageuses et tout à fait appropriées 
au pays. 

Si je me suis hasardé à aborder un pareil sujet, si je fais en- 
tendre un pareil vœu , c’est que des observations et des études que 
j’ai été h même de faire, dans les départements de l’Ain et de la 
Côte-d’Or eu particulier, m’ont fait acquérir la certitude du bien 


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168 


AHNALRS 


qui pouvait résulter pour un pays , d’essais fructueux faits par des 
hommes éclairés , consciencieux et désireux , avant tout , d’amé- 
liorer le sort de leurs concitoyens et d’augmenter la somme de leur 
bien-être. 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMÜLATIOH. 


169 




SUR LES 

to&v&wx wismassimBsra 

rai PARTIE DI U 10SILLI, 

EXÉCUTÉS 

p»r 9191. DUT AC frères . 4*Épln»l . 

MEMBRES TITULAIRES. 

(Rapport àe M. le Baron Laooocbttk , extrait des Mémoires de la Société 
royale et centrale d'agriculture. — Akhéb 1846)* 


Messieurs, 

La Moselle, qui s'unit au Rhin après avoir, sur uue étendue de 
100 lieues, arrosé des contrées riantes et fertiles, n’était encore, 
au sortir de la principale cité des Vosges , qu'un torrent , et couvrait , 
dans ses débordements , de galets et de sable toute la largeur de la 
vallée. On gémissait de ces dévastations ; mais nul n'osait , pour y 
porter un terme , se livrer à une entreprise regardée généralement 
comme téméraire , folle et ruineuse. Les frères Dutac , nés à Epinal , 
osèrent la concevoir , et, avec une rare et énergique persévérance, 
ils réussirent à l'exécuter. Leurs travaux s’étendent de cette ville 
ii la commune de Gripport (Meurthe) , sur une longueur de 36 kilo- 
mètres et sur une superficie totale de 1,000 hectares. 


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170 


ANNALES 


Les bords de la rivière étaient à pic ; ils les coupèrent en talus 
et divisèrent son cours en cinq bassins, indiqués par la nature et 
par l’aspect même du sol. 

Ces bassins ont chacun une ou deux et jusqu’à trois prises d’eau 
dans la Moselle. Ces prises d’eau se divisent elles-mêmes en canaux 
principaux et en canaux secondaires, d’où partent une infinité de 
rigoles qui versent l’eau dans toutes les parties du terrain conquis. 
Plus de cent mille pieds d’arbres , d’une fort belle végétation , crois- 
sent sur les épaulements des canaux principaux ; ils en maintiennent 
la solidité parfaite , tout en arrêtant l’impétuosité des vents et en 
améliorant d’une manière sensible les conditions climatériques de la 
contrée. 

L’établissement des canaux principaux a eu pour résultats immédiats 
de resserrer le lit de la Moselle dans de justes limites , de défendre 
la route royale, menacée sur plusieurs points, de permettre le libre 
flottage des bois de construction , qui , jusque-là , avait rencontré 
des obstacles sans nombre, et de contribuer, en alimentant les rigoles 
multipliées autour d’eux, à la fertilisation des prairies créées par 
MM. Dutac frères sur les grèves qui couvrent tout le sol environnant. 
Dès la seconde année , la rivière , qui n’avait plus eu d’action des- 
tructive sur ses bords , maintenant en pente douce , les chargea de 
limon; l’herbe couvrait déjà les galets; dans la troisième année, 
on obtint deux récoltes. Terminées aujourd’hui sur une superficie 
de 744 hectares, ces prairies sont en plein rapport, se louent 400 
francs l’hectare et produisent , année moyenne, 3,720,000 kilog. de 
foin et 1,860,000 kilogrammes de regain. Elles sont bien certai- 
nement la fortune du pays, en ce sens qu’elles assurent la bonne 
nourriture des chevaux des garnisons dans les départements des 
Vosges, de La Meurthe et même de la Moselle, ainsi que dea bes- 
tiaux de la contrée riveraine ; et d’ailleurs la consommation de tant 
de fourrages produit une quantité bien considérable d’engrais fé- 
condants. 

Les terrains qui recouvrent ces magnifiques prairies ont subi , par 
suite de leur heureuse transformation, une condition si favorable , 
que la contribution qui les frappe s’est accrue dans une proportion 
trente fois plus forte que celle de la classification primitive. 


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DE LA SOCIÉTÉ D* ÉMULATION. 171 

La quantité de terrains mis en prairies (744 hectares, comme il 
a élé dit ci-dessus) peut représenter une valeur de 3,720,000 francs. 

La dépense effectuée pour les travaux jusqu’à ce jour s’élève à 
la somme de i, 150, 000 francs. 

Sur ce nombre de 744 hectares, 104 environ doivent revenir à 
quelques communes qui ont traité avec les entrepreneurs moyennant 
partage ; le reste appartient , en toute propriété , à la société qui 
a l'entreprise des travaux. 

Cette société a été formée entre deux familles : les frères Dutac, 
d*Epinal, et M. Naville, de Genève. Ce dernier fournit les fonds; 
les frères Dutac sont chargés de faire toutes les transactions né- 
cessaires pour le bien de l'œuvre; et ils ont en main la haute 
direction des ouvrages d’art. 

Ces travaux, commencés en 1828, et que peu d’années achè- 
veront, excitent l'admiration générale ; ils sont, par leur combinaison 
avantageuse, par leur exécution parfaite , un véritable titre de gloire, 
également partagé par MM. Dutac frères, qui s'y consacrent en- 
tièrement, comme l’a constaté M. le Préfet des Vosges. 

Aussi , pour récompenser dignement cette fraternité touchante , 
c’est à tous deux ensemble que la Société royale et centrale d’a- 
griculture se plaît à décerner sa grande médaille d’or. 


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172 


▲1HIÂLE& 


# 

RECHERCHES HISTORIQUES 


SUR 


&& <s<Datatvsrs dis srawMin&tîaiîLW* 

PAR M. AUGUSTE DIGOT, 

AVOCAT A NANCY , MEMBRE CORRESPONDANT. 


Or, est-il que l’honneur des Boargoognons 
m’ayant été dès ma jeunesse en singulière recom- 
mandation, désir de sçavoir leur origine m’a tant 
sollicité, que je n’avois plus grand plaisir des 
livres que quand j’y trouvois quelque chose 
servant k l’esdaircissement des affaires d’iceui. 

Saint- Julien de Balleure. 


Notre histoire nationale est aujourd’hui l’objet d’études nombreuses 
et approfondies. Abandonnant les sentiers frayés par les historio- 
graphes des XVII e et XVIII e siècles, on est allé demander aux chro- 
niques , aux chartes , aux monuments contemporains , une certitude 
qui manquait souvent aux élucubrations philosophiques de nos pères. 
Ne nous affligeons point si la vérité n’est point encore découverte 
tout entière, et sachons nous réjouir de voir enfin les historiens 
suivre la route qui doit les y conduire/ 

Cette réflexion s’applique à l’histoire de la Lorraine comme à 
celle de la France ; de nombreuses recherches ont été faites pendant 


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173 


DK LÀ soci&ri d'émulation. 

te* dix innée* qui Tiennent de s'écouler, et quelques morceaux 
remarquables sont Tenus annoncer la résurrection des études his- 
toriques dans notre prorince. Nous avons touIu contribuer, autant 
que nos forces nous le permettent, b la reconstruction du vaste 
édifice que nous espérons Toir bientôt s'élever; nous avons été 
jaloux d'appeler l’attention de ceux qui s’occupent d'études rela- 
tives à notre patrie , sur l’un des points les plus intéressants de son 
histoire. Nous voulons parler du grand mouvement communal qui 
agita toute l'Europe occidentale au moyen âge , et qui présenta en 
Lorraine les mêmes symptômes que dans la France et les Pays-Bas. 

L'affranchissement des communes lorraines est donc devenu pour 
nous l'objet de recherches multipliées et d’un long travail historique, 
dont ce mémoire n'est qu’un fragment. 

On sait que l’importante révolution qui eut pour résultat l’af- 
franchissement des communes , a été une des parties de l'histoire du 
moyen fige les moins comprises et les moins étudiées, malgré l’intérét 
qu'elle aurait pu présenter, intérêt que lui ont rendu d’ailleurs les 
écrits de quelques-uns de nos contemporains. Hâtons-nous de dire 
cependant que le mouvement communal a été compris en Lorraine 
mieux qu'en France ; les écrivains lorrains n’ont pas réussi , sans 
doute , b nous offrir un tableau complet et vivant de cette partie de 
nos annales ; mais ils ont entrevu la vérité , et leur récit , quoique 
insuffisant, n'est point aussi dépourvu d’intérêt qu’on pourrait le 
supposer, quand on sait comment on a envisagé en France la révo- 
lution communale. 

Il serait utile , b notre avis , d’étudier les causes de cette diffé- 
rence ; contentons-nous d’observer qu’on peut l’attribuer b l’indé- 
pendance réelle que les trois villes impériales de Metz , Toul et 
Verdun parvinrent b conquérir. L’absence d’un pouvoir central fa- 
vorisa leurs tentatives et les empêcha de retomber presque aussitôt 
sous la domination d’un maitre plus puissaut que celui dont elles 
avaient triomphé. En France , au contraire , les villes ne jouirent 
que peu de temps des chartes libérales qui fixèrent d’abord les droits 
de leurs habitants, et ne secouèrent le joug de leurs seigneurs que 
pour tomber sous celui des rois. Ce qui semblerait confirmer la con- 
jecture que nous formons est la manière obscure et ambiguë dont 


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174 


ANNALES 


les historiens lorrains ont parlé de quelques-unes de nos communes, 
de celle de Neufchàteau, par exemple. Comme la révolution fut 
durement comprimée dans cette dernière ville , ils ne Pont consi- 
dérée que comme une insurrection sans importance , et ont prouvé 
qu’ils n’avaient point parfaitement compris le sens et la portée d’une 
série d’événements qui viennent enfin d’être présentés sous leur vé- 
ritable jour. 

C’est au commencement du XIII e siècle que parurent en Lorraine 
les premiers symptômes du grand mouvement qui allait s’opérer 
et devait avoir pour résultat l’aflranchissemenl de plusieurs des villes 
qui y prirent part. Les habitants de Neufchàteau se trouvèrent com- 
promis dès l’origine de ces troubles , pour ainsi dire , à l’occasion 
de l’insurrection des Messins contre Jean d’Apremont , leur évêque. 
En 1 232 , le duc de Lorraine Matthieu 11 et le comte de Bar, dont 
Jean d’Apremont avait invoqué le secours , s’étaient rendus devant 
Metz à la tête de leurs troupes, et pressaient vivement le siège 
de cette grande ville. Les Messins , se voyant sur le point de suc- 
comber, mirent tout en œuvre pour priver leur évêque de l’appui 
de ses alliés. Le comte de Bar prêta l’oreille à leurs propositions, 
et non content de se retirer avec ses soldats , il voulut encore faire 
une diversion en faveur des Messins et attaqua les états du duc 
de Lorraine. 

« Quand li duc (Matthieu II) fayt li siégé et pourchas en la cité 
de Metz, dit Louis d’Haraucourt , li comte de Bar questoit avec 
ost et cheuaucherie, que li sy uendit traîtreusement et fit pacte 
d’argent auec. les susdits et laissa en abandonnement ledit a tel point 
que uint en suiuant a telle fin de penre (prendre) Neufchasteau. 
Et li habitants maluoulants et de maleintention a l’encontre de leur 
souuerain seigneur uenderent et laissirenl penre sans deffendre , 
comme pou uoit estre (1). » 


(1) Mémorial des grands gestes et faits en la prorince de Lorhaine, 
par Louis d’Haraucourt, évêque de Verdun ; extraits conservés par Mory 
d’Elvange dans un recueil intitulé : Notice de quelques manuscrits ou 
livres rares qui ont rapport h V histoire de Lorraine , etc., page 56. 
Manuscrits de la bibliothèque publique de Nancy, n° 27. 


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175 


DE LA. SOCiérÉ D EMULATION. 

Celte ville ne tarda pas do reste à être rendue au duc de Lor- 
raine , et ce prince , persuadé que les habitants de Neufchâteau 
l'avaient trahi , leur en témoigna, dit Chévrier (1) , le mécontente- 
ment le plus vif et lêur enleva les privilèges dont ils jouissaient 
depuis le mois de septembre 1231, c’est-à-dire, depuis une année 
environ. La ville s’était cependant défendue pendant sept jours, 
quoiqu’elle manquât de tout ce qui est nécessaire pour soutenir un 
siège , et que l'armée du comte de Bar fût considérable et pourvue 
d'un grand nombre de machines. 

Telle fui Porighie, la cause première de tous les malheurs qui 
fondirent plus tard sur cette ville infortunée. Il est impossible au- 
jourd'hui de démontrer que les habitants de Neufchâteau furent 
coupables delà trahison qu’on leur reprocha. Le duc Matthieu semble 
loi -même n'avoir ajouté foi que peu de temps aux accusations 
que l’on articulait contre eux , car il leur rendit presque immédia- 
tement les' privilèges dont il les avait privés. Mais le soupçon d’in- 
fidélité avait plané une fois sur les habitants de Neufchâteau , et 
plus tard, ces anciens griefs furent tirés de l'obscurité, lorsque cette 
ville commença contre les ducs de Lorraine une opposition violente , 
qui finit par une terrible catastrophe (2). 

En 13S2, Catherine de Limbourg, régente du duché de Lorraine, 
pendant la minorité du duc Ferry 111 , confirma les privilèges que 
Matthieu II , son époux , avait accordés aux habitants de Neufchâ- 
teau , et dont nous ne connaissons que vaguement la nature. 

Quelques années plus tard , Ferry, devenu majeur, leur concéda 
des privilèges plus étendus; mais, pour des raisons qui nous sont 
inconnues, H ne leur permit point d’adopter la loi de Beaumont, 
franchise qu’il accorda quelques années après à plusieurs villes de 
ses Ëtats. Nous n’examinerons point ici cette loi de Beaumont , qui 
est devenue si justement célèbre ; et nous nous contenterons d’in- 
diquer sa nature et l’époque de sa promulgation. En il S2 , Guil- 
laume de Champagne, archevêque de Rheiros, légat du Saint-Siège 


(1) Voir Histoire civile , militaire , ecclésiastique , politique et litté- 
raire de Lorraine et de Bar , lome 1 , page 240. 

(2) Voir Chévrier, Histoire de Lorraine , tome 1, page* 130 — 141. 


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ANNALES 


176 

et grand oncle de saint Louis , fonda, sur la frontière du Barrois et 
de la Champagne, une ville à laquelle il donna le nom de Be$u~ 
mont. Voulant la rendre florissante en y attirant une nombreuse 
population , il accorda des privilèges à tous ceux qui viendraient s’y 
établir. C’est le recueil de ces privilèges , recueil publié en latin 
par ordre de Guillaume de Champagne , que l’on désigne sous le 
nom de loi de Beaumont. Cette charte fût bientôt adoptée par un 
grand nombre de communes, et c’est elle que les ducs de Lor- 
raine concédèrent à leurs sujets , en lui faisant cependant subir les 
modifications exigées par la différence des temps et des lieux. 

La charte de Neufchàteau nous semble du reste au moins aussi 
libérale et aussi favorable aux bourgeois que celle dont nous ve- 
nons de parler. En voici les principales dispositions : 

« Le duc se réserve , dit Dom Cal met , la justice et la garde de 
ses églises , de leurs biens , de ses chevaliers , de ses fiefs et de 
ses Juifs, et de ce qui leur appartient (1). » Mais le gouvernement 
intérieur de la ville et l’administration de la justice sont entièrement 
abandonnés aux bourgeois et confiés à treize individus , nommés 
par le peuple et qui portaient probablement le nom d’écbevins. Ces 
treize magistrats devaient choisir parmi^ eux un président , qui avait 
le titre de majeur. 

Nul ne pouvait s’établir dans la ville saps la permission du sou- 
verain. 

Tout bourgeois âgé de plds de 17 ans et de moins de 60 était 
tenu de prendre les armes quand le duc l’ordonnait , car il s’était 
réservé son ost et sa chevauchée ; mais on pouvait se faire rem- 
placer ; cette permission est accordée expressément aux marchands 
et changeurs, qui fréquentaient les foires de la Champagne. 

On trouve une clause analogue dans la plupart des chartes concédées 
à cette épo.que \ il y est ordinairement stipulé que les bourgeois 
seront tenus de prendre les armes, lorsque les seigneurs auront 
besoin de leurs secours. Nous en citerons deux exemples. Lorsque 
Frédéric V, comte de Toul, affranchit, en 1234, les habitants de 


(1) Voir Histoire de Lorraine , l re édition, tome 2, col. 308. 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMÜLATION. 


177 


Mirecourt , il s c réserva expressément le droit de punir d’une amende 
de 12 deniers celui d’entre eux qui refuserait de raccompagner, 
lorsqu'il se mettrait en campagne pour ravager les terres de ses 
voisins ou détrousser les voyageurs , pro prtsda facienda , dit la 
charte (1). Ferry de Charmes , qui descendait de la famille des comtes 
de Tool , accorda , en 1269 , à la ville de Charmes , dont il était 
seigneur, une charte dans laquelle nous trouvons la disposition sui- 
vante : « Sera puni d’une amende de 12 sols le bourgeois qui re- 
fusera d’accompagner en armes son seigneur, lorsqu’il sortira de 
la ville pour faire proie ou pour faire semblant (semblable) chose (2). » 

A Neufebàteau les impôts étaient de deux Sortes. L’impôt foncier 
était de 12 deniers pour chaque livre de terre, c’est-à-dire pour 
chaque parcelle territoriale valant 20 sous. L’impôt mobilier était 
plus lourd , car les meubles étaient taxés à raison de 6 deniers 
la livre , valant 20 sous. Étaient cependant exemptés de cette con- 
tribution les armes , les habits , les aisements ou ustensiles de mé- 
nage. 

A cette époque , comme de nos jours , les prolétaires sont privés 
de certains droits dont ou craint de les voir abuser. Ainsi, pour 
avoir arbelétre en son hôtel et quarreauœ jusqu'à cinquante , c’est- 
à-dire pour pouvoir détenir des armes , il faut posséder une fortune 
de 20 livres. Nous ignorons quelle était à cette époque la valeur 
de la livre en Lorraine , mais elle devait être considérable , si l’on 
peut en juger par le fait suivant. Vers le milieu du XIII e siècle , 
le comte de Salm , abusant de son pouvoir, fit emprisonner l’abbé 
et les religieux du monastère de Senones et en confia la garde à 
un certain nombre de soldats , qui firent bonne chère aux dépens 
de f abbaye et commirent tant d’excès en ce genre pendant deux jours 


(1) Voir doài Caltnet, Notice de la Lorraine, art. Mirecourt ; édition in- 
folio , tome 4 , colonnes 687 et 888. 

(2) La charte de Charmes se trouve dans la bibliothèque de M. Noël. 
Voir Notice de la Lorraine, art. Charmes , tome 4 , colonnes 200 et 

204. 

12 


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178 


AfVHALES 


et deux nuits , que la dépense , au rapport de l’historien du mo- 
nastère, s'éleva k 8 sous toulois (1). 

A l’exemple de la loi de Beaumont et de plusieurs autres chartes 
de cette époque, la constitution accordée par Ferry III k la ville 
de Neufchâteau renferme un certain nombre de disposition pénales. 
Le combat judiciaire est autorisé , et celui des champions qui était 
vaincu devait payer une amende. Celui qui frappait un homme était 
puni d’une amende de 5 sous ; elle était élevée à 1 5 sous , si l’a- 
gresseur avait fait sang , et k 60 s’il s’était servi d'armes émoulues . 
Il était puni de mort , s’il avait frappé avec un couteau. Nous 
ignorons quelles étaient les dispositions de cette charte relatives 
au délit d’injures. Nous pensons qu’elles étaient k peu près semblables 
k celles de la loi de Beaumont. L’article 43 de cette loi est conçu 
en ces termes : « Femme qui dira lait k autre femme (c’est-k-dire 
qui l’injuriera ou l’appellera gule , comme dit une -ancienne ordon- 
nance de Lorraine), s’il est prouvé par le témoignaige de deux hommes 
ou de deux femmes , elle payera cinq solz ; au seigneur quatre solz ; 
au mayeur vj deniers ; et k celle k cui elle avera dit le lait vj 
deniers. Et s'elle ne veut payer l’argent , elle portera la pierre le 
dimanche k la procession en peure sa chemise (en pure chemise) (2). » 

Telles sont les dispositions les plus remarquables de la charte de 
Neufchâteau ; comme on le voit par ce simple exposé , elle était 
de nature k satisfaire les désirs d’affranchissement qui tourmentaient 
les habitants de cette ville , k calmer la soif de liberté qui les 
dévorait. 

Nous ne parlerons point ici des nombreux affranchissements qui 
signalèrent le règne de Ferry III ; nous nous contenterons de faire 
observer que ce prince mit la loi de Beaumont en vigueur dans 


(1) Voir la Chronique de Richer, liv. Y, ch. 11 , et Y Histoire ecclé- 
siastique et politique de la ville et du diocèse de Toul, parle P. Benoît, 
page 452. 

(2) Voir la traduction française de la loi de Beaumont , dans V Histoire 
de Lorraine de dom Calme t. 


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DE LA SOCIÉTÉ d’ÉMULATIOH. 179 

presque toutes les Tilles de ses États. Ces concessions multipliées 
d'une charte qui était aussi favorable aux bourgeois qu’elle l’était 
peu aux seigneurs, irrita violemment ces derniers. Ils cherchèrent 
alors le moyen de mettre obstacle h des affranchissements qui de- 
vaient tét ou tard , sinon anéantir, au moins diminuer considéra- 
blement leur puissance. 

Us formèrent donc et exécutèrent le projet d’enlever le duc Ferry, 
et de le tenir prisonnier dans le château de l’un d’entre eux pen- 
dant le reste de sa vie , ou du moins jusqu’à ce qu’ils lui auraient 
arraché la révocation des actes qui les avaient lésés. La réalité de 
ce complot et de cet enlèvement a été contestée par la plupart des 
historiens lorrains; mais depuis la publication de la savante disser- 
tation de M. Beaupré , elle ne peut plus être révoquée en doute. Les 
motifs qui engagèrent les seigneurs dont nous parlons à enlever le 
duc Ferry sont clairement et nettement indiqués par Louis d’Ha- 
raucourt. « Pourceque li duc avoit grandement envie de guerroyer , 
et volut à tout meshuy mettre empêchement ez privilèges que cer- 
tains de la noblesse des siens Estatz avoyent en prétention , et 
dont n’usoyent en bons et loyaux hommes , mais comme leur duisoit 
et à leur intérest , dont pouvre peuple moult eut de souffrance ; ly 
dicta de la noblesse parfirent menées sourdes et brigues â telles fins 
que taryersassent privilèges et franchises qu’avoit monseigneur donné 
et gratifié certains lieux ; firent complotz et fut que certain jour 
quès passe temps de chasse dans les bois que sont pardessus li ville 
qu’a nom Laxou, qu’est tout proche de Nancy, li duc tant resta 
en plaisir que fut prins par la nuit. Parquoi certain Andrian des 
Ermoises qu’avoit jolie femme à luy qu’on disoit avoir privautés 
et douces accointances au bon plaisir di duc qu’estoit moult gentil 
prince que duisoit mieux à femelle qu’estoit convoiteuse ès esbats 
d’amour que ly viel et bigloux Andrian .... Et fut li duc Ferry prins 
et appréhendé à corps en certain détour par gens armés qui cou- 
vrirent son chef en tant que ne vit goûte, et fut grandement par 
longues allées et venues proumené et finalement mis en la tour du 
chastel de Maxéville , qu’est du fief dudit Andrian , et ne sçut li 
duc en quelle main estoit, ne siens serviteurs qu’estoit devenu. 


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180 


ANNALES 


« Un certain jour qu’avoit grandement lait bise et grosse boulée , 
fut partie du toic en la susdite entouré et mis en désapoint par li 
vent, et fut force que certain qu'on nommait Petit-Jehan , et que 
n’avoit qu'un œil , montit sur la dite couverture ; et chantoit chan- 
sonnement qu’avoit-on fait en complainte , et disoit que li duc 
estoit allé quérir en lieu qu’on ne sçavoit place à guerroyer ou 
fiUe tant gentille que fut à son point, n’en estant onc à sa guise 
en ses Estatz. Et fut oit le chansonneur di duc que li pourparla 
et baillit anneau qu’avoit au doigt , et ly promit grand prix et fit 
commandement qu’allat trouver sa dame et n’y faillit. 

« Qu’ayant fait ly couvreur Jehan , fut la dame Marguerite bien 
esbahie , et ne perdit teins le sire de Tillon qu’estoit sien gentil- 
homme, et print quelques dix cavaliers qu’estoient gens à main et 
loyaux hommes et chevauchèrent en grande hâte au dit Maxéville, 
que n’est loing de Nancy , et fut li duc Ferry sorti de tour qui 
fut rasée à la mointance et li fief d’Andrian apprins et tombé par 
félonie * dont avint grand honneur et amitiance au sire dé Tillon , 
que demanda qu’à tout jours mais , pour souvenance de ce qu’en 
premier avoit porté secours à monsignor, ly et sa lignée , tant que 
seraient en légitime procréation et engendrés de son chef, avincent 
droit et puissance aller en premier avant touts autres , exceptant li 
signour duc, a l’adorement du signour Dieu èsjour que bons et 
loyaux chrétiens fêtoyent sa mort , et que fut accordé (4). » 

Nous espérons qu’on nous pardonnera la longueur de cette cita- 
tion, à cause de l’intérêt que présente ce passage important du 
Mémorial des grands gestes et faits en ta province de Lorhaine. 
Nous avons cru devoir parler de l’empnsonnement du duc Ferry , 
quoique cet épisode semble au premier coup d’œil ne se rattacher 
qu’indirectement à l'histoire de la commune de Neufchâteau , nous 
avons cru, disons-nous, devoir parler de l’emprisonnement de 
Ferry , parce que les affranchissements multipliés , opérés par ce 


(1) Voir Mémorial des grands gestes et faits en la province de 
Lorhaine, dans le recueil de Mory d’Elvange cite' plus haut (note l re ) , 
pages 58 — 60. 


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DE LA SOCIETE D* EMULATION . 


181 


prince, forent la véritable cause de l'attentat dont il devint la victime, 
et que , de tous les affranchissements que lui dut la Lorraine , celui 
de Neufchàteau est, sans aucun doute, un des plus remarquables, 
un des plus intéressants. 

NedchAteau était, en effet, an moyen âge, une petite ville fort 
importante. Son heureuse position sur les frontières de la Lorraine, 
du Barrais et de. la Cham pagn e , y avait attiré une assez nombreuse 
population ; son commerce était devenu considérable , et les mar-* 
chands de cette viHe avaient étendu au loin leurs relations, fis 
portaient dans les foires de la Champagne les produits de la Lorraine, 
de l'Alsaee et de l'Allemagne , et les échangeaient contre ceux des 
provinces centrales de la France. En an mot, Nenfchàteau était 
devenu, dans les XIII e et XIV e siècles, ce que la viHe de Saint- 
NieoUft-du-Port fot pendant le XVI e siècle et le premier tiers du 
XVII*. Les ducs de Lorraine , de leur cété , avaient voulu contribuer 
an développement précoce de cette cité. Us y firent des fondations 
et y établirent un atelier monétaire très-important , dont lesproduite 
sont encore fort nombreux. 

Mais la prospérité des habitants de Nenfchàteau devint la cause 
de leur perle. Leur opulence les rendit intraitables et séditieux ; 
ils t’inagMfceat qu’ils pourraient braver l’autorité de leurs souve- 
rains ; .ils avaient alors sous les yeux l’exemple des bourgeois des 
villes épiscopales; ils voulurent les imiter et se flattèrent d’être 
MBsi heureux. Une autre circonstance contribuait encore à les 
entretenir dans cette idée funeste : les ducs de Lorraine étaient 
obligés de recevoir, des comtes de Champagne, l’investiture de la 
ville de Neufchàteau et de quelques autres villes et villages de leurs 
États. Tant que la Champagne forma une principauté particulière , 
cette suzeraineté était fort insignifiante , et les ducs de Lorraine 
s’eo préoccupaient médiocrement; mais lorsque cette province fut 
réunie an royaume de France dans les dernières années du XIII e 
siècle , la position du vassal vis-k-vis son suzerain sc trouva tout à 
fait changée , et les bourgeois de Neufchàteau conçurent l’espoir de 
se rendre indépendants , en invoquant le secours , en se mettant 
sous la protection du Roi , si leurs souverains directs s’opposaient à 
(a réalisation de ce dessein. La tranquillité qu’ils goûtaient sous le 


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182 


ANNALES 


gouvernement des ducs de Lorraine était cependant bien préférable 
au nouveau régime qu’ils se flattaient d’établir. Ces princes, loin 
de chercher à les opprimer et k les asservir, les avaient comblés 
de faveurs, et les bourgeois de Neufchàteau ne parent invoquer k 
l’appui de leurs prétentions aucun grief sérieux ; ils ne purent sou- 
tenir qu’ils avaient été poussés , en quelque sorte malgré eux , k 
une insurrection, k une levée de boucliers qu’ils auraient voulu 
év iter. 

C’est sous le règne du duc Thiébaut II (de 1303 k 1312), que 
nous rencontrons les premières traces de ces divisions, et cette 
fois , avouons-le , les plaintes des bourgeois de Neufchàteau n’étaient 
point sans fondements. Thiébaut avait le malheur d’étre l’ami de 
Philippe-le-Bel. Philippe vint en Lorraine en 1305 (1), et ce 
fut probablement ce prince qui conseilla k Thiébaut d’altérer 
les monnaies. On sait que Philippe-le-Bel était digne de servir de 
modèle sous ce rapport, et on connaît les moyens ignobles qu’il 
mit en œuvre pour augmenter ses revenus. 

Thiébaut eut le malheur de l’imiter , et les bourgeois de Neuf- 
château , que leurs habitudes commerciales rendaient plus difficiles 
sur la valeur intrinsèque des signes monétaires , s’en plaignirent 
hautement. « Gens de Neufchàteau , dit Thiriat, qu’auoient en con- 
seils maints cheualiers des plus grands portèrent plainte et accusa- 
tion enuers Monseigneur, disant qu’avoit mis force cuivre es ses 
monnoies, et qu’argent de luy n’estoit que faux. Parquois luy 
donnoient en leurs discours le renom qu’estdit mal loyal et faux 
monoieux. De ce M. le Duc fut outrecuidé, détestant la malice des 
susdits accusateurs , dont vint en son âme grande haine et désir de 
vengeance k l’encontre d’iceux (2). » 


(d) Voir Abrégé de V histoire généalogique de la maison de Lorraine , 
page 30. 

(2) Voir les Extraits de Florentin Thiriat , recueillis par Mory 
d’Elvange, dans l’ouvrage cité plus haut, page 217. Nous devons cepen- 
dant faire observer que Mory d’Elvangc ne regarde pas les accusations 
des habitants de Neufchàteau comme fondées. « Les monnaies qui nous 


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DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION. 183 

Le duc de Lorraine , (oui outrecuidi qu’il était , ne punit cepen- 
dant pas les habitants de Neufchâteau ; il comprenait combien leurs 
plaintes étaient fondées et ne leur fit point sentir le poids de sa 
colère. Les bourgeois semblent avoir pris sa patience pour de la 
crainte , et sous le règne de Jean 1 er , Us montrèrent des dispositions 
hostiles. En 1352, ils portèrent plainte devant le Roi de France 
contre le duc Jean , l’accusant d’avoir, au préjudice de la charte 
qui les régissait et fixait leurs droits , fait arrêter et maltraiter plu- 
sieurs d’entre eux, qui, disaient les bourgeois , n'étaient justiciables 
que du tribunal municipal. Us lui reprochaient aussi d’avoir for- 
tifié du côté de la ville un ancien château , dont U avait fait une 
espèce de citadelle pour les tenir en bride ; enfin d’avoir frappé sur 
la bourgeoisie une contribution de 10,000 francs , dont 3,000 avaient 
déjà été payés (I). 

Le Roi accueillit les réclamations des habitants de Neufchâteau et 
écouta leurs plaintes. Un procès s’engagea devant le parlement de 
Paris, qui était, comme l’on sait, l’instrument dont les rois de 
France se servaient pour dépouiller les grands vassaux. Le duc de 
Lorraine soutint ses prétentions ; mais eussent-elles été à l’abri de 
toute critique , il ne pouvait manquer de succomber. Il fut en effet 
condamné par le parlement , et , n’osant braver l’autorité du Roi , 
il se soumit et promit d’exécuter le jugement (2). 

Cette victoire rendit les habitants de Neufchâteau plus hardis ; ils 
avaient fait l’essai de leurs forces, et leur souverain avait reculé. 
Ds ne tardèrent point k faire une autre tentative , mais elle n’eut 
pas le même succès. Us subornèrent , en 4372, un secrétaire du 
duc de Lorraine, qui présenta à la signature de son maitre, au milieu 
de plusieurs ordonnances , un acte par lequel ce prince reconnaissait 


retient de ce duc , dit — il , dépotent en ta faveur. L’argent en est bon 
et très-au-dessus du titre de la plupart de celles que l’on trouve en 
France dane lee mêmes années. > 

Voir Recueil pour servir à ï histoire métallique des maisons et 
duchés de Lorraine et de Bar , manuscrit. 

(1) Voir Notice de la Lorraine , art. Neufchâteau , tome 2 , col. 127. 

(2) Voir la Notice de Lorraine , tome 2, col. 127. 


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ANNALES 


n'avoir aucun droit de souveraineté sur les bourgeois de Neufckâ- 
teau, et avouait que le roi de France était leur seul et légitime seigneur. 
Jean se trouvait alors à Paris ; aussitôt qu'il eut appris cette ma- 
chination, il accourut à Neu (château. Les habitants, craignant son 
courroux , avaient pris les armes et se disposaient à résister. U 
paraît qu'ils perdirent courage dans le moment décisif , car la ré- 
volte fut comprimée sans difficulté. Les principaux , auteurs de ce 
méfait furent arrêtés et si l'on ajoutait foi à la Chronique de Lor- 
raine (i) plusieurs auraient été décapités; mais nous croyons que 
l’auteur de la Chronique a confondu ici la sédition de 1372 avec 
l'insurrection de 1381 , dont nous allons parler (2). 

Les habitants de Neufchàteau , plutôt irrités que découragés par 
leur défaite , n’attendaient que le moment favorable pour s'insurger 
de nouveau. En 1381 , le duc de Lorraine établit un impôt au- 
quel furent soumises toutes les villes de ses États. Les bourgeois 
de Neufchàteau refusèrent de payer leur part dans cette contribu- 
tion , prétendant que l'ordonnance n'était point exécutable , faute 
d'enregistrement (3). Les percepteurs s’étant présentés, les bour- 
geois en tuèrent deux et mirent les autres en fuite. Comprenant bien 
qu’après cet attentat il n’y avait plus de grâce à espérer, ils prirent 
toutes les mesures nécessaires pour se défendre. Les juifs , établis 
à Neufchàteau en assez grand nombre , leur avancèrent de fortes 
sommes. 

Jean marcha aussitôt sur Neufchàteau avec des forces considé- 
rables , et la ville intimidée se soumit. Les évêques de Metz et de 
Toul et plusieurs seigneurs engagèrent le duc à agir avec clémence 


(1) Nous désignons ici sons le titre de Chronique de Lorraine Fou- 
rrage intitulé : Les opérations des feus ducs de Lorraine, commençant 
au duc Jean, fils du duc Raoul . 

(2) Voir la Chronique de Lorraine dans V Histoire de Lorraine de 
dom Calmet, preuves du tome 3, col. iij. 

(3) Si, comme cela parait certain , les bourgeois de Neufchàteau entendaient 
parler d'enregistrement opéré par le parlèrent de Paris, Hs niaient, la 
sonverainetd du djuc de Lorraine sur leur ville et se mettaient par là en 
insurrection ouverte. 


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DE LA SOCIÉTÉ D* ÉMULATION . 


185 


et Modération , mais Robert des Armoises et les antres ministres de 
Jean loi conseillèrent de frapper un coup terrible , pour effrayer à 
Jamais ces bourgeois si remuants et si audacieux. Les trente prin- 
dpeax d'entre eux Rirent pendus. Le duc confisqua leurs biens et 
punit sévèrement les juifs , qui avaient , comme nous l'avons dit , 
ouvert leurs coffres aux séditieux (4). 

Jean se flattait d'avoir étouffé le feu de la révolte, mais les bourgeois, 
sans se laisser intimider , s'adressèrent au parlement de Paris. Ce 
grand corps judiciaire voulait humilier le duc de Lorraine. Saint- 
(fermant , procureur général du Roi , demanda que la requête des 
habitants de Neufchèteau fût admise , et le parlement, faisant droit 
à ses conclusions, s'empressa de l’accueillir (2). Il s’ensuivit un 
long procès; le duc de Lorraine commit une grande faute, celle 
de comparaître , et le parlement , sans égard pour cette démarche, 
rendit un premier arrêt , par lequel il était défendu au duc de Lor- 
raine de rien entreprendre contre les bourgeois de Neufchàteau et 
de leur faire subir aucun mauvais traitement. Le duc de Lorraine 
promit de se conformer à ces dispositions et d'attendre une dé- 
cision définitive. Le parlement , encouragé par la faiblesse de Jean , 
rendit, en 1389, un second arrêt qui ordonnait que la ville de 
Neufchèteau serait administrée au nom du Roi , et que le duc de 
Lorraine ferait ses reprises auprès de son suzerain. Jean se con- 
forma encore à cette prescription et renouvela son hommage , si 
toutefois il l'avait déjà fait, ce que nous ignorons. Le 27 août 4398, 
le parlement prononça un troisième arrêt , dont la teneur ne nous 
est pas connue. Jean présenta alors une requête au Roi , pour de- 


(1) Voir Chénier, Histoire de Lorraine , tome 2, page 87. 

(2) Noos relèverons ici nne erreur de Chévrier. Cet écrivain ne donne 
à Saint— (fermant que le litre de procureur du Roi et prétend qpe celai 
de procureur général ne fat attribué au chef do parquet que sur la fin 
du règne de Henry III. Chévrier ne savait pas que ce titre lui était déjà 
donné vert le milieu du XIV* siècle. Dans des lettres du Roi Jean , datées 
da 42 janvier 4352 , il est fait meotion de ton procureur général et de 
tes avocats au parlement : Procurator non ter genera/is , aigue adpocati 
no s tri dicti par la menti. 


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186 


ANNALES 


mander l’annulation de l’arrêt de 1389. 11 fut, en effet, rois à néant 
l’année suivante ; mais le duc de Lorraine était mort dans l'inter- 
valle, et son 61s Charles 11 lui avait succédé (1). 

Le duc Jean avàit succombé à une maladie de langueur ; le bruit 
se répandit aussitôt qu’il avait été empoisonné par un émissaire des 
habitants de Neufchàteau. Ce bruit prit beaucoup de consistance, 
et le duc Charles lui -même demeura convaincu de la vérité de cette 
hypothèse. Les bourgeois de Neufchàteau ne tardèrent pas à éprouver 
les effets de son ressentiment. 

En 1392 , Charles II entra dans cette ville à la tête d’une armée, 
et les exécutions commencèrent aussitôt. Les magistrats et un grand 
nombre de bourgeois subirent divers supplices : les uns furent pendus, 
d’autres brûlés vifs „ d’autres écartelés. Plusieurs furent condamnés 
k une prison perpétuelle ; les maisons de quelques-uns furent dé- 
molies, et il fut défendu de les reconstruire. Leduc aurait même 
brûlé la ville , si ses conseillers ne l’en eussent détourné. 11 consentit 
donc k accorder la vie aux habitants de Neufchàteau et à épargner les 
édifices ; mais les bourgeois furent obligés de se soumettre à une cé- 
rémonie humiliante. 

Le 22 septembre , une grande croix fut dressée sur la principale 
place de la ville ; une cuve remplie d’eau et de sang fut placée au 
pied de cette croix , et chaque bourgeois fut obligé de venir dé- 
poser au fond de cette cuve la somme k laquelle il avait été taxé 
et d’y plonger la tête et un bras. La juridiction fut enlevée k la 
bourgeoisie et l’on éleva une pyramide qui rappelait l’insurrection 
et l’infidélité des habitants de Neufchàteau , ainsi que le châtiment 
qui en avait été la conséquence. 

La colère de Charles U contre les bourgeois de cette ville était 
extrême ; il leur prodiguait les épithètes les plus outrageantes , et 
notamment celle de Jacques , les assimilant ainsi aux serfs qui 
s'étaient insurgés vers l’année 1350, et dont la révolte avait reçu 
le nom de Jacquerie. 


(4) Voir Notice de la Lorraine , tome II, col. 427 et 428; Pasquier, 
Recherches de la France ; Chevrier, Histoire de Lorraine , tome II, pages 
481 , 482, 487, 488, 493, 494, 495 et 496. 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 


187 


Thiriat et Chévrier ont fait de grands efforts pour démontrer que 
teUe n'est point l’origine du sobriquet de Jacques , que l’on donne 
encore aujourd’hui aux habitants de Neufchàteau ; mais toute leur 
rhétorique ne peut l’emporter sor les faits ; nous citerons cependant 
un passage de Thiriat , qui est assez amusant : « Advint que ceux 
de Neuf-Chasté eurent nom de Jacques , de ce que iceux apprivoi- 
soient chez eutx des oisels qui avoient même nom , comme il ad- 
vient céans (h Mirecourt) qu’on nous donne surnom de Hoche-ads , 
pour qooy cet oisel est tant vulgaire que les bords du Madon en sont 
tout couverts (I). » 

La haine que le duc Charles 11 portait à ces malheureux bourgeois 
se comprend , quand on lit le passage suivant du même auteur : 
« D’autant que celuy Duc prétendoit avoir droit sur les dits de Neuf- 
Chasté et que ladite ville et dépendances estoient de son fief, comme 
bien d’autres le croioient et regardoient comme tel et croioient le 
bien sçavoir. Furent les habitants fort à l’encontre et ne s’en ca- 
choient en leurs discours , ains n’épargnoient en leurs propos le 
deflhnt père du Duc et ce firent tels dires que ne pouvoit-on croire 
qu’yceux estoient grands ennemis du Duc. On n’en douttoit et voioit- 
on combien yceux estoient en désirs de rébellion. Dans cecy trou- 
voit-on aussi qu’avec droit avoit eu soupsons qu’yceux avoient mis 
à mal le feu duc Jean (2). » 

On aurait pu croire que cette terrible exécution avait effrayé 
pour toujours les habitants de Neufchàteau , et que les idées de 


(1) Voir Histoire de Lorraine de dom Calme t , tome II , col. 658 ; 
Notice de la Lorraine, tome II, col. 127 et 128; Chevrier, Histoire de 
Lorraine, tome II, pages 184 — 186 , 202 , 205 , 208 — 212. 

(2) Voir le Recueil de Mary d'Elvange , page 221. Dom Calme! 
cite, mais en avertissant qu’il ne l’a pas eu entre les mains, un opus- 
cule imprimé, intitulé : La Jacquerie du Neuf- Château , ou relation 
de la révolte de la ville de Neufchàteau. Nous croyons que cet ouvrage 
est toujours demeuré manuscrit. Voir Histoire de Lorraine , tome I, 
col. XC. — Nous ferons remarquer aussi que l’orthographe de plusieurs des 
passages transcrits dans ce mémoire a été altérée soit par dom Calmet , 
soit par Mory d’Elvange , et que nous n’avons point osé entreprendre de 
la rétablir telle qu’elle était primitivement. 


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188 


ANNALES 


liberté et d'affranchissement avaient dû faire place au besoin de la 
paix et de la tranquillité. 11 n’en fut rien. Charles avait it peine 
quitté cette ville que ses habitants s’adressèrent de nouveau au 
parlement de Paris. Les excès qui avaient souillé la victoire du duc 
de Lorraine avaient prévenu l’esprit du Roi contre lui ; l’affaire traîna 
toutefois pendant plusieurs années -, mais, en 1405, probablement 
sur la nouvelle que Charles 11 méditait quelque nouvelle exécution 
contre les habitants de Neufchàteau , une armée française s’appro- 
cha des frontières de la Lorraine , « contre le Duc , qui avoit fait , 
dit Juvénal des Ursins , plusieurs exceds au préjudice du Roy et 
de ses subiets. Mais , ajoute le même auteur, quand le Duc l’ap- 
prend, il envoyé une bien notable ambassade pour déclarer qu’il 
se met au iugement du Roy et de sa Cour. » Charles VI, désarmé 
par la soumission du duc de Lorraine , rappela ses troupes (1). 

De 1405 4 1410 nous ne trouvons dans les historiens lorrains 
aucun fait concernant Neufchàteau ; mais il est certain néanmoins 
que cette ville se trouvait pour ainsi dire en séquestre , et qu’elle 
était peut-être même régie et administrée au nom du Roi de France. 

La colère de Charles II ne tarda malheureusement pas à foire 
explosion une seconde fois sur cette ville déjà si maltraitée ; nous 
ignorons quelle fut la cause de cette nouvelle crise. Le 28 
février 1409 (1410) , le duc de Lorraine entra à Neufchàteau, or- 
donna que l’on arrachât « Les pennonceaux et escussons aux armes 
du Roy qu'on y avait attachez en aucun lieu , en signe de sauve- 
garde » , dit Juvénal (2) , les fit lier à la queue de son cheval et 
les traîna dans la boue. Les portes de la ville furent fermées; 
vingtrhuit des principaux bourgeois furent arrêtés; les soldats 
lorrains pillèrent la ville et enlevèrent tous les comestibles que 
l’on divisa en deux portions , dont l’une appartint aux soldats , et 


(1) Voir Histoire de Charles VI, Roy de France , et des choses 
mémorables advenues durant 42 années de son régne , etc., par ïean 
Iuvenal des Vrsins, archeuesquc de Rheiras; édition de l'Imprimerie Royale, 
pages 178 et 185. 

(2) Ouvrage cité, page 246. 


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DE LA SOCIÉTÉ D ÉMÜLATION. 180 

l'autre fot destinée à approvisionner le château. On évalua le dont- 
nage à 100,000 francs. 

Les malheurs de la bourgeoisie de Neufchâteau n’étaient point 
encore arrivés h leur terme : six cents soldats allemands entrèrent 
dans le château , et le pillage recommença ; la bourgeoisie fui 
désarmée; plusieurs des bourgeois forent condamnés à mort et 
exécutés; enfin le château fot mis en état de défense, et la ville 
•e trouva comprimée et dans Timpuissance, non-seulement de se 
révolter encore , mais aussi de poursuivre le procès pendant devant 
le pa r leme nt de Paris. 

Cependant le bailli de Chaumont avait appris ce qui venait de 
se passer ; il se hâta d’accourir k Neufchâteau et demanda qu’on 
lui en ouvrit les portes comme au représentant du Roi de France. 
On lui répondit par un refus ; alors il jeta une baguette blanche 
dans la ville, pour prouver que l’entrée lui en avait été refusée, 
fit une enquête sur les faits qui s’étaient passés , et , s’approchant 
d'une des portes , i! ajourna Charles II k comparaître en personne 
devant le parlement. 

’ Le parlement 's’empressa de procéder contre le duc de Lorraine. 
« Laqudle chose, dit Juvénal, venue k la cognoissance des gens 
du conseil du Roy, il fut délibéré qu’on luy feroit son procès, 
comme k crimineux de leze-maiesté , et fut adiourné k comparoir 
en personne en la cour de parlement. Et tant fot procédé qu’il fot 
mis en quatre défauts crimineux. Et mirent devers la Cour les 
aduocats et Procureur du Roy leur profit de defaut, en requérant 
les conclusions estans en iceluy leur estre adiugées , ce qui fut fait. 
Car R fot dit auoir encouru et commis crime de leze-maiesté , et 
auoir forfait corps etlriens , et fut banny du Royaume de France (1). » 

Le duc de Lorraine avait appris que le parlement procédait 
contre lui ; il savait que ce grand corps judiciaire avait rendu , k 
la date du 1 er août 1412, l’arrêt dont il est question dans le 
passage de Juvénal que nous venons de citer ; il voulut néanmoins 
se rendre k Paris. Charles VI était depuis longtemps tombé en 
démence ; le duc de Bourgogne était tout - puissant ; il était l’ami 


(1) Voir ouvrage cité , pages 246 et 247. 


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(90 


AUNALES 


de Charles II; celui-ci espéra que le parlement n’oserait pousser 
plus loin ses entreprises , dans la crainte de déplaire à Jean-sans- 
Peur. Il se trompa. 

Ecoutons Juvénal , témoin oculaire et même acteur dans la scène 
qui eut lieu à cette occasion. « Il (le duc de Lorraine) estoit venu à 
Paris à la seureté du duc de Bourgongne , lequel le deuoit présenter 
au Roy le lendemain à l’issuë de sa Messe. Laquelle chose vint à 
la cognoissance de la Cour de Parlement, laquelle ordonna aux 
aduocats et procureur du Roy, qu’ils allassent à la Cour requérir 
au Roy , qu’il fit iustice dudit Duc de Lorraine , ou qu’on le baillast 
à la Cour de Parlement pour en faire iustice, et ce qu’il appar- 
tiendrait par raison. De ce le Duc de Bourgongne et le Duc de 
Lorraine n’estoient en rien aduertis, que les gens du Roy de 
Parlement y deussent aller. Lesquels y vinrent, et y auoit des 
Seigneurs de la Cour auec les Aduocats et Procureur , et arriuèrent 
comme le duc de Bourgongne présentoit au Roy le Duc de Lorraine. 
Quand le Chancelier de France vid ceux du Parlement, il demanda 
ce qu’ils vouloient. Et lors s’agenouilla et parla Iuvenal, seigneur 
de Traignel (c’est l’historien lui-méme), lequel , comme dessus est 
dit, estoit aduocat du Roy , qui recita les cas dessus dits, en requé- 
rant aussi ce que dit est. Lors le dit Duc de Bourgongne dit : Iuvenal, 
ce n’est pas la manière de faire. Et il respondit qu’il falloit faire ce 
que la Cour auoit ordonné , et requeroit que tous ceux qui estoient 
bons et loyaux vinssent et fussent auec eux ; et que ceux qui 
estoient au contraire se tirassent d’auec le dit Duc de Lorraine. 
Lors le dit Duc de Bourgongne laissa aller le dit Duc de Lorraine 
qu’il tenoit par la manche. L’issuë fut, que le Duc de Lorraine 
pria au Roy bien humblement qu’il luy vouiust pardonner, et 
qu’il le serviroit loyaument. Lors le Roy lui pardonna tout, et 
pardonna ses bannissements et confiscations , et eut le Duc 
remission. Mais le Duc de Bourgongne ne fut pas bien content 
dudit Iuvénal, combien que ce quil fit, ce fut comme bon, vray 
et loyal , et luy en deust le Duc de Bourgongne auoir sceu tre- 
bon gré , de soy estre si loyaument acquitté (1). « 


(1) Voir ouvrage cité, pages 246 et 247. 


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191 


DE LA SOCIÉTÉ D ÉMULATION. 

Nous connaissons les principales dispositions de l'arrêt rendu 
contre le duc de Lorraine par le parlement de Paris, arrêt que le 
Roi de France déclara nul , après que Charles II l'eut prié de lui 

pardonner. « Intervint arrest, raconte Thiriat, et fut dit 

contre Monseigneur que les dits de Neuf-Chasté estoient, auoient 
été et forent mis en protection et vassalité du Seigneur Roy. Fut 
le Doc amandé (sic) de iO mille marcs d’argent et de 10 mille marcs 
d’or , pour ce qu’on nommoit ses méfaits et félonies commises enuers 
son Seigneur Roy et en 40 mille livres en titre de dommage et 
restitution et indemnité des meaux et malencontre qu'auoit fait en- 
durer aux manans et bourgeois dudit Neuf-Chasté (1). » 

Le duc de Lorraine , après avoir éprouvé ainsi une humiliation 
qui dut lui être bien pénible , quitta Paris et revint dans ses États; 
mais il n’oublia point l’affront que les gens du parlement lui avaient 
fait subir. Il conserva même beaucoup de ressentiment contre le 
malheureux Charles VI. Ce prince s’était cependant opposé à l’exé- 
cution de l'arrêt du parlement et avait ordonné un silence perpé- 
tuel au procureur général au sujet de l’affaire de Neufchûteau ; mais 
Charles II pensait probablement que ce silence aurait dû être com- 
mandé plus tôt, et que le Roi n’aurait pas dû permettre à son 
procureur général et à ses avocats de demander en sa présence 
que l’arrêt rendu contre lui fût mis à exécution. « Et ne fut tel 
acte, ajoute Thiriat, mis en l’oubli de Monseigneur, et le tint à 
cœur que ne put dissimuler et parut visiblement , lorsque ledit Duc 
conserva des accointances avec le bourguignon et lorsquen tems et 
lieu accompagna ledit assassin lorsque vint à Paris et nargua le 
Roy (*). » 

Ici se termine ce que nous avions k dire sur la commune de 
Neufchâteau ; ajoutons cependant que le duc Charles II ne commit 
plus aucun acte de vengeance contre cette malheureuse ville , et qu'il 
rendit même h ses habitants le droit de nommer leurs magistrats , 


(4) Voir Extraits de Thiriat, conservés par Mory d'Elvange, dam 
le reeneil cité , page Mi. 

(9) Voir Extraits de Thiriat, conservés par Mory d'Elvange , dans 
le recneil cité, page 224. 


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192 


ANNALES 


ainsi que l’exercice de la justice qui leur avait été enlevé en 1409 
(1410) (1). Les successeurs de Charles U, voulant relever cette 
ville , la traitèrent avec faveur , et l’un d’eux , pour lui donner un 
gage de pardon complet, fit démolir la pyramide élevée sous le 
règne de Charles II (2). 

À partir de cette époque, l’histoire de la commune de Neufchàteau 
ne présente plus aucun fait remarquable ; les bourgeois comprirent 
enfin que les troubles dont leur patrie avait été le théâtre n’étaient 
pas de nature à développer le commerce , source de leur ancienne 
prospérité; ils se contentèrent sagement de la liberté que leur 
accordaient leurs souverains, et ne firent plus aucune tentative pour 
détruire une autorité que leurs désastres leur avaient appris à res- 
pecter ; les ducs de Lorraine, de leur côté, sentirent la nécessité de 
rétablir dans son premier état une ville que les terribles représailles 
de Charles 11 avaient pour ainsi dire anéantie; mais la secousse 
avait été si violente que jamais Neufchàteau ne put reprendre le rang 
qu’il avait occupé pendant cent cinquante ans. Son commerce 
était détruit, ses principaux négociants avaient perdu la vie dans les 
luttes dont nous avons retracé l’histoire ; ceux qui restaient ne pu- 
rent créer de nouveau une prospérité qui avait disparu sans retour; 
et Neufchàteau demeura , ce qu’il est aujourd’hui , une ville privée 
de toute importance commerciale et politique. 

ÉCLAIRCISSEMENTS. 

Nous n’avons , dans ce mémoire , fait remonter qu’au règne dé 
Jean 1 er les tentatives faites par les habitants de Neufchàteau pour 
se soustraire à la domination des ducs de Lorraine; mais nous 
devons avertir qu’antérieurement à l’avènement du duc Jean 1 er , 
on trouve des traces de l’esprit remuant qui animait cette bourgeoisie; 


(1) Si l’on en croyait dom Cal met [Notice de la Lorraine , tome II , 
col. 126), le» habitants de Neufchàteau auraient été privés de l’exercice de 
la justice en 1392. Nous pensons que c’est une erreur. 

(2) Voir dom Calme t , Notice de la Lorraine , tome II, col. 129 et 
130. — Chevrier, Histoire de Lorraine, tome II, pages 211 et 212. 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMU LATUM. 


193 


seulement, comme ces faits sont entourés d'une certaine obscurité, 
nous n’avons pas cru devoir les rapporter dans le texte. Toutefois, 
pour ne rien omettre, nous allons brièvement indiquer tout ce que 
nous avons découvert relativement k ces querelles. 



de neufchàteau se révoltèrent et se placèrent sous la protection du 
Roi de France ; cependant les renseignements par nous recueillis sont 
tellement vagues et incomplets que nous ignorons entièrement la cause 
ou le prétexte de œtte insurrection. Ferry IV fit emprisonner plusieurs 
habitants notables; mais le Roi de France intervint, et le duc de 
Lorraine se vit obligé de céder et de faire remettre ces bourgeois 
en liberté. Viriot, Humbert et Lepetit, principaux auteurs de la 
première sédition, engagèrent leurs concitoyens à invoquer le 
secours du Roi de France, et, en 1312, Philippe-le-Bel rendit 
un jugement qui donnait gain de cause aux bourgeois; la seule 
grkce que le duc put obtenir fut de n'étre point condamné à leur 
payer des dommages-intérêts. Ce jugement enhardit les bourgeois, 
qui ne cessèrent d'affecter l’indépendance et de donner k leur 
souverain des sujets de mécontentement et d’inquiétude jusque vers 
l’époque où Gaucher de Chktillon, connétable de France, devint 
momentanément seigneur de Neufchkteau, par suite de son mariage 
avec Isabelle de Rumigny, veuve de Thiébaut U (1). 


(1) Voir Mr tout ces (kits le Recueil pour servir à V histoire métallique 
des maisons et duchés de Lorraine et de Bar , par Mory d’Elvange, 
manusc rit» — Règnes de Thiëbant II et de Ferry IV. 


13 


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«04 


AKNALES 


SU «tttVAMSl. 


Inflamnalioa des prinipiai finèvet iMomin— r 
(g*<tro- ettte» o- pe p h ro-bépatit<). 


RAPPORT A I. LE PREFET DES VOSGES, 


fait 

PAR M. MATHIEU , 

MÉDECIN VÉTÉRIBAIRE IM CHEF DO DÉPÂRTEMBMT , MEMBRE TITULAIRE. 


Monsieur le Préfet, j’ai l’honneur de vous informer que, d’après 
votre lettre du 3 de ce mois , par laquelle vous me préveniez qu*kme 
maladie paraissant avoir le caractère épizootique s’était déclarée 
sur les chevaux de la commune de Romont, j’eusse h me trans- 
porter sur les lieux pour reconnaître ht nature de l’affection et 
prescrire le traitement nécessaire, je me sois mis incontinent en 
devoir de répondre à cette importante mission. 

Arrivé à Romont , je me suis rendu chez M. le maire , près 
duquel je devais recevoir des éclaircissements sur l’origine du mal , 
le nombre des victimes et celui des animaux affectés. Ce zélé fonc- 
tionnaire répondit avec empressement à mes diverses demandes, 
et son utile concours lui a mérité le témoignage de ma sincère 
gratitude , comme il doit lui valoir les suffrages de l’administration. 

11 n’est que trop vrai, Monsieur le Préfet, qu’une maladie de 
nature épizootique régnait sur les chevaux de Romont ; elle persista 


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DE LA SOCIÉTÉ t>’ EMULATION. 


195 


avec asset d’inteosité dans le cours de septembre. Lors de moir 
arrivée , le 5 octobre , Ton comptait déjà sept animaux morts , et- 
je pas reconnaître que six offraient à un plus ou moins haut degré 
des symptômes de la même affection. Les pertes se répartissaient 
ainsi : chea le sieur Cherriere, une jument et un cheval ; chez le 
sieur Cendre (François) , une jument et deux chevaux ; chez le sieur 
ttUaire , un cheval , et enfin ches le sieur Houberdon , une jument. 
Quant aux animaux atteints , ils appartenaient au sieur Cendre 
(François) , à son frère , à Hilaire afné , à Hilaire jeune , à Grand- 
tbouvenin et à son frère Grandthouvenin (François), chacun d’eux 
pour un cheval. 

Des sinistres aussi multipliés pour la localité durent nécessairement 
jeter de vives alarmes, surtout à l'époque critique des semailles. 
Aux empiriques primitivement appelés, avaient succédé des vétéri- 
naires instruits , et c’est accompagné de mes confrères , MM. Fran- 
çois et Thllly , de Rambervillers , que je procédai à l’étude du 
fléau et aux moyens de le combattre. 

L’examen des animaux malades et les lésions observées à l’ou- 
verture de ceux qui avaient péri , firent facilement apercevoir quels 
organes étaient intéressés et quel était le caractère de l’altération, 
le les rappellerai succinctement , avant que de chercher à en apprécier 
les causes. 

Symptômes. Refüs des aliments ; tète basse ; air morne ; maigreur 
instantanée ; bouche péteuse , flancs retirés ; respiration profonde ; 
démarche difficile , vacillante ; colonne dorso-lombaire insensible , 
très-raide ; paupières gonflées , yeux larmoyants , conjonctive et 
muqueuse buccale d’un jaune safran ; souvent humeur aqueuse de 
l’œil trouble , jaunâtre ; iris et cornée transparente dans son pourtour, 
réflétant la même teinte jaune ; crottins rares , secs et couverts d’un 
eoduit noir, poisseux ; urine claire , son émission difficile ; campements 
fréquents ; érection chez les chevaux ; pouls dans le principe plein , 
plus tard serré et tendu *, si un mieux ne survient, ces symptômes 
s’exaspèrent : alors pools petit, concentré et irrégulier; trouble de la 
vision , cécité , tête rasant le sol ; vadllement extrême , enfin chute , 
puis raideor tétanique ou accès vertigineux et convulsifs qui préludent 
â la mort. 


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196 


ANNALES 


Lésions cadavériques . Elle m’onl été rapportées par mes confrères, 
les animaux morts étant depuis trop longtemps enfouis pour que je 
les fisse exhumer. Je ferai observer toutefois qu’elles sont semblables 
aux lésions observées par moi dans des cas critiques de cette affection. 

Estomac médiocrement rempli d’aliments ; muqueuse du sac droit 
çà et là enflammée ; intestins grêles épaissis et jaunis par de la 
bile ; gros intestins phlogosés , surtout en se rapprochant du rectum ; 
ils contiennent des matières durcies , desséchées et peu élaborées. 
Reins sans consistance , tombant en putrilage ; vessie enflammée ; 
foie gorgé de sucs bilieux ; rate ramollie , d'un noir violacé ; viscères 
thoraciques sains ; cerveau injecté ; sérosité dans ses ventricules ; 
muscles , et principalement le tissu cellulaire , colorés en jaun£. 

D'après cet exposé de symptômes et de lésions , on peut aisément 
se prononcer sur le genre de maladie auquel sont en butte les 
chevaux de Romont. Us subissent toutes les conséquences d'une 
inflammation des principaux viscères ventraux , mais surtout des sé- 
créteurs de t'urine , de ceux de la bile , comme encore de diverses 
sections du tube digestif, avec report sur les fonctions du système 
nerveux , accusé et par des accès de vertige et par une sorte 
d'hémiplégie du train postérieur. 

Si telle est bien la nature de l’épizoqtie , on devra la classer 
dans le cadre nosologique comme une variété de ces affections dés- 
ordonnées par leurs symptômes et si graves par leurs suites, les 
indigestions vertigineuses. Pour le cas actuel, l'estomac et le tube 
intestinal ne sont pas les organes les plus lésés ; mais les viscères 
annexes, le foie, la rate, les reins, dans quel état inflammatoire 
les rencentre-l-on , et leur altération n'est-elle pas suffisante pour 
expliquer cette réaction sympathique sur les facultés du cerveau et 
de la moëlle allongée ? 

Causes. Elles sont éloignées et prochaines. Les premières doivent 
se rapporter à une mauvaise alimentation pendant toute la dernière 
saison , les fourrages de l'an passé ayant été plus ou moins avariés 
et nullement nutritifs : d'où l'affaiblissement des organes digestifs, 
dont l’atonie a dû être portée à son comblé par les transpirations 
considérables occasionnées par une chaleur estivale de 30 à 35° c. 
Les secondes ont nécessairement pour principe des effets pour 


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DE LA SOCIÉTÉ DÉMULATION . 


197 


ainsi dire inverses à ceux signalés ; on les trouve dans des travaux 
des champs difficiles, les terres ne pouvant être attaquées par le 
soc ; dans une nourriture par trop échauffante et dans des aliments 
n’ayant pas encore subi une salutaire fermentation , car si 1 846 
a produit peu , par contre les denrées ont été savoureuses et 
réparatrices. 

Telles sont les influences qui ont si fatalement pesé sur l’économie 
du cheval et auxquelles elle n’a pu bien des fois se soustraire. 
Ainsi s’expliquent, répéterons-nous, ces inflammations, ces transports 
de bile , ces dysuries , cet état nerveux , cette paraplégie enfin , 
attributs redoutables de la douloureuse affection. 

Les causes connues ou du moins suffisamment présumées , le 
traitement s’est borné aux prescriptions suivantes : 

i° Saignée proportionnée à la violence du mal et à la constitution 
du sujet ; 

2° Un ou deux sétons animés au poitrail ; 

3° Liai ment révulsif sur la région dorso-lombaire ; topique chaud 
et continuel sur la même partie ; 

4° Breuvages émollients , souvent laxatifs ; émulsions camphrées ; 
lavements adoucissants ; 

Diète ; aliments de choix ; un peu de vert ; quelques carottes ; 
boisson tiède avec son farineux ; une poignée de sel de cuisine et une 
forte pincée de nitrate de potasse ; 

6° Pansement exact ; corps bien couvert ; promenade légère ; 
abondante et sèche litière; 

7° Visite sévère du vétérinaire pour répondre aux indications à 
remplir. 

La maladie étant de nature seulement épizootique et aucunement 
contagieuse, rien n’a été fixé pour le cautonnement ; mais au trai- 
tement curatif laissé à la mairie, il a été scrupuleusement recommandé 
h tous les cultivateurs de soumettre leurs chevaux aux soins ci- 
après, afin de les soustraire aux atteintes de l’affection. 

1° Ménager le travail et le proportionner aux forces et à l’état 
des animaux ; 

2° Saigner les plus vigoureux , comme ceux dont la tête serait 
lourde et la démarche chancelante ; 


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(98 


A9NALE8 


3° Peu nourrir ; humecter d’eau fortement salée les différents 
fourrages ; 

4® Donner, une fois le jour , un barbottage de son fartàiux et une 
poignée de sel ; 

5° Panser exactement. 

C'est avec la plus vive satisfaction que j’aurai l'honneur de vous 
apprendre, Monsieur le Préfet, qoe ces applications, aussi simples 
que peu coûteuses , ont été suivies du plus entier succès ; que les 
six chevaux indisposés lors de ma visite sont maintenant en parfaite 
santé, et qu'aucun cas nouveau n'est apparu. 

Un pareil succès démontre indubitablement la puissance de l'art 
quand ce dernier est judicieusement appliqué ; il démontre combien 
nos campagnes sont malheureuses quand elles se confient aux pratiques 
ruineuses de l'empirisme et du charlatanisme. Comme je me suis 
trouvé heureux d'avoir rencontré , dans l'accomplissement de ma mis- 
sion, des collaborateurs aussi capables et aussi dévoués que mes 
dignes collègues et amis, MM. François et Thilly, vétérinaires à 
Rambervillers , j'oserai appeler sur eux les honorables témoignages 
de satisfaction de l’ administration. 

J’appellerai également , Monsieur le Préfet , votre efficace pa- 
tronage sur les malheureux cultivateurs, victimes du désastre; tous 
sont pères, de famille et peu aisés; à une époque où la classe agri- 
cole souffre dans son principal revenu , die a tout lieu de compter 
sur l'appui et la bienveillance d'un gouvernement juste et paternel. 

J'appuierai encore de tout mon pouvoir le mémoire en indemnité 
que M. le maire de Romont s’est chargé de vous présenter en faveur 
de ses administrés. 

Je ne clorai pas, Monsieur le Préfet, ce rapport sans vous faire 
savoir que la maladie qui vient de frapper les chevaux de Romont , 
n'est pas restée étrangère à d’autres localités ; plusieurs communes 
en ont souffert : dans le nombre je citerai Saint-Genest, Moyemont , 
Mori ville; je mentionnerai encore Epinal (dans les messageries surtout); 
heureusement que si l’on réclame secours à temps, il y a tout Heu 
d’espérer prompte guérison et que , dans aucun cas , je n'ai reconnu 
le moindre signe de contagion à la propagation du mal. 

J'ai l'honneur, etc . MATHIEU. 


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DK LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 


199 


ORGANISATION RT PERSONNEL 

M RA OAAtàtft M «UL 


BÜREAl T . 

Président honoraire , M. le comte Simeon , conseiller d’Etat , dé- 
poté , directeur général de l’administration des tabacs à Paris. 
Président, ¥. delà Bergerie , Préfet des Vosges. 

Vice- président , M. Maud'heux , avocat et membre du conseil gé- 
néral. 

Secrétaire perpétuel , M. franco , docteur en médecine. 

Secrétaire adjoint, M. Mathieu, médecin vétérinaire en chef du dé- 
partement. 

Trésorier , M. Guery, caissier à la recette générale. 

COMMISSIONS ANNUELLES. 

1 ° commission d’admission. 

MM. Claudel, président, Maud'heux, Hogard, Mathieu, Éeaurain, 
Gley , Lemarqui s. 


2° COMMISSION DE COMPTABILITÉ 

MM. Mougeot, président, Berker, Claudel, Beaurain, Grillât. 

3° COMMISSION DE RÉDACTION ET DE PUBLICATION. 

MM. Maud'heux, président, Charton , Lemarqui », Ballon, Gley, 
Toillier, Évon. 


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200 


AHNÀLEA 


4 ° COMMISSION DES PRIMES. 

MM. Déblayé, président , Berher. Claudel , Mathieu , Bienaymi 
Maud'heux, Toillie r. 

5 ° COMMISSION D'àGRICULTURE. 

MM. Déblayé , président, Mathieu , Berher , Claudel , Bienaymè 
Évon, Mougeot , Dutac aîné, Toillier. 

6° COMMISSION DES ANTIQUITÉS. 

MM. Uogard , président , Laurent , Grillot, Ballon , Beaurain 
Dutac jeune , Maud'heux . 

MEMBRES TITULAIRES RÉSIDANT AU CHEF-LJEU. 


MM. 

R. de la Bergerie , Préfet , président. 
Ballon, avocat. 

Beaurain, architecte. 

Berher, entomologiste. 

Bienaymè, ancien pharmacien. 

Charton , chef de bureau à la préfecture. 
Claudel , ancien notaire. 

Déblayé (Sébastien), propriétaire. 
Drappier , docteur en médecine. 

Dutac aîné , praticulteur. 

Dutac jeune, praticulteur. 

Évon fils, agronome. 

Garnier, docteur en médecine. 

Gley , imprimeur. 

Grillot, architecte du département. 
Guery, caissier de la recette générale. 
Hàxo , docteur en médecine. 


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DE LA SOCIÉTÉ ©ÉMULATION . 


201 


Hocard , agcnl-voyer directeur. 

Laquent , conservateur du musée. 

Leuarquis, procureur du Roi. 

Lrroy, avocat. 

Mathieu , médecin vétérinaire. 

Maud’heux , avocat , membre du conseil générât. 

Moogeot, percepteur. 

PiEiiE, docteur en médecine. 

Rocuatte , ancien notaire. 

Ruault , propriétaire. 

Toillier , pharmacien. 

UBMBUES ASSOCIÉS LIBEES RÉS10ANT DANS LE RÉPARTIRENT. 


MM. 

Blondin , avoué et maire à Saiot-Dié. 

Boileau , architecte à Mirecourt. 

Buffet (Louis) , avocat A Mirecourt. 

Cuvreose , docteur en médecine A Charmes. 

Ciroui , sculpteur en bois à Mirecourt. 

Delfuere , ancien président de la cour des comptes à Valfroi- 
court. 

Denis , juge de paix A Bains. 

Derazey , juge à Êpinal. 

De l'Espée , propriétaire à Charmes. * 

Ferry (Édouard), avocat A Saint-Dié. 

Gaspard , notaire A Mirecourt. 

Gaudel , pharmacien A Bruyères. 

Gaulard , professeur A Mirecourt. 

Génin, propriétaire A Épinal. 

Gerardgeorges , propriétaire aux Forges 
Girardin , pharmacien A NeufchAteau. 

Grandgeombs , notaire A Dompaire. 

D’Hennezel , maire A Bettoncourt. 

Houel , ancien principal A Saint-Dié. 

Husson-Durand, négociant A Mirecourt. 


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202 


AftlfALBS 


Lallemand , curé k Dompaire. 

Lenfant , juge de. paix , président du comice agricole k Mirecourt. 
Lequin , propriétaire k Lahayevaux. 

Malgeas , principal du collège , directeur de l’école normale de MI- 
recourt. 

Mamelet , docteur en médecine k BulgnéviUe. 

Mat (J.-B.), agronome k Mandray. 

Merlin , ancien chef d’escadron d’artillerie à Bruyères. 

Mougeot, docteur en médecine à Bruyères. 

Mougeot fils , docteur en médecine k Bruyères. 

Peureux , maire à la Chapelle-aux-Bois. 

Pierrot , curé à Trémonzey. 

De Pruines , maître de-forges à Semouxe (Xertiguy). 

Puton , naturaliste à Remi remont. 

Puton (baron) , ancien colonel à Mirecourt. 

Resal , avocat à Dompaire. 

Simon , principal du collège de Saint-Dié. 

Turcx , docteur en médecine h Plombières. 

Vuillehin , percepteur k Nossoncourt. 

membres correspondants. 

MM. 

Alrert Monteront , homme de lettres à Paris. 

Allonville (O b’) , ancien préfet de la Meurthe. 

Altmayer , propriétaire k Saint-Avold. 

Aurry-Fervrel , négociant b Paris. 

Bazelaire (de) , attaché au ministère des cultes h Paris. 

Beaulieu, membre de la société des antiquaires de France. 
Beaupré , vice-président au tribunal civil de Nancy 1 . 

Bégin , docteur en médecine b Paris. 

Bergé , chef de bureau k l’administration des tabacs , k Paris. 
Bergé, inspecteur des forêts k Chklons-sur-Saône. 

Berthier, propriétaire de la ferme expérimentale de Roville. 
Blaise (des Vosges), professeur d’économie politique k Paris. 
Bonfils (de) , ancien sous-préfet k Mirecourt. 

Bonnafous , directeur du jardin royal de Turin. 


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DS LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION • 203 

Borrm, ancien secrétaire de lt société royale des antiquaires de 
de France , membre de plusieurs sociétés savantes. 

Boula de Coulohkiers , ancien préfet des Vosges. 

Boulât (delà Meurthe), député des Vosges. 

Braconot , directeur du jardin botanique de Nancy. 

Buffévent (de), conservateur des forêts à Grenoble. 

Cbarlier , inspecteur des forêts b Gaudebec. 

Guerrier , ancien sous -préfet de Neufchbteau , b Paris. « 
Chrétien , professeur d’agriculture b l’école normale de Nancy. 
Claudel, ingénieur civil b Paris. 

Collard , ancien substitut du procureur général b Nancy. 

Collin , professeur au collège de Strasbourg. 

Cournault, bemme de lettres b Paris. 

Crissant , directeur de la forme expérimentale d’ArtfeuiUe. 

Cutnat , chirurgien-major en retraite et bibliothécaire b Dijon. 
Dehidoff (Anatole), propriétaire de mines aux monts Oural (Russie). 
Denis père, membre de plusieurs sociétés savantes b Commercy 
(Meuse). 

Denis, médecin b Toul. 

Dmlot, procureur général b Bourges, député des Vosges. 

Didion, ingénieur des ponts et chaussées b Niort. 

Dicot , avocat b Nancy. 

D’Olincourt , architecte b Bar-le-Duc. 

Dompmartui, docteur en médecine b Dijon. 

Doré, ingénieur en ehef des ponts et chaussées. 

Dumont , avocat b Commercy. 

Fournel, professeur b Metz. 

Gaillardot , docteur en médecine b Saida (Syrie). 

Gand, inspecteur forestier. 

Gémn (dit Vérüsmor), homme de lettres b Cherbourg. 

Génin , professeur de la faculté des lettres de Strasbourg. 

Gillet , juge b Nancy. 

Gley, agent comptable en Afrique. 

Gloesner , professeur b Liège. 

Gorron , ancien élève de Rovilie. 


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204 AN WALES 

Godde de Liancourt , fondateur de la société des naufrages , à 
Paris. 

Godron, docteur en médecine à Nancy. 

Golbery (de) , procureur général à Besançon. 

Guibal père, juge de paix à Nancy. 

Guillaume , curé à Blénold-lez-Toul. 

Hausmann , sous-intendant militaire. 

Hubert^ naturaliste à Y verdun. 

Joly, ingénieur des ponts-et-chaussées à la Martinique. 
Kirschleger , professeur de botanique à Strasbourg. 

Lair , secrétaire perpétuel de la société royale d’agriculture et de 
commerce à Caen. 

Languey de Sivry , propriétaire à Arney-le-Duc (Côte-d’Or). 
Lebbsque , professeur à la faculté des sciences à Bordeaux . 

Lepage , archiviste de la préfecture à Nancy. 

Lesaing , docteur en médecine à Blàmont. 

Levaillant de Bovent , ingénieur en chef à Besançon. 

Lehr (Paul), ancien membre du conseil général des Vosges, à 
Strasbourg. 

Lionnet, professeur de mathématiques au collège Louis-le-Grand , 
à Paris. 

Maimat , officier en retraite. 

Malgaigne , docteur en médecine, membre de l’académie de médecine 
à Paris. 

Mansion , directeur de l’école normale primaire de Melun. 

Mailler (de) , officier supérieur d’artillerie à Metz. 

Marant fils, cultivateur à Rimauconrt. 

Martel, officier au 5 e régiment de hussards. 

Masson, conseiller à la cour royale de Nancy. 

Maulbon d’Arbaumont , ingénieur en chef des ponts et chaussées à 
Vesoul. 

Ménestrel , ancien chirurgien aide-major. 

Mirbeck (de), officier en retraite à Barbas. 

Monicault (de), préfet à Melun. 

Monnier, propriétaire à Nancy. 

Nau de Cuamplouis, pair de France, préfet à Dijon. 

Nodot , directeur du musée de Dijon. 


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205 


DE LA SOCIÉTÉ d’ ÉMULATION. 

Noël, ancien notaire à Nancy. 

Ottmann père , ancien capitaine d'artillerie k Strasbourg. 

Oulmon (d'Epinal) , docteur en médecine k Paris. 

Pariset , secrétaire de l'académie royale de médecine k Paris. 
Pensée , professeur de dessin k Orléans. 

Péricaot de Gravillon , capitaine d’état-nuÿor k Paris. 

Petot , ingénieur en chef des ponts et chaussées k Bourbon- 
Vendée. 

Pierrard , ancien officier du génie k Verdun. 

Pinet , avocat k la cour royale de Paris. 

Pirocjx , directeur de l'institut des sourds-muets k Nancy. 

Poirel , avocat général k Nancy. 

Pradel (Eugène de) , improvisateur k Paris. 

Putegnat , docteur en médecine k Lunéville. 

Puvis , président de la société d’agriculture de Bourg. 

Riant (l'abbé), aumônier au collège de Haguenau. 

Riquet , médecin vétérinaire au 7 e dragons. 

Salmon, procureur du Roi à Saint-Mihiel. 

Saucerotte , docteur en médecine k Lunéville. 

Siméon (comte), député des Vosges, directeur général de l'adminis- 
tration des tabacs à Paris. 

Simon , juge au tribunal civil à Metz. 

Simonin , médecin de l'hospice civil à Nancy. 

Soyer-Willemet, secrétaire de la société centrale d'agriculture de 
Nancy, bibliothécaire en chef de la même ville. 

Soulacroix, ancien recteur de l'académie de Lyon. 

Thiébaut de Bernéaud, bibliothécaire de la bibliothèque Mazarinc 
k Paris. 

Thomas (d’Epinal) , homme de lettres a Paris. 

Tocquaine , garde général des forêts k Strasbourg. 

Toussaint, agriculteur k Stuttgard. 

Turce , médecin k Paris. 

Turck (Amédée), fondateur de l'école d’agriculture de Sainte-Gene- 
viève près de Nancy. 

Vagner , homme de lettres k Nancy. 

Valdezey , docteur en médecine a Liancourt. 

Varlet, docteur eu médecine k Haguenau. 


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206 


AlUIALEft 


Vergiuuld-Romagnési , négociant à Orléans. 

Vial , conservateur des forêts à Chaumont. 

Ville poix (de) , ancien professeur d’apiculture à Roville, 


FIN. 


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TABLE DES MATIÈRES 


CONTINUES 


DANS LE l w CAHIER DU TOME VJ. — ANNÉE 1846. 


Procès-verbal de la séance publique du 24 septembre 1846. 5 


Courte rendu des travaux de la société en 1845 — 1846, 
par M. Ballon, avocat, membre titulaire 13 


Rapport sur la distribution des primes départementales affectées 
à l'arrondissement d’Épinal , par M. Gaudel , membre titulaire. 60 

Proclamation des médailles et mentions honorables 67 

Programme des primes et médailles à décerner en 1847 . . 72 

Rapport sur les objets concernant l’histoire naturelle , déposés 
au musée vosgien en 1845 — 1846, par M. le docteur 
Mougeot , président du comité d’histoire naturelle h la com- 
mission de surveillance de cet établissement départemental , 

membre associé libre 74 

Note sur les accroissements des collections du musée dépar- 
temental , par M. Jules Laurent , directeur de cet établis- 
sement, membre titulaire 98 

Notice sur deux petits dépôts de tuf calcaire situés sur le ter- 
ritoire de la commune de Vincey , par M. Hogard , membre 

titulaire 105 

Note sur l’alternance des végétaux , par M. Évon , membre 
titulaire 115 


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208 


TABLE 


Mémoire sur diverses améliorations apportées dans l'emploi des 


bois pour la menuiserie, par M. P. -A. Boileau, architecte, 

membre associé libre 142 

Notice sur la culture d'un nouveau blé printanier, dit blé de 

Tangut, par M. Bienaymé, membre titulaire 163 

Rapport sur les travaux d’encaissement d’une partie de la 
Moselle, exécutés par MM. Dutac frères, d'Épinal, membres 

titulaires, par M. le baron de Ladoucette 169 

Recherches historiques sur la commune de Neufchâleau , par 
M. A. Digot, avocat à Nancy, membre correspondant . 172 

Rapport sur une épizootie, par M. Mathieu , membre titulaire. 194 
Organisation de la Société et liste de ses membres en 1846. . 199 


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